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Des Réunionnais rappellent la violence de la crise au président de la République

Manifestation de l’Intersyndicale, grève générale, émeutes à Saint-Denis et au Port : Emmanuel Macron face à la réalité de La Réunion

Manuel Marchal / 25 octobre 2019

Pendant que l’Intersyndicale manifestait à Saint-Denis, Emmanuel Macron a adopté un ton méprisant marqué par son refus de recevoir les syndicats. Quelques heures plus tard, des jeunes Réunionnais ont rappelé au président de la République la violence de la crise sociale, économique et politique. Des émeutes à Saint-Denis et au Port ont fait d’important dégâts. Jamais une visite présidentielle n’a vu un tel déploiement de forces de police, et de telles manifestations.

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Manifestation de l’Intersyndicale à Saint-Denis.

Le second jour de la visite officielle d’Emmanuel Macron à La Réunion était placée sous le signe du social. Il était question le matin de la lutte contre la vie chère avec un rencontre avec des membres de l’Observatoire des prix des marges et des revenus triés sur le volet, et l’après-midi de l’emploi avec la présentation à Saint-Paul de dispositifs de lutte contre le chômage soutenus par l’État. C’était la seule journée complète du chef de l’État à La Réunion, et c’était le jour choisi par une Intersyndicale exceptionnellement très large d’appeler à une grève générale et à une manifestation dont l’itinéraire fut modifié par l’État.

Manifestation de l’Intersyndicale

Lors d’une visite surprise dans le quartier des Camélias à Saint-Denis, à laquelle n’avait pas été conviée Témoignages, Emmanuel Macron a adopté un ton méprisant à l’égard du mouvement social affirmant qu’il n’y avait pas de grève générale et peu de manifestants. Le chef de l’État s’est vu aussi rappelé de manière assez claire le quotidien d’une grande partie de la population, abandonnée par ce système.
Pendant ce temps, la manifestation des syndicats avait réussi à faire reculer le barrage de police qui bloquaient l’accès à la rue menant à la Préfecture. S’en est suivi une tentative de dialogue. L’Intersyndicale était prête à rencontrer Emmanuel Macron, ce dernier a refusé. Mais le bruit a couru que ce refus venait de l’Intersyndicale. Les syndicats ont alors tenu une conférence de presse improvisée sur le lieu de la manifestation pour apporter les précisions nécessaires, et dénoncer le mépris du président de la République envers les représentants des travailleurs.

Annonces du président de la République

Dans l’après-midi, le déplacement du président de la République vers l’Ouest pour sa « séquence emploi » à Saint-Paul a fait monter la tension. Un important dispositif policier barrait l’accès aux ponts surplombant la route nationale où devait passer le cortège officiel. Il était alors impossible de sortir de la commune du Port, ce qui créa des embouteillages monstres.
A Saint-Paul, le chef de l’État fit quelques annonces qui n’apportent pas grand-chose de neuf. Le maintien des emplois aidés s’accompagne d’un effort de 700 millions d’euros d’ici 2020, dont le financement n’est pas encore acquis. Dans le même temps, de nouvelles exonérations de cotisations sociales sous condition d’embauche sont prévues tandis que le micro-crédit est appelé à se développer pour soutenir les chômeurs qui souhaitent devenir leur propre patron.

Réponse de la jeunesse à Emmanuel Macron

La tension accumulée a fini par s’exprimer hier. Cela a commencé par une action de jeunes du Port à la Rivière des Galets. Cela s’est poursuivi dans la soirée par des affrontements entre la police et des jeunes dans le quartier du Chaudron à Saint-Denis et au Port. Comme souvent, les jeunes ont pris pour cible ce qui symbolise pour eux des signes extérieurs de richesse. Le grand garage Peugeot du Port a vu 20 véhicules incendiés. A Saint-Denis, le Jumbo Score du Chaudron ainsi que le Burger King ont été attaqués. À chaque fois, des dégâts importants sont à déplorer. Des jeunes capturés durant ou à la suite de ces affrontements avec la police risquent encore d’être les victimes d’une sévère répression.
Cette mobilisation de la jeunesse a été une réponse claire aux propos d’Emmanuel Macron fustigeant en substance le mouvement social. Elle rappelle que La Réunion est dominée par un système où la moitié des travailleurs sont privés du droit de grève, car ils n’ont pas le droit d’avoir un emploi durable et dignement payé. Cette majorité réunionnaise silencieuse a tenu à s’exprimer hier en renvoyant la violence qu’elle subit quotidiennement.
Ceci rappelle qu’il doit être mis fin à ce système à bout de souffle. Les Réunionnais ont des propositions sur ce sujet. Il incombe à l’État d’accompagner cette démarche et de donner aux Réunionnais les compétences nécessaires pour régler cette crise sociale. Souhaitons que la manifestation de l’Intersyndicale et les émeutes d’hier puissent faire prendre conscience à Paris de la nécessité d’écouter et de donner les moyens aux Réunionnais d’agir en toute responsabilité.

M.M.