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Hommage à une génération de Réunionnais prêts à donner leur vie pour la liberté de tous

Camille Bourhis nous a quittés, il était parti combattre l’Axe en Europe avec Paul Vergès, Bruny Payet et Jacques Vergès

Manuel Marchal / 26 février 2021

Camille Bourhis était le dernier survivant des 20 jeunes Réunionnais qui avaient choisi de s’engager contre le fascisme lors de la libération de La Réunion par le contre-torpilleur « Leopard » en novembre 1942. Alors que les armées nazies et de l’Empire du Japon étaient encore invaincues, ils n’avaient pas hésité à mettre leur vie en jeu pour délivrer de lointains pays de l’oppression de l’extrême droite. Leur exemple rappelle que devant une cause essentielle, il est possible de dépasser les clivages politiques traditionnels et d’aller jusqu’à offrir sa vie. Paul Vergès, Bruny Payet, Jacques Vergès, Camille Bourhis… hommage à des représentants de cette glorieuse génération, capable de quitter son confort pour sacrifier sa vie au service d’une idéologie : la liberté.

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Autour des députés communistes Lépervanche et Vergès, Paul et Jacques Vergès, les fils du fondateur de Témoignages, qui se sont engagés dans la France libre avec Camille Bourhis dans le sillage du passage du Leopard à La Réunion en 1942.

La disparition de Camille Bourhis rappelle le souvenir d’une époque. En novembre 1942, les armées nazies soutenues notamment par le gouvernement français dirigé par l’extrême droite avaient conquis d’immenses territoires. Elles avaient atteint Stalingrad et pensaient porter un coup fatal à l’Union soviétique en faisant main basse sur le pétrole du Caucase, et en prenant la ville portant le nom de Staline. En Asie, l’Empire du Japon occupait une grande partie de la Chine et avait vaincus les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas en Indonésie, aux Philippines et en Birmanie. Seule l’Inde et l’Australie restaient sous le contrôle des anciennes puissances coloniales.

La guerre était loin d’être jouée

Les forces de l’Axe étaient donc au plus haut, et le gouvernement officiel de la France soutenait haut et fort la victoire de son allié Hitler sur les derniers obstacles à sa domination : la Grande-Bretagne et surtout l’URSS dirigée par Staline. Ce fut à ce moment qu’un navire de la France Libre apparu au large de La Réunion, le « Leopard ». En lien avec des résistants réunionnais dont Léon de Lépervanche, son arrivée entraîna la chute du gouvernement dirigé par des collaborateurs soutenant le régime d’extrême droite au pouvoir en France.
Cette victoire plaça La Réunion dans le camp de la démocratie. De jeunes Réunionnais décidèrent alors de s’engager dans la France libre. Ils furent 20 dont Camille Bourhis, mais aussi Paul Vergès, Bruny Payet et Jacques Vergès notamment.
Ces jeunes étaient encore au lycée, ils n’avaient même pas atteint l’âge de la majorité qui était alors de 21 ans. Certains de leurs parents avaient connu les combats de la Première guerre mondiale en Europe. C’était le cas du Docteur Raymond Vergès qui laissa à ses deux fils une nuit de réflexion et décida de respecter leur décision de s’engager avec le risque de ne plus jamais les revoir.

La cause a tout transcendé

Tous ces jeunes n’étaient pas de la même classe sociale, ils avaient des opinions politiques divergentes car à la suite de la guerre, tous n’ont pas adhéré au Parti communiste. Mais ils étaient prêts à se battre pour la liberté, et cette cause a tout transcendé.
Cette liberté voulait aussi dire la naissance d’une République sociale en France. Alors que ce pays était dévasté, que sa population vivait de tickets de rationnement, fut alors appliqué le programme du Conseil national de la Résistance avec en particulier la création de la Sécurité sociale.
Ce fut aussi le moment où les Partis communistes étaient au plus haut en Europe, rappelant que le seul pays alors dirigé par un PC, l’URSS, était celui qui avait supporté l’essentiel de la guerre contre les armées hitlériennes, libéré le Nord de la Chine du Japon, et poussé cet empire à cesser le combat de crainte qu’une invasion soviétique remette en cause le régime impérial et le capitalisme dans ce pays. Cette pression obligea les pouvoirs à céder, ce qui permit à la France de disposer d’une des législations sociales les plus avancées au monde, et d’une économie s’appuyant sur d’importantes entreprises nationalisées et un service public fort, avec un statut pour les fonctionnaires.
La disparition de Camille Bourhis est celle d’un des représentants de cette glorieuse génération, capable de quitter son confort pour sacrifier sa vie au service d’une idéologie : la liberté. C’est à cette génération que nous devons nos libertés, que le gouvernement s’entête à vouloir remettre en cause sous prétexte de crise sanitaire.

M.M.