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Autonomie alimentaire : Changer la base de régime alimentaire, mais pourquoi bon sang ?

Georges Gauvin / 23 février 2021

« Tout ne viendra pas des agriculteurs sur la souveraineté alimentaire, note Frédéric Vienne. On importe 44 000 tonnes de riz par an. On ne peut parvenir à être autonomes que si les consommateurs réunionnais changent leur mode alimentaire. »
De quoi s’agit-il ? il s’agit du point de vue d’un agriculteur qui s’exprime dans un article de journal portant sur des discussions qui doivent s’ouvrir avec en perspective l’autonomie alimentaire durable. Ce point de vue exprimé aussi catégoriquement est faux et c’est dommage pour ce syndicaliste agricole dont la parole doit normalement peser dans l’opinion.

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Le riz est l’aliment de base des Réunionnais. Il est importé en totalité. (photo Toniox)

Que dit-il ?

Il dit que La Réunion importe 44000 tonnes de riz par an, ce qui est vrai. Mais il dit aussi que si l’on devait passer à l’autonomie alimentaire, il faudrait changer d’habitudes alimentaires sous-entendu La Réunion, ne pouvant être auto-suffisante en riz on devrait revenir à patates-manioc-conflore - fruit à pain. Arrêtons les bêtises !

C’est là que réside l’erreur. Pourquoi La Réunion ne pourrait-elle pas, dans l’avenir, produire le riz qu’elle consomme. ?

Parce nous n’avons pas suffisamment d’eau pour cultiver le riz ? Mais le riz n’est pas une plante aquatique. Certes sa culture a besoin d’eau mais le riz pluvial qui utilise la pluie çà existe quand même… Par ailleurs l’irrigation çà existe.. On a déjà planté du riz par le passé. Il y a des expériences en cours dans plusieurs quartiers de l’ile et les terroirs de La Réunion ne sont pas disqualifiés d’avance pour la culture de cette céréale.

Le riz une céréale à fort rendement.

On peut alors évoquer la question des rendements mais là aussi cette question de rendement ne donne pas raison à l’affirmation du syndicaliste. Actuellement le riz est une céréale dont le rendement s’est fortement accru en quelques années. Si par le passé il fallait tabler sur un rendement au champ de 2,5 tonnes à l’ha, aujourd’hui on parle de 12 à 18 tonnes à l’hectare. . Pour le riz SRI* (système de riziculture intensive) à Madagascar le rendement aux champs peut aller jusqu’à 2O tonnes. On parle aussi de deux récoltes par an sur une même parcelle .
On peut citer également les expériences faîtes par des planteurs réunionnais qui eux aussi ont produit jusqu’à 18 tonnes** ha et qui ont montré que 200M2 suffiraient à nourrir une faille comprenant quatre personnes.

L’espace agricole réunionnais est restreint mais il nous suffit

Alors quel espace agricole faudrait-il libérer pour la culture du riz bio ?7000 ha *** ? Nous les avons sans aller soustraire cet espace à la culture de la canne ****et sans nous obliger à changer de régime alimentaire pour revenir à la consommation quotidienne des galettes de manioc comme au temps de l’engagisme ou de l’esclavage-on appelait çà les Cassav.-Alors que les maitres et les engagistes mangeaient du riz, les esclaves et les engagés se contentaient de maïs et de manioc.*****

Le danger peut venir d’ailleurs.

Par ailleurs ne négligeons pas le fait que les pays producteurs de riz ont de plus en plus besoin de leur production et qu’il nous faut réagir face à une situation qui me semble irréversible : certains grands pays font des stocks de céréales(60 % pour La chine), d’autres louent ou achètent des terres à céréales dans d’autres pays. N’allons pas rêver de leur faire concurrence mais contentons nous d’assurer notre autonomie alimentaire avec principalement le riz comme b ase de notre alimentation.
Que l’on veuille ou non, le jour viendra où les planteurs de La Réunion feront pousser autant d’ha de rizières que notre pays exige pour sa consommation avec des rendements magnifiques et des multitudes d’épis dansant au vent. Parce que cela de viendra vital pour notre population.

