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L’emploi au Port : Kan na pi na enkor !

Témoignages.re / 3 novembre 2016

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La municipalité du Port a voté dernièrement une délibération, pour inscrire sa collectivité (et plus particulièrement le secteur de la Rivière des galets) au projet national de lutte contre le chômage intitulé « Territoire zéro Chômeur de Longue Durée ». Récemment encore, le maire a déclaré vouloir que la dynamique économique générée par les entreprises installées au Port, puisse également profiter à l’embauche des Portois.

Les initiatives dans ce domaine sont louables, tant notre population est durement touchée par le chômage. Néanmoins, sachant que la lutte contre le chômage est loin d’être un long fleuve tranquille, est-ce que la commune dispose aujourd’hui des atouts nécessaires pour en être un acteur efficace ?

Mais d’abord, le Territoire zéro Chômeur : kosa i lé sa ? Cette mesure expérimentale de cinq ans, entend proposer aux chômeurs de longue durée, un emploi adapté à leurs savoir-faire, sous la forme d’un contrat à durée indéterminée (CDI), rémunéré sur la base du SMIC, via une structure d’insertion par l’activité économique.

Cette expérimentation s’ajoute aux nombreuses mesures publiques en faveur de l’emploi mises en œuvre depuis les Pactes Nationaux pour l’emploi des Jeunes créés en 1977. Les gouvernements successifs ont ainsi multiplié les contrats aidés pour lutter contre un chômage qui a plus que triplé en France, passant de 1 million en 1976 à plus de 3,5 millions aujourd’hui.

Pendant 40 ans, une vingtaine de lois en faveur de l’emploi a ainsi été créée. On a eu les Travaux d’Utilité Collective (TUC) en 1984, remplacé par le Contrat Emploi Solidarité (CES). Ensuite ça a été le Contrat Emploi Consolidé (CEC), le Contrat Emploi Jeune (CEJ) et aujourd’hui le Contrat Unique d’Insertion (CUI) non marchand (CAE) ou marchand (CIE), ou encore l’Emploi d’Avenir. N’oublions pas non plus en 1994, le Contrat d’insertion Professionnelle (CIP) et en 2007, le Contrat de Première Embauche (CPE), qui ont en commun d’avoir été retoqués, sous la pression de la rue.

Si certaines de ces mesures, non exhaustives, ont pu permettre à beaucoup de personnes d’avoir un emploi, il n’en demeure pas moins que ce sont les employeurs associatifs qui sont les plus souvent sollicités et exposés aux risques.

Comment ne pas craindre ainsi, à travers cette nouvelle expérimentation, de voir ressurgir la terrible désillusion des contrats emploi-jeunes ? Un dispositif créé en 1997 puis abrogé en 2002, qui a plongé dann fénoir in takon d’associations et qui a tié lespwar des milliers d’emplois jeunes à la Réunion ! Le Port en a payé un lourd tribut. Les structures associatives n’avaient pas été préparées pour pallier ce retrait de l’Etat, de même qu’elles n’étaient pas organisées pour développer des activités économiques.

Cependant, cette capacité d’entreprendre pour une insertion sociale et professionnelle réussie, a été initiée dès la fin des années 70, à travers l’expérience de l’insertion par l’activité économique (IAE), qui vient mettre en exergue le besoin d’accompagnement et de formations des personnes les plus éloignées de l’emploi. Ce secteur doit sa reconnaissance aux savoir-faire des structures d’insertion par l’activité économique qui le compose (Entreprises d’Insertion, Ateliers et Chantiers d’Insertion et Régies de quartiers, entre autres) et qui sont d’ailleurs très bien organisées ici à La Réunion.

Le retour à l’emploi des chômeurs de longue durée, en s’appuyant sur ces structures de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), suppose ainsi un territoire organisé et structuré en conséquence.

Or à ce niveau-là, Le Port fait aujourd’hui figure de mauvais élève. Il y a des signes qui ne trompent pas quand on voit que les projets d’insertion peinent à voir le jour et que le maire, excédé, s’en prend publiquement à un des acteurs de sa commune. De toutes les manières, la candidature de la ville du Port, si tant est qu’elle soit retenue, ne saurait être mise en œuvre sur des bases aussi peu rassurantes.

Il y a eu ensuite cet appel du premier magistrat en direction des entreprises pour favoriser l’embauche des Portois. C’est vrai qu’il est aisé de penser que na in ta domoun i vient travay dann Port quand on voit les nombreux embouteillages quotidiens aux entrées de la ville. Au début de l’année dernière, plus de 19 000 personnes travaillent dans les 4 800 établissements situées au Port, dont 95 % emploient moins de 20 salariés. Le problème n’est pas de savoir combien de Portois y travaillent, mais c’est de faire en sorte qu’un maximum d’entre eux puisse accéder aux emplois qui y seraient créés. En effet, si Le Portois est informé et préparé en conséquence, il saura répondre au mieux aux besoins des entreprises. i chap pa !

C’est donc à une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, à l’échelle de son territoire, que la municipalité doit œuvrer. Pour ce faire, l’adhésion des acteurs économiques, qui est capitale, ne saurait se suffire d’effets d’annonce.

Quoiqu’il en soit, si l’Etat a le pouvoir de multiplier les contrats, façon demandez et vous recevrez, les Portois eux, sauront multiplier leurs efforts pour accéder à un emploi, façon nou va mèt ansanm pou ansort a nou !

Henry Hippolyte