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19 mars 2021 : Rassemblement pour construire ensemble La Réunion de demain

75e anniversaire de l’abolition du statut colonial à La Réunion

Manuel Marchal / 20 mars 2021

La commémoration à Saint-Denis du 75e anniversaire de l’abolition du statut colonial a souligné une convergence de vues sur la nécessité de faire franchir une nouvelle étape à La Réunion, au travers de la constitution d’un large rassemblement susceptible de porter cette revendication, à l’image du précédent de la bataille pour l’abolition du statut colonial. Ericka Bareigts a fait part de son soutien à la proposition de convoquer une Conférence territoriale pour construire un projet de développement réunionnais, capable de dépasser le modèle de l’intégration depuis bien longtemps à bout de souffle.

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Ce 19 mars, la place Paul-Vergès à Saint-Denis accueillait la célébration du 75e anniversaire de l’abolition du statut colonial. Cette initiative de l’association « Pour un 19 mars célébré » s’est déroulée en présence de représentants de plusieurs sections du Parti communiste réunionnais, notamment celles de Saint-Denis, du Tampon, de Bras-Panon, de Sainte-Suzanne et de Saint-Paul. Plusieurs responsables politiques avaient répondu à l’invitation. Aux côtés d’Elie Hoarau, président du PCR, étaient présents notamment Maurice Gironcel, président de la CINOR, Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis, Nassimah Dindar, sénatrice de La Réunion, Philippe Naillet, député de La Réunion, ainsi qu’Aline Murin-Hoarau, conseillère régionale. Plusieurs universitaires ont aussi participé à l’événement, dont les professeurs Rochoux, Raoul Lucas et Maya Cesari.

75 ans après : situation sociale « hors-norme »

Après le mot d’accueil prononcé par Ary Yée Chong Tchi Kan de la section PCR de Saint-Denis, la brochure éditée à cette occasion, « 75 ans de vie commune et après ? » a été présentée par ses auteurs : Julie Pontalba et Risham Badroudine.

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L’élue dionysienne est revenue sur le combat mené par Paul Vergès pour que le 19 mars devienne un jour férié au même titre que le 20 décembre, jour anniversaire de l’abolition de l’esclavage en 1848 à La Réunion.

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Risham Badroudine a fait un bilan social de 75 ans de régime départemental. La Réunion est un département « socialement hors-norme », avec des indicateurs sociaux évocateurs d’une grave crise sociale : chômage de masse, près de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté, taux de couverture des importations aux alentours de 7 %… ce qui décrit un système à bout de souffle, producteur de pauvreté plutôt que de richesses qui sont très mal réparties : les 5 % les plus riches possèdent près de la moitié du patrimoine à La Réunion.

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Raoul Lucas est revenu sur l’émergence de la revendication de « Réunion département français ». Formulée pour la première fois au 19e siècle, elle fut renforcée durant l’entre-deux guerres par le travail de la Ligue des droits de l’Homme, au sein de laquelle ont été formés les principaux cadres des syndicats qui allaient ensuite donner naissance au bras politique de cette mouvance : le CRADS.

Tout est possible dans la République

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Elie Hoarau a rappelé que dans la plupart des anciennes colonies, le jour anniversaire de l’abolition du régime colonial est souvent la fête nationale ce qui n’est pas encore le cas à La Réunion. Le président du PCR insista beaucoup sur le rassemblement qui permit de libérer La Réunion du statut colonial. Il allait bien au-delà des communistes et comptait dans ses rangs des responsables classés à droite, mais qui adhéraient à la nécessité de changer la société réunionnaise. Elie Hoarau rappela que la cérémonie se tenait près de l’ancienne maison d’Isnelle Amelin. Ce fut l’occasion d’évoquer les nombreuses réunions clandestines animées par celle qui fut une des premières Réunionnaises élues lors des municipales de 1945 à Saint-Denis. Le président du PCR conclut son propos par un appel à renouveler le rassemblement afin de donner la possibilité à La Réunion de franchir une nouvelle étape. Prenant appui sur une réunion organisée la veille au Sénat sur le thème du statut des collectivités outre-mer, le président du PCR a souligné que cette question n’est plus taboue. Et cela d’autant plus que toutes les possibilités sont ouvertes au sein de la République. Elie Hoarau évoqua le projet de loi visant à approfondir la décentralisation, et surtout la conférence territoriale élargie. Cet outil prévu dans la loi NOTRe donne la possibilité au président de la Région de convoquer cette conférence pour élaborer un projet réunionnais qui sera ensuite discuté avec le gouvernement.

