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Assises des Outre-mer : la Corse est une leçon à retenir

L’alliance autonomistes-indépendantistes en passe de diriger une collectivité unique aux compétences élargies

Manuel Marchal / 5 décembre 2017

Le peuple corse veut prendre en main ses affaires. C’est la confirmation dans les urnes d’une analyse : décider depuis Paris ne marche pas. Ce qui est vrai pour la Corse éloignée de 200 kilomètres du continent l’est d’autant plus pour La Réunion, distante de plus de 9.000 kilomètres de la France, et trois fois plus peuplée que la Corse. Une leçon à retenir au moment où se déroulent les Assises des Outre-mer.

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À La Réunion, les jeunes sont très touchés par le chômage de masse. Le PCR propose la responsabilité afin de donner aux Réunionnais les moyens de décision pour régler eux-mêmes leurs problèmes.

Dimanche dernier en Corse, la liste représentant la majorité de l’Assemblée territoriale est arrivée largement en tête du premier tour des élections de la collectivité unique, fusion de l’assemblée territoriale et des deux conseils départementaux. Conduite par Gilles Siméoni et Jean-Guy Talamoni, l’alliance des autonomistes et des indépendantistes a recueilli plus de 45 % des suffrages, dans un scrutin marqué par un taux de participation de 52 %.

Deux listes de droite, la régionaliste et Les Républicains, arrivent derrière avec respectivement 14,97 % et 12,77 %. La République En Marche est en 4e position avec 11,26 %. Suit en 5e position avec près de 6 % des voix la liste commune PCF-Insoumis. Le Front national est laminé, avec à peine 3 % des suffrages, très loin de son score à la présidentielle.

Un second tour est prévu dimanche prochain. Il s’annonce très favorable pour Pè a Corsica. Des négociations ont eu lieu entre les deux listes de droite, elles n’ont pas abouti à une fusion. Les deux se maintiendront. La liste LREM sera aussi présente. Autrement dit, les quatre listes qui ont franchi la barre des 10 % au premier tour, condition nécessaire pour se maintenir au second tour, partiront chacune de leur côté. Dans ces conditions, une reproduction du score du premier tour est attendu, ce qui pourrait alors donner à la coalition autonomiste-indépendantiste la majorité des sièges de la nouvelle collectivité.

La future Collectivité de Corse sera une assemblée de 63 conseillers. Elle regroupera les compétences de l’actuelle Assemblée de Corse, déjà plus larges que celles d’un Conseil régional, ainsi que celles des deux anciens Conseils départementaux de Haute-Corse et de Corse du Sud.

Autonomie et reconnaissance de la langue corse

Pè a Corsica demande d’aller plus loin. Les revendications sont l’autonomie fiscale, par la gestion des ressources et compétences assurées par l’État dans ce domaine. Par ailleurs, l’objectif est un transfert progressif de toutes les compétences aux Corses, sauf celles du domaine régalien (armée, diplomatie, police, justice), avec la possibilité de créer des lois et règlement spécifiques à la Corse.

Sur le plan culturel, Pè a Corsica réclame la co-officialité de la langue corse aux côtés du français. Ce dernier point nécessite une révision de la Constitution, qui ne prévoit que le français comme langue officielle de la République. Pendant la campagne de la présidentielle, le candidat Emmanuel Macron avait fait part de son désaccord sur ce point lors de son passage en Corse : « Il faut aider à ce qu’on enseigne le corse à l’école. Mais, sortons des débats théoriques de la co-officialité ! La République a une langue : le français ».

Concernant l’évolution statutaire, le gouvernement n’a pas fermé la porte. Gérard Coulomb, ministre de l’Intérieur, a en effet déclaré qu’il était favorable à une « autonomie de la Corse dans la République ».

Et à La Réunion ?

Les derniers scrutins ont montré une tendance. Après avoir obtenu la direction de l’Assemblée de Corse lors des élections de 2015, l’alliance autonomistes-indépendantistes avait gagné 3 sièges de députés de Corse sur 4 lors des dernières législatives. À peine six mois plus tard, la liste Pè a Corsica est arrivée largement en tête du premier tour des élections territoriales, et est bien placée pour être majoritaire dans la future collectivité unique en place le 1er janvier prochain.

