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Karine Lebon et le budget de la Culture : « contrecarrer tout scénario catastrophique pour le pluralisme de l’information et la démocratie »

Assemblée nationale : la députée de La Réunion intervient au nom du Groupe GDR

Témoignages.re / 7 novembre 2020

Dans le cadre du PLF pour 2021, l’Assemblée nationale a examiné hier 6 novembre les crédits de la Mission “Culture”. La députée Karine Lebon est intervenue dans ce débat en tant que principale oratrice du Groupe GDR. Elle a notamment attiré l’attention de la Ministre sur les difficultés de la presse dans les Outre-mer.

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« 2021 aurait dû être une année charnière pour la culture puisqu’avec 3,2 milliards d’euros, les crédits de la mission culture atteignent enfin leur niveau de 2010. Mais ce rattrapage que nous saluons arrive au moment même où le monde culturel est plus que durement frappé par la crise sanitaire, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’appréciation que nous aurions pu faire de l’augmentation à périmètre constant de 4,6 %.

Qu’il s’agisse du confinement, de la distanciation physique ou du couvre-feu, toutes les mesures sanitaires pour lutter contre la Covid 19 ont eu des répercussions immédiates sur l’ensemble des secteurs et des acteurs culturels au point que c’est l’éco-système de la culture qui est aujourd’hui entièrement bouleversé.

A chaque fois, de manière très volontariste et quelles que soient les contraintes, les opérateurs culturels se sont adaptés et ont innové pour maintenir le lien entre les publics, les artistes et les œuvres dans des conditions aussi optimales que possible. Mais force est de constater que l’interruption imposée par ce nouveau confinement risque d’être insurmontable pour nombre de secteurs déjà fragilisés.

Ce budget ne peut pas être examiné en tant que tel. Et c’est ayant bien à l’esprit les mesures transversales, le volet culturel du plan de relance mais aussi votre amendement de 115 millions pour les dernières mesures exceptionnelles que je ferai quelques observations.

Maintenir des mesures d’urgence en 2021

- La première est d’évidence : il faudra aller plus loin aussi bien en termes de moyens que de durée d’application des dispositifs tant la diminution du chiffre d’affaires du secteur culturel déjà chiffrée à plus de 22 milliards va encore s’alourdir.
Pour le spectacle vivant, grande victime de cette crise sanitaire, les mesures d’urgence devront sans doute être maintenues durant toute l’année prochaine. Avec la fermeture des salles de spectacle et d’exposition, l’annulation des manifestations et les jauges réduites, la création artistique est très durement touchée et pour de très nombreux secteurs et artistes, il s’agit désormais d’une question de survie. Tout porte à croire que l’ « année blanche » dans l’intermittence devra être prorogée au-delà du mois d’août 2021 en sorte d’éviter que les artistes et les techniciens du spectacle ne soient confrontés au sortir de cette crise à une précarité encore plus redoutable.
A ce titre, je vous remercie Mme la Ministre d’entendre une demande récurrente et désormais urgente des professionnels du spectacle de la Réunion qui souhaitent la réouverture d’une antenne Pôle emploi Spectacle sur place.

Crise dans le patrimoine et l’architecture

- Ma deuxième remarque porte sur la répartition des crédits affectés au secteur du patrimoine et de l’architecture qui enregistre également des pertes économiques considérables (-30 %). Alors que vous avez déclaré être la « ministre des artistes et des territoires », ni le plan de relance ni les crédits, pourtant en augmentation, inscrits au PLF en faveur de ce programme ne contribuent au nécessaire rééquilibrage entre Paris et les Régions, entre les patrimoines urbains et les patrimoines ruraux.
- Le Pass culture qui occupe encore une place centrale dans le programme Transmission des savoirs et démocratisation de la culture présenterait donc moins de « fragilités » que vous ne le craigniez Mme la Ministre. Mais cette évolution favorable ne va sans doute pas jusqu’à faire l’économie d’une refonte du dispositif qui n’atteint toujours pas son public-cible, demeure sous utilisé et trop méconnu.
A l’inverse les Micro-folies, qui sont des musées numériques permettant de rapprocher les collections des musées et les grandes représentations des lieux de vie et des citoyens, ont rapidement rencontré leur public. La multiplicité des possibilités et des expériences ne peut qu’encourager d’accélérer la couverture de l’ensemble du territoire national. La promesse des « 1000 folies » d’ici 2022 est-elle toujours d’actualité ?

La presse de La Réunion encore exclue des aides de l’Etat

- Mon dernier point concerne les Outre-mer. D’abord pour souligner en le déplorant l’abandon les uns après les autres non seulement de tous les projets en faveur de la promotion et la diffusion des cultures des Outre-Mer le dernier en date étant probablement la Cité des Outre-mer mais aussi des outils existants avec la fermeture de France Ô. La meilleure visibilité des Outre-mer qui aurait dû suivre n’est toujours pas visible.
Un mot enfin sur la presse ultra-marine qui a toujours été étonnamment exclue des aides prévues pour la presse nationale et régionale. Après la crise de France Antilles, c’est actuellement le Quotidien de La Réunion qui est en grande difficulté avec une menace de licenciement pour 40 % du personnel. Et pas plus tard qu’hier, toujours à la Réunion, le JIR – Journal de l’Ile - vient à nouveau d’être placé en redressement judiciaire. Sur les 450 millions de crédits que la mission « média et industries culturelles » a inscrit au titre des aides pour la presse, deux millions reviendront aux Outre-mer. C’est un début qu’il convient de saluer, même s’il est timide, tout en souhaitant qu’il puisse contribuer à contrecarrer tout scénario qui serait catastrophique pour le pluralisme de l’information et la démocratie. Le Groupe GDR ne s’opposera pas à votre budget et s’abstiendra.