Combattre les causes du chômage de masse

Après la protestation, où est le projet pour sortir La Réunion de la pauvreté ?

25 juillet, par Manuel Marchal

Photo : les activités génératrices de revenu, un moyen de faire reculer la pauvreté.

La réduction des contrats aidés a suscité la grogne des élus réunionnais face à l’État. Mais, une fois la protestation terminée, pas de réunion de concertation pour combattre les causes du chômage de masse et de la pauvreté. Pourtant, cette crise pourrait être l’occasion de rompre avec un modèle fondé sur la dépendance aux subventions et d’engager enfin une politique créatrice d’emplois durables.

La réduction massive des contrats Parcours Emploi Compétence (PEC) a provoqué la grogne des maires et des présidents de collectivités. Réunis à la préfecture, ils ont dénoncé la baisse des crédits de l’État. Mais une fois la protestation terminée, une question demeure : pourquoi les responsables des collectivités ne se sont-ils pas retrouvés autour d’une même table pour bâtir un plan réunionnais de résorption durable de la pauvreté et de la précarité ?

Gestion de la pénurie d’emplois

Car le problème dépasse largement celui des contrats aidés. Ceux-ci ne sont que le symptôme d’un système qui, depuis des décennies, organise la gestion de la pénurie d’emplois. À La Réunion, le sous-développement lié à la départementalisation se traduit par un chômage de masse qui maintient une grande partie de la population dans la pauvreté.

Société profondément inégalitaire

Cette situation a créé une société profondément divisée. D’un côté, une majorité de Réunionnais survit avec des revenus insuffisants, dépendant des minima sociaux ou d’emplois précaires. De l’autre, une premier monde bénéficie d’un niveau de vie comparable, voire supérieur, à celui des catégories favorisées des pays les plus riches, notamment grâce au système de la sur-rémunération.
Cette fracture nourrit aussi la vie chère. Les prix pratiqués le monopole de la grande distribution s’alignent sur le pouvoir d’achat des touristes et des plus riches, alors que des centaines de milliers de Réunionnais n’ont pas les moyens de suivre. Les plus pauvres paient donc les mêmes prix que les plus riches, avec des revenus très inférieurs.

Quelle Réunion voulons-nous ?

Dans ce contexte, réclamer davantage de contrats aidés revient à demander la prolongation d’un système qui entretient la dépendance. Ces emplois offrent quelques mois de salaire, puis ramènent la plupart des bénéficiaires au chômage. Ils ne construisent ni qualification durable, ni activité économique, ni autonomie.
D’autres voies existent pourtant. Des pays comme la Chine ont démontré qu’une politique publique orientée vers la création d’activités génératrices de revenus pouvait faire reculer massivement la pauvreté. Soutenir les petites entreprises, développer les services à la personne, protéger l’environnement, renforcer l’agriculture, accompagner les initiatives des femmes et des jeunes : autant de leviers capables de créer des emplois durables plutôt que des contrats temporaires.
La baisse des PEC devrait être l’occasion d’ouvrir un grand débat sur un nouveau modèle de développement réunionnais. Au lieu de défendre uniquement le maintien des subventions venues de France, les collectivités pourraient construire ensemble un projet d’émancipation économique. La véritable urgence n’est pas de préserver le traitement social du chômage, mais de créer les conditions permettant aux Réunionnais de vivre durablement de leur travail.

M.M.

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