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Georges Radebason : « la destruction du système éducatif a permis d’exploiter Madagascar »

Intervention de Georges Radebason, professeur d’histoire à l’Université d’Antsiranana, à la Conférence idéologique internationale des 60 ans du PCR

Manuel Marchal / 21 novembre 2019

Aux côtés des partis politiques et organisations non gouvernementales, la Conférence idéologique internationale organisée par le PCR du 26 au 28 octobre a également invité des chercheurs universitaires. Ces personnes se sont exprimées lors de l’assemblée plénière de clôture, le 28 octobre à Saint-Denis. Parmi elles, Georges Radebason, professeur d’histoire et chercheur à l’Université d’Antsirana, Madagascar.

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Georges Radebason.

Après avoir transmis aux participants les amitiés de ses étudiants, Georges Radebason a donné une des explications de la situation de très grave crise que connaît Madagascar, en raison de la destruction de son système éducatif soutenue par les bailleurs de fonds.
« Madagascar est un exemple de l’exploitation. Madagascar a d’immenses richesses, minerais, pierres précieuses, on a tout mais Madagascar reste dans les 4 pays les plus pauvres de la planète ».
Il précise que « le capitalisme international a mis en place un système lui permettant de piller », et constate que « Madagascar est le seul pays qui régresse alors qu’il n’a pas connu la guerre depuis son indépendance », période durant laquelle « 9 régimes se succèdent ».

Fierté nationale impossible

Georges Radebason décrit ensuite ce système capitaliste appliqué à Madagascar : « les Occidentaux ont tout fait pour détruire le système éducatif à Madagascar, l’école ne contribue pas au développement. L’éducation malgache dépend des bailleurs de fonds qui fixent des contreparties ».
Cela se traduit en particulier par le recrutement d’enseignants loin des capacités minimales requises : 20 % des enseignants du primaire ne savent pas faire une soustraction avec des nombres à deux chiffres, 55 % des enseignants du primaire n’arrivent pas à faire une addition de deux nombres décimaux.
« Ce manque d’identité culturelle empêche la fierté nationale », souligne-t-il, et les émigrés malgaches ne veulent pas apprendre leur langue maternelle à leurs enfants.

Inégalités intolérables renforcées

Cette destruction du système éducatif a aussi pour conséquence un manque de fierté nationale des dirigeants, « c’est à l’origine de la corruption à grande échelle, cette corruption qui permet aux multinationales de piller nos richesses ». Résultat, 90 % des Malgaches vivent sous le seuil de pauvreté, et le PIB par habitant ne dépasse pas 480 euros, et sur les 10 personnes les plus riches d’Afrique, 4 viennent de Madagascar et sont des Indo-pakistanais de nationalité française ».
Une autre conséquence de cette destruction du système éducatif est le manque criant de moyens pour l’enseignement supérieur public, « les universités privées poussent comme des champignons ».
Conclusion : « la destruction du système éducatif a permis d’exploiter Madagascar ».

M.M.



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Messages






  • Cher monsieur Radebason,
    Vous avez raison sur le constat de pauvreté et de misère éducative. Tout ça est navrant. L’éducation est une priorité pour qu’un pays fonctionne bien et se développe à tous les niveaux.
    Par contre, je peux vous assurer que nous sommes nombreux en France et surtout à La Réunion, à souhaiter un plus grand développement à Madagascar.
    Laissez moi vous dire au passage que votre richesse véritable et durable n’est pas dans vos pierres précieuses (souvent une illusion populaire) mais dans votre peuple, vos sols agricoles inutilisés (36 millions d’hectares) ainsi que dans vos cotes paradisiaques (tourisme). La terre appartenant aux malgaches, il y a peut-être des choses à faire ?
    Cependant je suis surpris de lire à droite et à gauche des textes sur une "théorie du complot" contre Madagascar... Vos écrits m’y font penser. Je suis perplexe. Cela ressemble plus à un syndrome du bouc-émissaire. C’est un chemin déresponsabilisant et dangereux cher monsieur.
    Le capitalisme libéral se nourrit au contraire d’une éducation bien standardisée et efficace dans laquelle on ne fabrique pas des consciences et des citoyens mais des consommateurs obéissants au cerveau bien formaté et déculturé. Plus il y a de consommateurs solvables, plus les détenteurs de capitaux s’enrichissent.
    Je pense donc que ce système là vous a plutôt oublié ou vous ignore.
    Par contre j’ai pu constater une tendance à rechercher des situations de rentes plus qu’un esprit d’entrepreneuriat chez certains opérateurs économiques à Madagascar. Ce n’est pas la bonne posture pour réussir véritablement un décollage économique. Je vous invite à y réfléchir.
    L
    Master économie appliquée
    MBA ESSEC

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  • si je vous lis bien, cela veut dire que depuis 1973 aucun ministre de l’éducation nationale a peu correctement accomplir sa mission en raison du capitalisme.
    c’est déjà une question fondamentale a se poser.
    bien d’autres se poserons suite à cette réflexion

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