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L’inégalité du berceau à la tombe

Richesses et gains d’espérance de vie bien mal répartis

Manuel Marchal / 16 octobre 2018

Quand les partisans de la régression du droit à la retraite justifient leur position par l’allongement de l’espérance de vie, ils omettent de signaler que cet allongement dépend de la classe sociale.

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Avant la Seconde guerre mondiale, l’objectif des syndicalistes qui portaient le mot d’ordre « Réunion département français » était d’étendre automatiquement dans notre île les progrès sociaux rendus possibles par le développement de la lutte syndicale en France, et son concrétisation sur le plan politique. Si à cette époque, La Réunion était en situation de plein emploi, la Sécurité sociale n’existait pas, ni les retraites pour tous. Le rassemblement victorieux autour du CRADS permit d’obtenir l’abolition du statut colonial le 19 mars 1946. Cela créa pour les Réunionnais des droits qu’il était difficile d’imaginer auparavant, comme celui d’avoir accès gratuitement à des soins, ou l’ouverture d’un droit à la retraite pour les anciens travailleurs. C’est une des premières applications concrètes de la loi d’égalité.
L’évolution des droits à la retraite suivit alors les progrès acquis en France pour les salariés du privé, tandis que les agents de l’État étaient alignés sur le statut des anciens hauts fonctionnaires de la colonie, soit un régime plus favorable qu’en France.

Inégalité devant la durée de vie

Mais l’orientation de plus en plus ultralibérale prise par les gouvernements qui se sont succédé à Paris a eu pour conséquence d’engager le droit à la retraite sur la pente de la régression. Le prétexte trouvé était celui de l’allongement de l’espérance de vie, et de la diminution du rapport entre cotisants et retraités. Une propagande a diffusé l’idée que ce système n’était plus tenable, passant habilement sous silence les conséquentes pertes de recettes de la Sécurité sociale, en raison de l’incapacité de l’État d’honorer sa promesse de compenser les exonérations de cotisation faites aux entreprises. Cette même propagande oublie également de rappeler que l’augmentation de l’espérance de vie reste fonction des classes sociales. En effet, tout comme la richesse crée par le travail, les gains dans ce domaine sont mal répartis.

Gains de productivité mal répartis

Les plus riches vivent plus longtemps, tandis que les moins bien payés sont souvent ceux qui restent le moins en retraite, car ils meurent moins âgés en moyenne. L’écart entre les classes est d’ailleurs estimé à plus de 10 ans d’espérance de vie en France.
Enfin, les gains de productivité ont été spectaculaires. C’est encore plus le cas à La Réunion. Dans notre île de près de 900.000 habitants, un système peut se permettre de laisser de côté la moitié de la population car il n’en a pas besoin pour produire des richesses. C’est bien la preuve que dans notre île, le taux de productivité est très important. Mais ces gains ne bénéficient pas justement à ceux qui sont responsables de la création de ces richesses, et à ceux qui en sont exclus. Il suffit de constater l’explosion des bénéfices des actionnaires des plus importantes sociétés cotées en Bourse pour identifier où vont les gains de productivité.

M.M.