Georges Gauvin

NB
Par ailleurs une répartition harmonieuse de l’activité des planteurs entre productions pour notre alimentation, cultures monétaires comme géranium, café de qualité, cacao, thé, canne, et autres avec la reconstruction d’une agro-industrie nécessaire pour notre avenir agricole et industriel. Sans oublier nos plantes médicinales nombreuses et dont des centaines sont déjà inventoriées.

Notes :
*LeSRI (système de riziculture intensive) est une invention malgache initiée par le père jésuite Henri de Laulanié et son équipe à Madagascar-notre journal en a parlé récemment. Ajoutons que cette technique s’est étendue aujourd’hui au Vietnam, à Cuba, au Sénégal et dans d’autres contrées avec une réussite qui ne s’est jamais démentie.
** voir l’interview d’un planteur de Sainte Anne sur linfo.re
*** Selon la chambre d’agriculture il y aurait plus de 7000 ha de terres agricoles en friches à La Réunion.
**** Nous avons toujours défendu la canne à sucre pour sa production de sucre et pour ses coproduits à transformer industriellement en des centaines de produits.
*****Il ne saurait être question de mépriser patates-bananes - sorgho ou maïs pinm - songes-kambar-fruit à pain qui peuvent constituer des compléments utiles et sans glutène à notre alimentation et sans ignorer les rendements appréciables de ces cultures. Pour le manioc on peut tabler en culture traditionnelle sur des rendements au champ(entre 9 et 18 mois de 15 à 30 tonnes à l’ha.(à affiner)



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  • il semblerait que les 900000 habitants de la Réunion consommeraient actuellement en moyenne 50kg de riz par an par habitants ce qui ferait une consommation globale de l’ordre de 45000 tonnes par an . Alors que dans les années 1980 les importations de riz à la Réunion étaient de l’ordre de plus 70000 tonnes pour une population d’environ 500000 habitants . cette baisse importante de la consommation de riz ne s’explique pas par une augmentation de la consommation de produits alimentaires locaux , mais par une augmentation de la consommations de farine de blé . Alors si nous voulons assurer une certaine autonomie alimentaire pour notre île en cas de difficulté d’approvisionnement de notre nourriture de base il faudrait non seulement envisager de planter nous mêmes notre propre riz , mais aussi notre propre blé .

    On peut produire tout ce que l’on veut à la Réunion en tout cas tout ce dont on a besoin pour notre alimentation . Je pense qu’l faudrait encourager la production de riz et des plantes qui ont nourri nos ancêtres (manioc, patate, fruit à pain , maïs.et autres ....)mais aussi encourager la production de blé qui était cultivé à l’époque coloniale pour approvisionner les bateaux qui circulaient sur la route des indes .

    Mais peut être que certains ne veulent pas permettre aux réunionnais d’avoir leur autonomie alimentaire car cette autonomie alimentaire pourrait aussi les conduire à une autonomie politique . Dans ce cas ne faudrait il pas pour les réunionnais essayer d’avoir leur autonomie politique pour pouvoir mettre en place leur autonomie alimentaire ????

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  • L’autonomie prouve que l’on est à la fois capable, volontaire et fier, c’est très bien. Elle pourrait aussi servir d’exemple à d’autres pays, îles, archipels comme la Nouvelle-Calédonie-Kanaky. Cela ferait faire des économies d’argent, de temps et créerait des emplois durables, en quantités. Le futur train TER péi qui ira de Ste Rose à St joseph aussi car électrique et/ou solaire, ce sera le top non ? Il faut oser, ne pas se décourager ni se réfugier dans la résignation, ça, c’est pas bon, c’est pas dans le déprime que l’on réussi, c’est sur Arthur.

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