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Ericka Bareigts pour un service public de lutte contre l’illettrisme

Plus de 110.000 Réunionnais sont toujours en situation d’illettrisme

Manuel Marchal / 1er juin 2021

Vendredi à Sainte-Suzanne lors de la conférence de presse d’Ericka Bareigts, tête de liste de Nouvel Avenir de La Réunion, sa co-listière Nadine Damour est intervenue sur la question de la lutte contre l’illettrisme qui touche toujours plus de 110.000 personnes à La Réunion. La représentante du PCR a fait part d’un objectif : diviser par deux le taux d’illettrisme à La Réunion au cours des 6 prochaines années. Cet objectif s’inscrit dans les missions du futur Service public de lutte contre l’illettrisme et de remise à niveau qui vise à sortir de la précarité tous les jeunes Réunionnais qui sortent chaque année de l’école sans diplôme, soit un jeune Réunionnais sur trois.

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Nadine Damour (PCR) indique que les compétences existent chez les Réunionnais « pour pouvoir développer ce programme spécifique à La Réunion ».

La question de la lutte contre l’illettrisme est une des priorités de la liste Nouvel Avenir de La Réunion. Une des représentantes du PCR sur cette liste, Nadine Damour, est intervenue sur ce sujet vendredi dernier à Sainte-Suzanne, lors de la conférence de presse de la tête de liste, Ericka Bareigts.
Nadine Damour rappelle l’ampleur du fléau : plus de 110.000 illettrés. « Malgré les dispositifs, une réflexion profonde est-elle lancée ? » D’où l’importance de rechercher la cause de ce phénomène qui est décliné selon trois tranches d’âge : chez les jeunes, chez les seniors et chez les parents.
« Le jeune illettré n’est ni employable, ni formable, il peut avoir plein de talents et de savoir-faire mais hélas, il est considéré comme illettré. Il ne peut pas accéder à une formation car il faut faire un test écrit », rappelle-t-elle. Si des dispositifs existent, sont-ils efficaces ? Le maintien du fort taux d’illettrisme à La Réunion permet d’en douter. C’est en effet une question de méthode.

« Les moyens en interne »

« Comment éradiquer l’illettrisme à La Réunion plutôt que faire une dictée à 25 ans ? », interroge-t-elle. Pour la représentante du PCR, il est nécessaire d’observer ce qui se fait ailleurs dans le monde, ajoute-t-elle, avant de fixer un objectif : diviser par deux le taux d’illettrisme à La Réunion. « Nous avons ensuite bon espoir d’éradiquer l’illettrisme à La Réunion », poursuit-elle, « cela a été fait ailleurs qu’à La Réunion. Il est possible de partir du Réunionnais, de son savoir-faire, de son histoire, de son identité, et de son patrimoine pour travailler à l’éradication de l’illettrisme ».
Il s’agit tout d’abord de discuter avec le jeune illettré de son projet de vie. De là découlent des étapes nécessaires pour éradiquer son problème d’illettrisme et ensuite entrer dans la vie professionnelle.
L’illettrisme chez les seniors est aussi un facteur d’isolement. Nadine Damour propose que des jeunes puissent aller rencontrer ces personnes. Ainsi, le lien intergénérationnel permet de lutter contre l’illettrisme et de mettre fin à l’isolement.
L’illettrisme chez les parents est aussi une cause de décrochage scolaire, car un enfant dont les parents sont illettrés ne peut pas bénéficier d’un soutien pour son travail à la maison. Cela peut engendrer chez les parents un sentiment d’inutilité.
« Nous sommes pour un projet par les Réunionnais, pour les Réunionnais, et nous avons les moyens en interne de faire en sorte que tout cela disparaisse », indique la co-listière communiste. Elle propose un plan d’action impliquant les collectivités, « c’est un projet qui concerne tout le monde ».
Nadine Damour juge nécessaire de s’appuyer sur le Service régional de la Formation des adultes « pour pouvoir développer ce programme spécifique à La Réunion », précise-t-elle.

L’importance de la langue créole

La candidate PCR propose également de redynamiser les acteurs de l’éducation populaire. Elle rappelle qu’avec peu de moyens, Sainte-Suzanne est devenue une « ville-lecture ». Pourquoi ne pas s’orienter vers cela afin que La Réunion devienne une « Région lecture », suggère-t-elle.
Ericka Bareigts rappelle toute l’importance accordée à la question de la lutte contre l’illettrisme. Elle met en avant la promotion du créole, la langue maternelle des Réunionnais. Elle évoque également les travaux de chercheurs à La Réunion sur des méthodes pédagogiques innovantes. Ces méthodes pourront être expérimentées dans les écoles, « avec un support d’approche langue créole pour dès le premier degré mettre l’enfant à l’aise avec sa langue maternelle », souligne-t-elle rappelant l’existence de classes bilingues à Saint-Denis. Dans le cadre du périscolaire, un partenariat avec le Rectorat est envisageable, poursuit-elle. « On sait aussi qu’être à l’aise avec sa langue maternelle permet aussi et favorise la réussite de ce point de vue », ajoute Ericka Bareigts.
Revenant sur l’intervention de Nadine Damour, Ericka Bareigts précise qu’il s’agit de créer un Service public de lutte contre l’illettrisme et de remise à niveau pour tous ces jeunes gens qui sortent sans diplôme à l’âge de 16 ans ». 30 % des jeunes Réunionnais font une scolarité complète sans obtenir de diplôme.
L’AFPAR pourrait être le porteur de ce nouveau service. Car le système actuel avec les « Cases à lire » est « un échec patent ». « 11 ans après, il y a toujours 110.000 illettrés à La Réunion, le chiffre n’est pas tombé alors que des investissements ont été faits. Ne faisons plus les mêmes recettes, cela va faire les mêmes échecs », conclut Ericka Bareigts.

M.M.