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Coronavirus à La Réunion : la question de la responsabilité des Réunionnais dans la prise de décision

Amélioration grâce à l’implication de la population dans la lutte contre le COVID-19

Manuel Marchal / 16 avril 2020

Aucun nouveau cas depuis deux jours, 390 cas dont près de 300 importés et 237 guérisons : ces statistiques officielles indiquent une amélioration de la situation à La Réunion. Ces données montrent tout d’abord que si l’aéroport avait été fermé, ou tout du moins les passagers systématiquement placés en quarantaine surveillée par la police dans des centres dédiés, la totalité des cas de coronavirus à La Réunion serait des cas importés et l’épidémie aurait été circonscrite aux centres de quarantaine accueillant les nouveaux arrivants, ainsi qu’au CHU de Bellepierre. Si les restrictions au déplacement et le confinement ont permis d’arriver à ce résultat, cela n’aurait pas été possible sans l’implication de la population dans le respect de toutes les mesures de précaution. Dans ces conditions, si l’amélioration de la situation se confirme d’ici 15 jours, pourquoi ne pas envisager une sortie du confinement avant le 11 mai ? Cela pose une fois de plus la question de la responsabilité des Réunionnais dans la prise de décision relative aux affaires concernant les Réunionnais.

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Evaluer l’impact de l’afflux dans les grandes surfaces le week-end dernier nécessite de prendre du recul.

Cela fait deux jours qu’aucun nouveau cas de coronavirus n’a été confirmé à La Réunion. Le nombre total de cas est de 390, dont 44 personnels soignant selon les statistiques les plus récentes en date d’avant-hier pour cette catégorie de personnes.
Le nombre de cas importé correspond à 72 % des patients, soit près de 300. Les statistiques officielles indiquent donc que si l’aéroport avait été fermé, ou tout du moins les passagers systématiquement placés en quarantaine surveillée par la police dans des centres dédiés, la totalité des cas de coronavirus à La Réunion serait des cas importés. Cela signifie donc que si ces mesures avaient été mises en place bien avant le 30 mars, c’est-à-dire dès que l’épidémie a commencé à toucher la France, le coronavirus n’aurait pas entraîné de telles conséquences pour La Réunion. Le virus n’aurait pas circulé en dehors des centres de quarantaine et du CHU Nord, hôpital de première ligne. Sachant cela, la fermeture des écoles et autres établissements recevant du public, ainsi que le confinement n’avaient pas de justification, ce qui aurait permis à La Réunion de maintenir son activité normale. C’est bien la preuve que si l’aéroport avait été fermé, tout serait quasi-normal à La Réunion.
Il faut néanmoins prendre acte de l’impact du confinement et de la quarantaine systématique imposée aux arrivants sur la progression de l’épidémie. Cela a permis de casser des chaînes de transmission. Ces mesures ont permis d’observer une diminution des cas nouveaux quotidiens, jusqu’à l’absence de nouveaux cas depuis deux jours.

« Véritable circulation locale du virus » ?

Hier en conférence de presse, le préfet a souligné l’importance de ne pas baisser la garde. « Nous ne savons pas si La Réunion reste sur une épidémie d’importation ou s’il y a une véritable circulation locale du virus », souligne-t-il. Cela signifie d’une part que les statistiques officielles ne peuvent pas refléter la situation réelle de l’épidémie à La Réunion. Cela s’explique par le nombre de tests de dépistage insuffisants, 700. Lors d’une émission sur Réunion Première Radio, le docteur Bourgeon avait estimé à 5000 le nombre minimal de tests à réaliser pour avoir plus de fiabilité dans les statistiques.
De plus, le week-end dernier était le week-end de Pâques. Il a été marqué par un important afflux dans les grandes surfaces et une circulation assez importante sur les routes. Malgré toutes les précautions prises, ce nombre important de personnes présentes des heures dans des files d’attente laisse craindre que le coronavirus ait eu l’occasion de se transmettre.
Un autre aspect à prendre en considération est la décision d’ouvrir le Drive de Mac Donald’s. Là aussi, des files d’attente impressionnantes se sont créées, suscitant l’inquiétude.
Il faudra donc attendre une semaine pour savoir si le week-end de Pâques et la ruée vers des fast-food auront des répercussions sanitaires.

