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74 ans après la loi du 19 mars 1946, une nouvelle gouvernance est nécessaire

Anniversaire de l’abolition du statut colonial de La Réunion

Julie Pontalba / 19 mars 2020

Le 19 mars 1946 est une date historique, celle de la promulgation du texte qui transforma les colonies de Guadeloupe, Guyane, Martinique et La Réunion en départements français. Ce texte émane de la volonté des peuples concernés qui envoyèrent à l’Assemblée constituante des députés porteurs de ce projet de transformation. Le but était d’en finir au plus vite avec la misère coloniale qui faisait notamment de La Réunion un des pays les plus pauvres du monde.

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Ces Réunionnais rêvaient d’une autre société, ils se sont unis et ont réussi à obtenir de la France l’abolition du statut colonial. Tous les acquis obtenus depuis découlent de cette bataille de nos aînés.

Le 21 octobre 1945, à peine sortis de la guerre 39-45, les Réunionnais sont appelés aux urnes, et pour la première fois les femmes votent. Ils doivent choisir leurs députés. La situation est catastrophique sur tous les plans. La grande majorité des habitants vivent dans la “misère noire”, après une période de rationnement alimentaire. Le taux de mortalité des enfants est l’un des plus élevés au monde et l’espérance de vie moyenne est de 40 ans. Les infrastructures sont quasi inexistantes. Il n’y a ni eau courante, ni d’électricité, pas de logements décents. L’ordre colonial et l’exploitation des travailleurs règnent. Le rêve, c’est l’école pour tous, les allocations familiales et vieillesse, les conventions collectives, salaires et temps de travail réglementés, congés payés…

Dans ces conditions, la population élit les deux candidats qui défendent l’idée de transformer la colonie en Département : Raymond Vergès et Léon De Lépervanche. Elus le 21 octobre 1945, ils participeront à faire voter, à l’unanimité, la loi du 19 mars 1946, qui transforma les “4 vieilles” colonies, La Réunion, Martinique, Guyane, Guadeloupe, en Département. L’article 2 de la loi prévoyait d’appliquer aux nouveaux départements toutes les lois déjà en vigueur en France.

Cependant, tous les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont refusé d’appliquer cette loi. L’opposition au changement organisée depuis Paris a conduit à l’impasse. Une dizaine d’années après, des partis politiques autonomistes ont vu le jour en Guyane (1956), Martinique (195-58), Guadeloupe (1958) et La Réunion (le PCR en 1959). Ils combattaient notamment la non application de la loi et leurs luttes ont permis de faire avancer les choses.

Aujourd’hui, il est indéniable que les Réunionnais ont gagné en termes de confort et de droits fondamentaux comme l’accès à l’éducation ou à la santé. L’application des lois sociales a permis une relative liberté financière aux familles.

Malgré tout, les limites de ce régime d’intégration se font continuellement ressentir. En 2013, l’Insee titrait : “La Réunion, un Département socialement hors norme”. En 2016, le PCR publia : “70 ans après la loi du 19 mars 1946, un nouveau rassemblement pour une nouvelle politique, Mettre fin au néo-colonialisme”. Le dernier mouvement social des Gilets Jaunes a accentué la prise de conscience de l’urgence d’un changement global, en associant tous les acteurs concernés. Plusieurs voix s’élèvent désormais pour une nouvelle gouvernance avec plus de responsabilité localement.

Faut-il attendre une situation catastrophique pour opérer enfin ce changement ? Combien de temps et de gouvernements encore avant de nouvelles normes économique, sociale, culturelle, environnementale et politique ?

En 2016, une proposition de loi a été déposée par Paul Vergès, alors sénateur, pour que le 19 mars soit férié et célébré. Je suis d’avis aussi que l’on reconnaisse cette date comme un marqueur de notre histoire, comme cela a été pour le 20 décembre, et que l’on passe maintenant à une nouvelle page pour répondre au mieux aux exigences de notre époque.

Julie Pontalba