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BREXIT : conséquences pour La Réunion

Réveil difficile après les Fêtes à prévoir

Manuel Marchal / 28 décembre 2019

La période des Fêtes risque bien d’être suivie par une période de réveil difficile. En effet, l’année 2020 va être celle des remises en cause au niveau de l’Union européenne avec la certitude du BREXIT. En raison de sa dépendance aux décisions de Bruxelles, La Réunion sera impactée.

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Sauf bien improbable retournement de dernière minute, le Royaume-Uni va quitter l’Union européenne cette année. Depuis la fondation de la Communauté économique européenne en 1957, c’est la première fois qu’un Etat décide de quitter cette organisation qui est passée en 62 ans de 6 à 28 membres. C’est la fin d’une dynamique de croissance et le début d’une période d’incertitude. Avec le départ d’un pays aussi important que le Royaume-Uni, l’Union européenne sera forcément affaiblie. C’est dans ce contexte que va se négocier le prochain budget européen. Il s’appliquera à partir de 2021. C’est un moment capital pour La Réunion, fortement dépendante des décisions de l’Europe.
L’Union européenne c’est notamment la politique de cohésion. Elle vise à réduire les inégalités de développement entre les régions. Eu égard à un PIB par habitant inférieur à 75 % de la moyenne européenne, La Réunion se situe dans l’Objectif convergence. Cela signifie qu’elle a droit au niveau maximum des crédits européens. Paul Vergès puis Elie Hoarau se sont battus au Parlement européen pour que ce soutien se maintienne à plus de 2 milliards d’euros pour 6 ans. La période de programmation actuelle touche à sa fin.

Quels fonds européens ?

La première interrogation porte sur l’appartenance de La Réunion au club des régions les plus pauvres d’Europe. En effet, le Royaume-Uni étant un des pays les plus riches du monde, son départ va mécaniquement faire baisser le PIB moyen par habitant dans l’Union européenne. Au moment de la négociation du prochain budget européen, notre île satisfera-t-elle toujours aux critères lui garantissant de faire partie des régions éligibles à l’Objectif convergence ? Si ce n’est pas le cas, alors l’aide européenne pourrait être très inférieure.
La seconde interrogation est sur la part des crédits européens alloués aux régions en Objectif convergence. Le Royaume-Uni est en effet un important contributeur qui n’est pas éligible à cet objectif. Cela signifie que la part allouée au budget de la cohésion pourrait diminuer, alors que le nombre de régions concernées suit une tendance opposée, accentuée par la volonté européenne d’intégrer les anciens Etats membres du Pacte de Varsovie qui font désormais partie de l’OTAN.
Une baisse des crédits pour La Réunion ne serait alors pas étonnante, et dramatique compte tenu de l’état de sous-développement en termes d’infrastructures, toujours pas de train par exemple, et d’emploi, avec près de 30 % de taux de chômage.
La troisième interrogation concerne l’agriculture. Avec un budget amputé de la contribution du Royaume-Uni, comment évolueront les montants des aides allouées aux agriculteurs ? Pour La Réunion, cela concerne notamment la canne à sucre et ses aides à la production.

Octroi de mer ?

La quatrième interrogation est l’avenir de l’octroi de mer dont le régime dérogatoire se termine cette année. Dans les discussions commerciales menées par l’Union européenne au nom de La Réunion, l’octroi de mer est considéré par les autres pays comme un obstacle à la concurrence, une barrière tarifaire à abattre. Outre un rôle de protection de la production locale, l’octroi de mer est une source importante de recettes pour les collectivités, en particulier les communes. Faire croire que sa disparition entraînerait une baisse des prix est illusoire. En effet, dans le cadre actuel, la France ne manquerait pas de reprendre la main sur cette manne fiscale en l’intégrant dans la TVA, ce qui lui permettrait d’intégrer le produit de cette taxe dans son budget. Les bénéficiaires de l’octroi de mer auront-ils la garantie d’une compensation à l’euro près ? Quelques précédents rappellent la difficulté pour Paris de respecter ce principe, par exemple le transfert du RMI qui a contribué à plomber les finances des Départements.
Il est évident que l’histoire de l’Europe n’est pas un fleuve tranquille. Des initiatives avaient été lancées afin de maximiser l’utilisation des fonds européens disponibles en les mettant au service de la transformation de La Réunion. C’était le cas de la politique de grands chantiers qui avait cours à la Région jusqu’en 2010. Force est de constater que cet esprit d’anticipation s’est perdu à La Réunion. En témoignent les dernières orientations budgétaires de la Région, avec une collectivité incapable de présenter un budget définitif en raison de l’attente d’arbitrages de Paris et de l’Europe. Une attente qui risque bien de déboucher sur de mauvaises surprises car manifestement, La Réunion a bien fini de manger son pain blanc.

M.M.