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Nassimah Dindar a rappelé que 75 ans après la promulgation d’une loi qui fait en droit des Réunionnais des citoyens à part entière, l’égalité n’est toujours pas atteinte. Ainsi, l’allocation personnalisée au logement n’est pas une réalité dans notre île, et l’aide sociale au logement perçue par les locataires réunionnais est inférieure au montant prévu en France, alors que les loyers sont plus élevés à La Réunion. La sénatrice a salué le rassemblement porteur d’avenir.

« Oui à la conférence territoriale »

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Ericka Bareigts a décrit un système arrivé à bout de souffle, une société qui dit à sa diaspora de ne plus revenir dans son pays natal alors qu’il est difficile de croire que 2500 kilomètres carrés ne soient pas suffisants pour accueillir toutes ces expériences acquises par les émigrés.
Candidate tête de liste aux régionales, la maire de Saint-Denis dit « oui à la conférence territoriale », car « nous sommes capables de dépasser nos divergences ». Si elle est élue présidente de Région, elle convoquera donc la conférence territoriale. Elle rappela qu’au sein de la République, c’est là où les territoires ont plus de responsabilités que la situation se passe le mieux. Ericka Bareigts fait donc sienne la revendication d’un rassemblement pour sortir La Réunion de l’immobilisme qui plonge notre pays dans la crise.
La candidate à la présidence de la Région a aussi appelé à un renversement des mentalités. « Nous ne sommes pas des ultra-marins, car nous ne sommes pas une périphérie. Nous sommes au centre d’une région dynamique entre l’Afrique et l’Asie », a-t-elle dit en substance.
Elle conclut son intervention en rendant hommage aux luttes menées par les femmes pour l’abolition du statut colonial. Et elle rappelle qu’à Saint-Denis, trois premières Réunionnaises élues étaient aux côtés du Docteur Raymond Vergès, notamment Isnelle Amelin.
Le rassemblement a été le fil conducteur des différentes interventions. Cela souligne que 75 ans après l’abolition du statut colonial, des forces vives peuvent s’unir pour être à la hauteur de l’héritage laissé par les anciens qui mirent fin à un régime où régnait l’arbitraire, et construire ensemble La Réunion des 75 prochaines années.

M.M.



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  • Paris n’a plus à dicter à La Réunion les solutions pour son avenir.
    Les décisions doivent aujourd’hui être prises par les Réunionnais.
    Pour cela, la création d’une assemblée unique est urgente.
    Cette assemblée doit avoir des pouvoirs de décisions très larges. Ainsi, les Reunionnais pourront prendre en main leur destin.
    Il ne s’agit pas bien entendu de remettre en cause notre appartenance à la France.

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  • Paradoxalement, une seule collectivité locale, appelée Département ou Région, à choisir, lui ferait prendre plus de poids car unique, réunie, la Réunion porterait de plus, bien son nom dans cette situation, et ferait faire des économies bien utiles ailleurs comme le retour du train, enfin un TER péi qui irait de Ste Rose à St Joseph, vitrine technologique locale pour les autres îles, territoires qui pourraient alors prendre comme exemple, ce qui aura été fait ici. Et ce n’est pas les touristes qui s’en plaindraient je pense car combien de temps perdu, de pollution qui s’accroit dans les sempiternels bouchons qui deviennent "normaux", ce qui est bien dommage. Pensons à l’avenir, que ce soit pour l’image, les énergies, les transports du fret et de voyageurs, le bio, la mer et finalement, tout ce qui vit, qui est fragile, beau, recherché. Arthur.

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