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La biomasse utilisée pour renforcer la dépendance de La Réunion aux importations

Le greenwashing du néocolonialisme : tout faire pour maintenir un système qui exclut la moitié des Réunionnais de l’emploi durable

Manuel Marchal / 21 avril 2021

Le recours à l’importation massive de biomasse pour remplacer le charbon dans la production d’électricité d’ici 2023 n’a-t-elle pas comme but véritable de tuer dans l’œuf toute initiative venant de La Réunion pour aller vers l’autonomie énergétique de notre territoire qui dispose d’énergies renouvelables en abondance ? Rappelons que le PRERURE, un plan visant à l’autonomie énergétique de La Réunion en 2025 uniquement à partir du soleil, de la mer, du vent, des rivières et du volcan avait été lancé avant 2010 par la Région Réunion alors dirigée par Paul Vergès. Le projet d’Albioma soutenu par les banques françaises s’oppose donc à la volonté des Réunionnais de produire eux-mêmes leur énergie et à une conséquence : renforcer la dépendance de La Réunion aux importations.

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Le 19 avril, Imaz Press Réunion faisait état d’un article de Reclaim Finance relatif à la conversion à la biomasse des centrales thermiques charbon-bagasse du Gol et de Bois-Rouge. Rappelons qu’afin de respecter l’Accord de Paris sur le climat, le gouvernement s’est engagé à diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Il a donc lancé une stratégie de transition énergétique.
Si à première vue l’idée de remplacer le charbon importé par de la biomasse peut apparaître vertueux, les informations de Reclaim Finance rappellent que cette matière première sera importée de plusieurs milliers de kilomètres avant de venir à La Réunion. Autrement dit, le charbon d’Afrique du Sud sera remplacé par du bois venu des États-Unis car « l’usage massif de la biomasse solide pour la production d’électricité ou de chaleur requiert une production et consommation de granulés de bois. Dans le cas de la Réunion, la biomasse locale ne saurait couvrir que 5 % des besoins – ou jusqu’à 30 % dans les estimations les plus optimistes ».

Brûler des arbres n’est pas écologique

L’ONG bat également en brèche la fable selon laquelle brûler des arbres pour produire de l’électricité serait neutre en carbone : « Le carbone libéré lors de la coupe d’arbres n’est pas simultanément capté par des arbres plantés mais prendra des décennies voire plus d’un siècle avant d’être compensé. Le recours à des forêts certifiées et gérées de manière durable, comme ce serait le cas dans le cas de la Réunion, ne changerait pas cette réalité. Les scientifiques n’hésitent pas à parler de “dette carbone”, une dette non remboursable dans un délai acceptable pour prévenir un emballement du climat ».
Conclusion : « Si le projet d’Albioma aboutit, les deux unités proposées à la conversion compteront parmi les unités de production d’électricité à partir de biomasse les plus importantes d’Europe. L’ensemble nécessitera l’importation de près de 900 000 tonnes de pellets par an. A titre de comparaison la France a consommé environ 1 600 000 tonnes de pellet en 2019 ».
Qui est derrière cela ? « Les principales banques derrière Albioma sont françaises : Crédit Agricole, BPCE, Société Générale et Crédit Mutuel ont toutes accordé des financements généreux à l’entreprise, et ont, aux côtés de BNP Paribas, soutenu la réorientation du groupe vers la biomasse », indique Reclaim Finance. Autrement dit, ce sont des acteurs importants du système néocolonial à La Réunion.

Décentraliser au maximum les moyens de production

Il apparaît clairement que le remplacement du charbon par la seule biomasse risque bien d’aggraver la situation. En effet, la Région et la chambre d’Agriculture soutiennent l’idée de la canne-énergie. Selon une étude de la SPL Energie, le remplacement de la canne à sucre par la canne-énergie n’amènera aucun revenu supplémentaire pour les planteurs, et nécessitera d’augmenter les aides publiques, tout cela avec la certitude de ne pas répondre aux besoins de la production locale d’électricité. Pour Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, il faut arrêter de gaspiller le foncier dans de telles initiatives.
A la différence des centrales utilisant l’énergie nucléaire, le fioul ou le charbon, celles qui sont alimentées par les énergies renouvelables sont beaucoup moins dangereuses à exploiter. Ceci permet une décentralisation de la production d’électricité qui peut aller jusqu’à faire de chaque immeuble un producteur d’électricité grâce au photovoltaïque.
Concernant la biomasse, il s’avère que de nombreux planteurs des Hauts livrent une canne à sucre pauvre en sucre mais riche en fibre en raison des conditions climatiques. Pour ces agriculteurs, la canne-fibre est une véritable opportunité. Elle pourrait être utilisée dans des petites unités de production d’électricité pour alimenter un quartier isolé, ou comme chauffage pour une école. Dans ce cas, une biomasse cultivée à La Réunion deviendrait alors un pivot du développement d’un quartier, car ses habitants seraient autonomes sur le plan énergétique.
Ceci va totalement à l’encontre du projet d’Albioma car cela va dans le sens de l’autonomie énergétique de La Réunion, et donc de la responsabilité des Réunionnais. Le recours à l’importation massive de biomasse n’a-t-elle donc pas comme but véritable de tuer dans l’œuf toute initiative venant de La Réunion pour aller vers l’autonomie énergétique de notre territoire qui dispose d’énergies renouvelables en abondance ?

M.M.

Voir en ligne : https://reclaimfinance.org/site/202...



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  • On en apprend de belles sur la manière dont les responsables politiques "s’occupent" de notre avenir, un bel exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Car on sait que la population va augmenter et les besoins en énergie, électrique entres autres aussi, la pollution, les déchets de notre société de consommation qui nous encourage à acheter toujours plus, la croissance. Cela fait donc deux bonnes raisons de faire beaucoup mieux si on veut vraiment changer les choses, de paradigme avec le souci de sauver la planète et nous, nos enfants avec. La Réunion pourra être autonome en énergie, et donc montrer l’exemple à suivre au reste du monde. Au grand dam de ceux qui disent des choses comme "la France est toujours là pour nous aider", "ou "à quoi bon, c’est tout petit, la pollution péi est négligeable, allons arrêter avec ça ici, tranquille on vit ici, laissez tomber"... enfin autonome, capable de s’en sortir avec des emplois durables au passage, comme l’énergie, à la fois locale, gratuite au départ et inépuisable, qui oserait proposer mieux ? C’est impossible et logique à la fois, Arthur qui croit en l’avenir plus propre que ce que l’on voit, vit aujourd’hui, il y a du boulot mais on se doit de le faire, changer !

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