Importants efforts de la population

Les mesures prises par l’État ne sont pas la seule explication de l’apparente amélioration de la situation. Ces progrès sont à mettre au crédit de la population. Par sa discipline, elle a réussi à s’adapter au confinement. Les Réunionnais sont habitués de ce mode de vie, à chaque alerte rouge lors du passage à proximité d’un cyclone. Sans cette culture du confinement, la transmission du coronavirus aurait donc été bien plus importante.
Si tout le travail de la population a permis de constater que le pic de l’épidémie de coronavirus était passé, selon les statistiques officielles, se pose alors la question de l’alignement des mesures prises à La Réunion sur celles prises en France où la situation sanitaire est dramatique avec plus de 15.000 morts recensés officiellement.
Dans ces conditions, si l’amélioration de la situation se confirme d’ici 15 jours, pourquoi ne pas envisager une sortie du confinement avant le 11 mai ?
Cela pose une fois de plus la question de la responsabilité des Réunionnais dans la prise de décision relative aux affaires concernant les Réunionnais. Le refus de fermer l’aéroport est un exemple, tout comme le maintien du confinement jusqu’à la même date qu’en France.
De plus en plus de voix s’élèvent d’ailleurs pour revendiquer plus de souveraineté politique pour les Réunionnais. En effet, qui peut imaginer que la société réunionnaise puisse fonctionner de la même manière qu’avant l’épidémie de coronavirus, surtout sur le plan de la relation avec la France.

M.M.



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  • Je pense que la Réunion n’est pas la seule région où on peut constater une évolution de l’épidémie qui soit différente de l’évolution nationale . Il y a des régions qui sont plus touchées et des régions qui le sont moins, et on peut effectivement envisager que certaines régions puissent sortir du confinement avant les autres mais à mon avis la décision devrait toujours relever des autorités nationales pour ce qui concerne les territoires métropolitains. .

    Cependant comme les régions d’outre mer sont bien isolées des autres régions françaises par des frontières aériennes et maritimes ,on pourrait effectivement envisager de sortir du confinement avant le 11 mai prochain ou de rester encore confiné pendant quelques jours après cette date ..Mais ce n’est pas un problème de responsabilité politique locale ou de décision à prendre ou non par des autorités locales .. Il faudrait seulement s’assurer que nous répondions aux conditions pour sortir du confinement ou pour y rester . C’est à dire constater qu’il n’y a pas de nouvelle contamination pendant au moins 15 jours consécutifs, car un seul cas de contamination pourrait relancer l’épidémie .

    Si on constate que l’épidémie a pris fin chez nous sur des bases statistiques fiables au moins 15 jours avant la date de fin du confinement ,l’autorité nationale qui a pris la décision de nous mettre en confinement pourrait la lever et l’inverse devrait être vrai également ; ce qui veut dire que si au 11 mai prochain nous avons encore des cas de contamination enregistrés sur nos territoires ultra marins , il faudra accepter que l’autorité nationale décide de nous maintenir en confinement ..Mais bien entendu, celle ci pourrait très bien déléguer son pouvoir d’appréciation et de décision aux autorités locales . qui pourront prendre les décisions mais sous contrôles du gouvernement bien entendu . Car il ne faudrait pas que la continuité territoriale entre la Métropole est ses régions d’outre mer soit à l’origine d’une exportation cette fois ci de nos virus vers les territoires métropolitains .

    Avec peut être quelques réserves, le secteur de la santé devrait rester autant que possible sous la responsabilité des autorités nationales surtout pour ce qui concerne la gestion des épidémies .

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