Ceci montre que le peuple corse veut prendre en main ses affaires. C’est la conséquence d’un fait : décider depuis Paris ne marche pas. Ce qui est vrai pour la Corse éloignée de 200 kilomètres du continent l’est d’autant plus pour La Réunion, distante de plus de 9.000 kilomètres de la France, et trois fois plus peuplée que la Corse.

Ce constat a été fait par les communistes dans notre île, quand ils ont créé le PCR en 1959. L’objectif était une assemblée pour que les Réunionnais puissent gérer les affaires qui les concernent. C’était la revendication de l’autonomie dans la République.

Au moment où se déroulent les Assises des Outre-mer, le message de la Corse est une leçon à retenir.

M.M.



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  • Je pense en effet que les insulaires , les corses et tous les autres sont capables de gérer eux mêmes les
    affaires de leur pays, ce que la France n’a jamais su faire correctement, sinon pourquoi ces révoltes à répétition contre la
    métropole qu’on calme chaque fois par des mesures à court terme qui ne règlent rien ?

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  • 2017 et 18 sont vraiment historiques, en France métropole en Corse et en Nouvelle-Calédonie-Kanaky. Après les présidentielles, les législatives, voici maintenant les élections sur "oui" ou "non" à l’indépendance, l’autonomie, comme aussi la Catalogne, plus tard peut-être l’Ecosse, la Flandre ?...

    A Nouméa, notre 1° ministre y est pour 4 jours, il va à la fois découvrir le terrain, le préparer pour la venue du président en Mai prochain je crois. Respect de la parole du gouvernement, des accords signés entre les uns et les autres. Disponibles sur le net. On devrait l’appeler le caillou, le plus grand lagon du monde, à protéger lui aussi, ainsi que le 2° gisement de nickel au monde et de cobalt que toutes les nouvelles technologies comme les fameuses "terres rares" sont très friandes, sans oublier les futurs véhicules électriques, les vélos, voitures, avions et bientôt les camions sans chauffeur, les trains etc.

    Là bas, des tranferts de compétences ont eu lieu, il ne reste plus que le pouvoir régalien de l’Etat. L’Euro n’a pas cours, c’est toujours le francs pacifique le fameux CFP, comme jadis ici, le CFA. Le syndicat USTKE (pour Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et Exploités, tout un programme) et le parti travailliste vont sans doute encourager le "oui", les autres partis local comme "Calédonie ensemble", ou nationaux sans doute pour le "non".
    Nous verrons bien, en espérant que le passé ne revienne pas avec ce qu’on nomme là bas "les évènements" des années 80 où les uns et les autres s’affrontèrent. La NC est elle aussi un territoire d’outre-mer où vivent différentes communautés, venus des alentours (polynésiens, wallisiens, futuniens, javanais...) ou de métropole, les descendants des anciens bagnards, les caldoches, ou d’anciennes colonies comme l’Algérie, la Réunion, Madagascar, les Antilles aussi un peu.
    Bref, le "vivre ensemble" est de mise et on parle aussi souvent dans les médias, les télévisions comme "Calédonie 1°" de "destin commun", ce qui veut signigfier à la fois que c’est ce qu’il faut faire, trouver l’harmonie, vivre en paix et se respecter. Le métissage est en route, la Réunion peut lui servir d’exemple. On verra bien la suite, en Corse et là bas dans le Pacifique à encore près de 10 000 Km d’ici mais vers l’Est, dans le Sud Pacifique, même latitude, même climat, c’est déjà ça. Arthur.

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  • Au delà des résultats, je constate, avec satisfaction, que le nombre d’élus à diminué.
    cela n’a pas été le cas en France lorsque plusieurs régions ont été regroupées. C’était pourtant prévu au départ ; mais TOUS,les partis politiques ,s’y sont opposés. ils avaient peur de perdre des élus. En réalité c’etait leur véritable préoccupations
    s.

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