Actualités

Césaire à Fillon : « La Martinique est pauvre, mais espérante »

Visite du Premier ministre aux Antilles

Témoignages.re / 10 janvier 2008

Au cours de sa rencontre avec François Fillon, le poète martiniquais, Aimé Césaire, a fait part au Premier ministre de sa vision d’une Martinique symbole de l’espérance et de l’avenir, malgré ses difficultés économiques.

De passage à la Martinique pour assurer le "service après-vente" des aides accordées par l’Etat après les dégâts causés par le passage du cyclone Dean, le Premier ministre en a profité pour rencontrer le poète-penseur martiniquais, Aimé Césaire. Un passage obligé pour tout homme politique en visite dans l’île. L’ancien député-maire de Fort-de-France âgé de 94 ans, encore vif intellectuellement, a présenté brièvement au chef du gouvernement sa vision d’une Martinique "pauvre, mais espérante". « La Martinique est pauvre, petite, angoissée, mais toujours espérante. C’est un modèle réduit du monde actuel », s’est exclamé l’auteur de "Discours sur le colonialisme". « Nous sommes le symbole de l’espérance et de l’avenir », a-t-il renchéri. Le poète a remis à François Fillon et à chacun des ministres qui l’accompagnaient un exemplaire dédicacé de ses œuvres poétiques. Auparavant, le chef du gouvernement lui avait offert un article encadré sur Raphaël Elizé et évoqué avec son hôte la mémoire de ce Martiniquais, premier maire noir de la France hexagonale, élu à Sablé-sur-Sarthe, dans le département de la Sarthe, en 1934 et mort en déportation. Une évocation qui n’était pas due au hasard puisque François Fillon a été lui-même maire de cette ville pendant plus de vingt ans (de 1981 à 2002).
Vers un désengagement de l’Etat ?
Le Premier ministre est allé peu après visiter des quartiers de Fort-de-France avec l’actuel député-maire, Serge Letchimy et a insisté sur la prévention des risques naturels. François Fillon s’est ensuite rendu avec son escorte à Schœlcher, dans la salle de congrès de Madiana, pour exposer sa "vision" de la France devant les élus martiniquais. Là, il a enfourché son cheval de bataille qui porte sur le "moins d’Etat" et la nécessité aussi bien pour la Martinique que pour les autres régions des DOM, d’être moins dépendantes de l’Hexagone en prônant plus d’adaptation et d’autonomie. Une manière de préparer les élus à d’éventuelles baisses des subsides de l’Etat. Est-ce le prélude d’un désengagement de l’Etat à l’égard des DOM ? Serait-ce une préparation à une autonomie rampante ? D’ici là que les élus le prennent au mot et décident de relancer le processus de réforme statutaire, il n’y a qu’un pas que certains n’hésiteront pas à franchir.

Erick Boulard, DOMHEBDO