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De l’argent pour acheter des armes, pas pour lutter contre la pauvreté

La fermeté de Donald Trump au sommet de l’OTAN fait tomber les masques des dirigeants européens

Manuel Marchal / 19 juillet 2018

Lors du dernier sommet de l’OTAN à Bruxelles, Donald Trump a obtenu des dirigeants européens qu’ils augmentent leurs dépenses pour les armées. Les alliés des USA consacreront donc au minimum 2 % de leur PIB pour acheter des armes et entretenir des militaires. Cette décision s’est réglée rapidement, alors que dans le même temps, ces mêmes pays sont bien incapables de respecter un engagement : consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à la solidarité avec les pays qu’ils ont pillés à l’époque où ils les colonisaient.

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Réfugiés syriens secourus sur l’île de Samos en Grèce. La colonisation, puis le refus des colonisateurs de réparer sont des facteurs à l’origine de la crise des migrants. (photo MOAS.eu/Jason Florio 2016)

Lors de la campagne présidentielle aux USA, Donald Trump avait promis qu’il allait demander aux Européens d’augmenter leur contribution au financement de l’OTAN, une organisation militaire créée à l’époque de la Guerre froide et maintenue malgré la dissolution du Pacte de Varsovie. Le but est de diminuer les dépenses militaires des USA en Europe. Arrivé au pouvoir, Donald Trump a mis en pratique sa promesse. Les 11 et 12 juillet derniers, lors du sommet de l’OTAN à Bruxelles, le président des États-Unis a mis cette question à l’ordre du jour. La situation était tendue, car l’éventualité d’un départ des USA de cette organisation a effleuré les esprits.

Hausse programmée des budgets des armées

Donald Trump a obtenu satisfaction. Le texte de la « Déclaration du sommet de Bruxelles » indique en effet que « tous les Alliés ont commencé à accroître le montant de leurs dépenses de défense en termes réels, et les deux tiers d’entre eux environ ont établi, au niveau national, des plans pour dépenser 2 % de leur produit intérieur brut dans le domaine de la défense d’ici à 2024. Plus de la moitié des Alliés consacrent plus de 20 % de leurs dépenses de défense aux équipements majeurs, y compris la recherche et développement y afférente, et, selon leurs plans nationaux, 24 Alliés atteindront le seuil des 20 % d’ici à 2024. Les Alliés mettent à disposition davantage de capacités plus lourdes et du haut du spectre, dont nous avons besoin, et ils améliorent la préparation, la déployabilité, la soutenabilité et l’interopérabilité de leurs forces ».
Cela signifie donc que l’entretien des armées et les dépenses pour l’industrie de l’armement atteindra 2 % du PIB, un engagement pris en 2014 mais pas tenu en raison de la crise économique. Cette décision intervient alors que les gouvernements européens pour la plupart pratiquent des politiques d’austérité, en affirmant qu’il est nécessaire de réduire les dépenses des États. Cela se traduit par une diminution des droits sociaux, et moins de moyens pour le service public, rempart contre les inégalités.
Dans ces conditions, ces gouvernements montrent qu’ils sont capables de trouver de l’argent pour faire la guerre.

Promesses de solidarité non tenues

La rapidité avec laquelle les Européens ont cédé à la demande de Donald Trump contraste avec leur difficulté à remplir leur devoir de solidarité. Pendant plusieurs siècles, les États européens ont ouvertement pillé le reste du monde en le colonisant. Des peuples ont disparu, des civilisations ont périclité à cause des massacres et des maladies apportées par les colons. Des dizaines de millions de personnes ont été traitées comme des esclaves et leurs pays ont été spoliés d’importantes richesses qui ont contribué à faire de l’Europe et des États-Unis des pays parmi les plus riches du monde.
Au moment de la décolonisation, les victimes de cette exploitation devaient donc reconstruire leurs pays ravagés par l’exploitation coloniale. Les dirigeants des anciens pays colonisateurs ont alors concédé une certaine solidarité : l’aide publique au développement. D’après les Objectifs du développement durable que leurs dirigeants ont signé, les pays riches se sont engagés à y consacrer 0,7 % de leur revenu national brut, ce qui est moins de 1 % de leur PIB. D’après l’OCDE, sur 29 États., seuls le Luxembourg, la Suède, le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark ont respecté leur engagement en 2017. Les USA en sont à moins que 0,2 %, la France aux environs de 0,4 %. En moyenne, ce pourcentage était de 0,32 % en prenant en compte la totalité des contributions des 29 États.
Pour la solidarité avec les pays qu’ils ont colonisés, la plupart des dirigeants occidentaux sont dans l’incapacité de réunir les fonds qu’ils se sont engagés à verser, et cela depuis des années. Or, c’est dans cette défaillance de la solidarité que se situe une des causes de la crise des migrants, qui sont originaires pour la plupart de pays qui ont été pillés par la colonisation.

Il y a de l’argent, mais pas pour les pauvres

Le même constat s’applique pour La Réunion, où le discours tenu lors de la présentation du Livre bleu pour l’outre-mer était d’affirmer la nécessité pour la France d’agir à budget constant, alors que dans le même temps, la population de notre île va augmenter. De plus, le système en place produit de la pauvreté, et pour les victimes de ce système, les services publics et les prestations sociales sont les seuls moyens de survivre. À eux, le gouvernement dit qu’il ne peut pas dépenser plus d’argent, car il faut équilibrer les comptes de l’État.
Mais le sommet de l’OTAN a montré que pour acheter des armes et entretenir des armées, là il est possible de trouver rapidement de l’argent. La fermeté de Donald Trump à l’égard des dirigeants européens a fait tomber les masques.

M.M.