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Enseignants réunionnais mutés en France : quelle solution sans école réunionnaise ?

Comme tous les ans, la question de la nomination des enseignants réunionnais à La Réunion est posée

Manuel Marchal / 7 juillet 2021

Malgré un bonus équivalent à plus de 20 ans d’ancienneté quand ils demandent un poste à La Réunion, tous les lauréats réunionnais du CAPES qui le souhaitent ne sont pas affectés dans leur île. Plutôt que de miser sur des changements à la marge, la solution ne viendrait-elle pas de l’adaptation du système éducatif à sa réalité à La Réunion. Cela signifie faire du créole, langue maternelle de la plupart des Réunionnais, la langue d’enseignement dans les écoles, collèges et lycées. Ceci permettra sans doute d’améliorer les résultats scolaires des jeunes Réunionnais, mais aussi d’avoir dans les classes des enseignants intégrés dans la société réunionnaise, car créolophones.

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Intervenant à l’Assemblée nationale, la députée Karine Lebon a légitimement défendu la cause de Réunionnais lauréats du CAPES et qui sont ensuite mutés en dehors de leur île natale, alors que des postes existent à La Réunion et sont pourvus par des fonctionnaires venant d’Académies situées à l’autre bout du monde. Ce problème découle de l’intégration de La Réunion à la France, en tant que département français. Cette situation fait que le recrutement des personnels d’enseignement titulaires est centralisé à Paris qui décide ensuite de l’affectation des nouveaux venus.
Dans l’Education nationale, chaque fonctionnaire détient un certain nombre de points correspondant à sa carrière professionnelle, c’est-à-dire principalement l’ancienneté. Pour chaque poste mit au « mouvement national », les différents concurrents sont départagés par leur nombre de points. Il est ainsi possible de prédire qu’en fonction de la région puis de l’établissement demandé, un certain nombre de points minimal sera nécessaire, c’est le barême.

20 ans d’ancienneté offerts aux enseignants liés à La Réunion

Les luttes menées à La Réunion ont permis de faire évoluer ces règles dans l’Education nationale. Ainsi, si une personne peut justifier à La Réunion « de la présence dans ce département du centre de leurs intérêts matériels et moraux (CIMM) » et demande un poste dans notre île, elle bénéficie automatiquement d’un bonus de 1000 points valable uniquement pour postuler sur notre île.
Ce droit aux 1000 points est également ouvert aux fonctionnaires qui se marient ou se pacsent avec un conjoint né à La Réunion. Cette méthode ouvre aussi le risque de mariages blancs pour avoir ce bonus très favorable à ceux qui en bénéficient. Pour obtenir 1000 points dans la vraie vie, un enseignant doit cumuler plus de 20 années d’ancienneté dans des établissements situés en zone d’éducation prioritaire. Donc, le demandeur né à La Reunion est considéré comme un enseignant ayant plus de 20 ans d’ancienneté en ZEP, ce qui limite drastiquement la concurrence.
Malgré toutes ces mesures, il s’avère que des Réunionnais doivent encore s’expatrier pour ne pas perdre le bénéfice du concours. Comment l’expliquer ?

Tous les postes vraiment mis au mouvement ?

Tout d’abord, il est incontestable que la surrémunération attire des candidats qui ne seraient jamais venus à La Réunion s’ils avaient eu le même traitement qu’en France. Cette prime permet en effet une augmentation immédiate de 53 % du salaire. Survivance de l’époque coloniale, où les recrutements étaient plus difficiles, en raison du paludisme, de la malnutrition et des trois semaines de bateau séparant La Réunion de la France, la surrémunération n’a jamais été remise en cause par aucun gouvernement, tandis que de nombreux Réunionnais font part de leur attachement à cette mesure.
Au-delà de cette question du salaire, il est également nécessaire de rappeler que parmi les centaines de fonctionnaires qui arrivent chaque année dans les collèges et les lycées, il se trouve une majorité de Réunionnais qui, grâce aux 1000 points, ont un poste assuré dans leur île natale. Autrement dit, ce sont des Réunionnais qui demandent à être mieux traités que d’autres Réunionnais.
Sortir de cette situation impose tout d’abord de faire toute la transparence sur les recrutements nécessaires dans l’Education nationale à La Réunion. Il ne faudrait pas qu’un poste devant être assuré par un fonctionnaire titulaire ne soit pas retiré du mouvement pour être attribué à un contractuel (recruté sans concours) qui, comme par hasard, serait le conjoint d’un fonctionnaire venant d’être nommé dans notre île.

La langue d’enseignement est la clé

Mais c’est surtout l’évolution du contenu de l’enseignement qui permettra de sortir de cette crise. En effet, si l’objectif du système éducatif à La Réunion est de donner aux jeunes les moyens nécessaires pour une vie meilleure, il entre en contradiction avec le résultat aujourd’hui observé, avec un tiers des jeunes qui sortent de l’école sans diplôme, ainsi que la persistance à La Réunion de plus de 110.000 illettrés. Il est clair que l’utilisation d’une langue d’enseignement qui n’est pas la langue maternelle de la plupart des élèves ne favorise pas la réussite de tous. En France, l’Assemblée nationale a voté un texte contre l’avis du gouvernement et de la France Insoumise donnant le droit aux Réunionnais de bénéficier d’un enseignement en langue créole réunionnaise. Cette réforme nécessitera des enseignants créolophones, c’est-à-dire ayant le créole pour langue maternelle ou étant suffisamment motivés pour apprendre la langue parlée par les Réunionnais. Le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition pleine de bon sens, au prétexte que cela contrevient à la Constitution.
Autrement dit, tant que le cadre institutionnel ne changera pas à La Réunion, ce système va continuer à perdurer.

M.M.



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  • Pour ma part, je me pose alors la question : "pourquoi ces points de bonus pour rentrer chez soit devraient-ils concernés uniquement les iliens, Corse comprise, et les guyanais ? Il est vrai que même avec cet avantage, 1000 points de plus au barème, avec ensuite une seconde concurrence entre enseignants, informés ou pas par les syndicats. De toute façon, il y a toujours des surprises, c’est ainsi. Il faut aussi savoir que ce système ne concerne pas tous les enseignants ! En effet, les professeurs des écoles, ex instituteurs, (recrutés eux aussi avec un Master 2 ou 3 enfants pour les mères, c’est équivalent), ont conservé le privilège de rester dans le département dans lequel ils ont passé le concours avec succès. C’est la raison pour laquelle, il est difficile de réussir cette sélection à la Réunion, beaucoup de candidats et dans les autres POM aussi on imagine et que pour ici, certains candidats choisissent finalement de le passer à Mayotte, puis, une fois titulaires, demandent leur mutation pour la Réunion. Là bas, il parait que les épreuves sont plus faciles et les candidats moins nombreux, et il y a de la demande, alors pour les volontaires, préparez-vous pour la cession 2022, et bonne chance, Arthur.

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