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Conseil départemental : les problèmes de la population oubliés

La majorité sortante se déchire publiquement pour des postes

Manuel Marchal / 19 décembre 2017

L’élection hier du président du Conseil départemental a montré le triste spectacle d’une majorité qui se déchire alors que le rassemblement de toutes les volontés est la seule issue aux problèmes de la population. L’évolution institutionnelle vers une Collectivité territoriale unique permettra de mettre fin à ces combats d’arrière-garde.

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À La Réunion, le Conseil départemental est la collectivité responsable de l’action sociale. Cela touche de nombreux aspects de la vie quotidienne des Réunionnais. Dans notre île, près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. En conséquence, le besoin de services publics est plus important qu’ailleurs. Dans ces conditions, le Conseil départemental est particulièrement sollicité. De plus, cette collectivité a également le rôle d’assurer le versement du RSA. Elle le fait dans un environnement financier difficile. Depuis qu’elle a cette compétence, l’État ne l’a jamais totalement compensée ce qui a entraîné une dette supérieure à un milliard d’euros. À cela s’ajoutent les baisses de dotations qui s’enchaînent depuis plusieurs années. Elles ont amené le Département à recentrer son activité sur ses compétences exclusives. Mais cela ne suffit pas à faire face à une situation tendue.

En 2017 se sont tenues deux élections : la présidentielle et les législatives. Dans le système politique, ce sont les deux plus importants scrutins. Or, une étude de l’INSEE publiée récemment indique que seulement 25 % des électeurs ont participé systématiquement à tous les scrutins de ces élections. C’est un message de défiance vis-à-vis de la classe politique. En effet, elle n’arrive pas à résoudre les problèmes de la population : chômage, manque de logement, vie chère notamment.

Crise de confiance

Hier, le Conseil départemental se choisissait un nouveau président. Nassimah Dindar a en effet été élue sénatrice en septembre dernier et ne peut plus diriger une collectivité en raison de la loi interdisant le cumul des mandats. Les élections départementales de 2015 avaient donné une large majorité à la droite, avec 32 conseillers sur 50. Cette majorité était unie dans un groupe qui assumait la direction du Département. Mais hier, ce groupe a éclaté en deux factions qui se sont affrontées pour la conquête du pouvoir. Ce triste spectacle était retransmis à la télévision. Voilà qui ne restaurera pas la confiance de la population envers la classe politique.

La séance avait pourtant commencé par un discours rappelant les enjeux. En tant que doyen d’âge, Andre Thien-Ah-Koon avait rappelé les défis qui attendaient La Réunion. Il avait notamment cité la croissance démographique, avec la certitude d’atteindre le million d’habitants dans 20 ans. Il avait également évoqué l’impact de la mondialisation ultra-libérale sur La Réunion. Elle se traduit par l’accord de partenariat économique en préparation entre les voisins de La Réunion et l’Union européenne. Cet APE mettra la production réunionnaise face à des concurrents qui ont des salaires 30 fois moins élevés. C’est une compétition inégale dans laquelle les Réunionnais ont tout à perdre. L’élu du Tampon a aussi parlé du chômage de masse qui touche la population.

Au terme de ce discours, l’élection du président était ouverte. Deux candidats étaient en présence, tous deux issus de la majorité. La candidature de Cyrille Melchior était annoncée par Nassimah Dindar, présidente sortante ; celle de Jean-Claude Lacouture par Sabrina Ramin. Cette candidature était soutenue par Didier Robert, président de la Région.

Majorité déchirée

Le scrutin a été très serré. Il a consacré Cyrille Melchior à deux voix près, 26 contre 24. Dans son discours d’investiture, le nouveau président a expliqué vouloir poursuivre le programme de mandature mis en place en 2015. Cela signifie qu’il continuera la politique menée depuis deux ans par une majorité qui s’est déchirée hier dans deux fractions. « Le temps de l’élection est passé, je souhaite que nous continuions à travailler ensemble comme nous l’avons fait jusqu’à présent », a-t-il dit. « Je travaillerai sans exclusive avec toutes les collectivités réunionnaises », poursuit-il, soulignant son attachement à la défense des intérêts « du peuple réunionnais ».

Intervenant peu après, Jean-Claude Lacouture a souligné que les choses ont changé. Il a en effet remercié uniquement les 23 conseillers départementaux qui ont voté pour lui, et a affirmé en substance qu’il tiendra son rôle d’opposant. Cela s’est traduit par le dépôt de deux listes de l’ancienne majorité à l’élection de la Commission permanente, et pour les vice-présidences. Cela s’est aussi vu dans l’attitude d’anciens membres de la majorité qui sont intervenus à plusieurs reprises pour contester la procédure de vote de la Commission permanente. Au final, la totalité des postes de vice-présidents à pourvoir hier ont été attribués à la fraction victorieuse du scrutin d’hier.

Comment parler d’une seule voix ?

Ce spectacle de division qui a éclaté hier ne sert pas les intérêts des Réunionnais. Le gouvernement a en effet lancé les Assises des Outre-mer. Les propositions qui viendront de La Réunion auront d’autant plus de poids que si elles seront portées par un large rassemblement. Compte-tenu des événements d’hier, cela ne sera pas possible sur le plan institutionnel du fait des divergences affichées. En effet, pour la Région, c’est la tendance conduite par Jean-Claude Lacouture qui aurait dû diriger le Département. Hier soir, le président de Région a confirmé que la fracture est nette, évoquant une « majorité d’opposition à la Région au Conseil départemental ». Dans ces conditions, il est bien difficile de penser que les deux collectivités travaillent à un document commun.

Cela ouvre la perspective d’une période d’affrontement institutionnel entre les deux plus importantes collectivités de notre île. Cela ne servira pas les intérêts de la population et démontre une nouvelle fois l’urgence d’une réforme institutionnelle.

La création d’une Collectivité territoriale unique à l’image de ce qui existera le 1er janvier en Corse mettra fin à ces combats d’arrière-garde où deux collectivités compétentes sur un même territoire font part de leurs divergences uniquement pour des questions de personne.

M.M.