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Elie Hoarau : « la nécessité de se rassembler et de faire un projet »

Succès de la conférence du président du PCR, événement phare des 60 ans du Parti communiste réunionnais

Manuel Marchal / 31 août 2019

L’ancien hôtel de ville de Saint-Denis a accueilli hier soir une conférence d’Elie Hoarau, président du PCR, intitulée « il y a 60 ans, l’émergence d’une conscience et d’une parole réunionnaises ». Un public nombreux a participé à cet événement phare des célébrations du 60e anniversaire de la création du Parti communiste réunionnais.

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Ce vendredi 30 août, un nombreux public s’est rendu dans le grand salon de l’ancien hôtel de ville de Saint-Denis, notamment la direction du PCR conduite par Maurice Gironcel, secrétaire général. Ce monument historique accueillait hier soir une conférence d’Elie Hoarau, président du PCR, intitulée « il y a 60 ans, l’émergence d’une conscience et d’une parole réunionnaises ». C’était un événement important des célébrations du 60e anniversaire de la création du Parti communiste réunionnais.
Après le mot de bienvenue de Gilbert Annette, maire de Saint-Denis, qui rendit un hommage appuyé aux batailles menées par le PCR, à Paul Vergès et à Témoignages, Elie Hoarau fit un exposé rappelant la singularité de la ligne du Parti communiste réunionnais.

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Prise de conscience d’un peuple

Il rappela tout d’abord que sur 370 ans d’histoire, La Réunion a été sous le joug de régime qui sont reconnus en tant que crime contre l’humanité, l’esclavage, ou qui ne manqueront pas de l’être un jour : le colonialisme et l’engagisme.

Ces régimes se caractérisait par des violences physiques, viols subis par les femmes, droit de vie et de mort d’un esclavagiste sur un être humain qu’il a acheté, par des violences morales dont la plus grande était celle de considérer un humain comme un meuble. Les femmes étaient alors les êtres les plus opprimés, alors que ce sont les mamans de tous les Réunionnais.

Ceci a nourrit un complexe d’infériorité du Réunionnais qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui. Dans ce contexte, la création du PCR marqua un tournant. Pour la première fois, les Réunionnais entendaient le message suivant : « vous n’êtes pas rien, nous sommes un peuple réunionnais et nous en sommes fiers », disait en substance Paul Vergès, notamment dans Sucre Amer réalisé en 1963.

« Ce discours a franchi la mer et est arrivé jusqu’aux bords de la Seine et a touché des étudiants réunionnais », a précisé Elie Hoarau. C’est de là que vient son engagement qui l’a amené à démissionner d’un poste de chercheur au CNRS afin de militer à La Réunion.

Unité réunionnaise menacée

Avec la création du PCR, « un nouveau champ s’ouvrait pour les communistes ». Aux côtés des luttes pour le progrès social sont apparus de nouveaux combats : pour la reconnaissance de l’identité réunionnaise, pour la liberté d’expression et pour le droit de pratiquer sa religion notamment.

Ces combats ont donné des résultats, comme le respect du droit de vote.
« Sur le plan culturel, la victoire la plus emblématique est la reconnaissance de la musique des plus opprimés, apportée par les esclaves, le maloya, en tant que patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. D’autres luttes restent à mener, notamment pour donner toute sa place à la langue créole, langue maternelle des Réunionnais, dans notre société. Elie Hoarau note que sur ce point, le plus grave, ce sont les parents qui refusent que leurs enfants apprennent le créole à l’école.

Au niveau social, le président du PCR note des avancées, mais souligne que la moitié de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, un tiers des jeunes quittent l’école sans diplôme, le manque de logement est criant… « nous sommes loin du compte, le combat doit se poursuivre pour la défense de l’unité réunionnaise ». Une unité mise à mal par la crise sociale qui favorise le repli sur soi et la recherche de boucs-émissaires.

Réglons la crise sociale

Régler cette crise suppose une action politique. Pour le PCR, un peuple doit être maître de son destin, c’est le mot d’ordre d’autonomie prôné dès 1959 par le PCR. Car « on ne peut pas déléguer à d’autres nos responsabilités, cela ne peut plus durer ». C’est ce que rappelle l’exemple de la COI, où La Réunion a été rayée de la carte, remplacée par la France.
Elie Hoarau rappelle également que de nombreuses lois sur l’outre-mer ont été votée à Paris, elles n’ont pas permis d’améliorer la situation.

Le président du PCR estime que l’annonce d’une réforme institutionnelle est le moment de faire avancer des propositions pour que La Réunion puisse notamment avoir des outils pour assurer son insertion dans sa région. Il plaide pour que soit convoquée une Conférence territoriale élargie, regroupant les institutions et les forces vives. Sa tâche serait d’élaborer un projet réunionnais, base de la discussions avec le gouvernement. La venue annoncée prochaine du président de la République en septembre accélère le calendrier.

« N’importons pas les divisions, c’est quand on est d’accord que l’on fait avancer les choses », poursuit Elie Hoarau qui rappelle qu’un grand rassemblement, le CRADS, mit fin au régime colonial. D’où « la nécessité de se rassembler et de faire un projet ».

« De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »

La dernière partie de l’exposé d’Elie Hoarau a porté sur l’émergence d’une parole réunionnaise. « Dès sa création, le PCR a soutenu les mouvements de libération. En Algérie, Jacques Vergès est un héros national, au Vietnam, Ho-Chi-Minh a accueilli une délégation du PCR pour remercier le parti réunionnais de sa solidarité. Le PCR était aussi aux côtés de l’ANC dans la lutte contre l’apartheid. C’est pourquoi le seul parti étranger invité au dernier congrès de l’ANC était le PCR. Le PCR manifeste aussi sa solidarité avec Madagascar et avec le peuple chagossien qui lutte pour retourner vivre aux Chagos.

Le PCR est le premier à avoir lancé l’alerte sur le climat, rappelle Elie Hoarau.
« Plus de 800 millions de personnes ont faim chaque jour, on ne peut tolérer cela, c’est la conséquence d’un mode de production et de consommation ». Le président du PCR préconise en substance d’aller vers une nouvelle civilisation, avec une nouvelle organisation internationale ayant comme priorité la défense du bien commun.

« Plus que jamais, le communiste réunionnais a son mot à dire. Plus que jamais le communiste réunionnais a un projet de société, dont le but est exprimé dans cette citation de Karl Marx : de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».
La conférence s’est conclu par un échange avec la salle. Raymond Lauret a complété le propos d’Elie Hoarau en rappelant le rôle important de Paul Vergès dans le soutien au dialogue interreligieux, illustré notamment au Port par un parc où tous les cultes sont les bienvenus.

Soulignant que « 60 ans après, le PCR est indispensable comme d’autres », Elie Hoarau conclut par cet appel à destination de la jeunesse : « à nous d’écrire notre histoire ».

M.M.