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La formation des prix, les circuits de distribution et le pouvoir d’achat

Propositions du Parti communiste réunionnais pour les États généraux de l’Outre-mer —1—

Témoignages.re / 20 juillet 2009

Jeudi dernier, une délégation composée de Risham Badroudine et Maurice Gironcel ont remis les propositions du Parti communiste réunionnais pour les États généraux de l’Outre-mer au préfet Girot de Langlade, responsable de l’organisation de la concertation à La Réunion. Aujourd’hui ’Témoignages’ publie la contribution du PCR à l’atelier 1. Il s’agit de propositions qui visent notamment à améliorer le pouvoir d’achat des Réunionnais.

Contexte général
L’environnement est actuellement en pleine mutation avec l’arrivée des APE (Accords de Partenariat Economique). Rappelons que notre île a un PIB par habitant (17.146 euros/habitants) les plus élevés du monde et surtout le plus élevé des pays de la région. Le pouvoir d’achat total est énorme (PIB total : 13,7 milliards d’euros).
Ce pouvoir d’achat est à la disposition de La Réunion et des pays voisins. La caractéristique fondamentale est l’application des APE. Avec les APE, les produits des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) pourront entrer à La Réunion sans droit de douane et entreront en concurrence directe avec les produits Réunionnais. Rappelons que les pays ACP ont des coûts de production nettement inférieure au coût de production à La Réunion. Ce qui va mettre en difficulté bon nombre d’entreprises et de producteurs Réunionnais.
Aujourd’hui, la réalisation d’un marché unique mondial engendre inévitablement une nouvelle division du travail à l’échelle planétaire dont la durée de stabilisation se compte en unité de siècles.
À cet effet, rappelons qu’actuellement, notre économie traverse une grave crise. Les dépôts de bilan ont progressé de 56% depuis le début de l’année. La fermeture des entreprises entraine inévitablement une progression du chômage à La Réunion. La barre des 112.000 demandeurs d’emplois est aujourd’hui atteinte. La population vivant en dessous du seuil de la pauvreté est de 52% sur notre île.
Tout en résistant, pour nous protéger, le plus longtemps possible des conséquences néfastes de la mondialisation ultra libérale, il faut anticiper en définissant un projet régional de co-développement où aucun pays ne sera perdant. Avec l’aide de l’Europe, l’espace COI (Commission de l’Océan Indien) est un échelon géopolitique d’intérêt expérimental.
Ce grand chantier appelle à la responsabilité de chacun d’entre nous. Le but est de permettre un développement des appareils de productions, des infrastructures, des moyens de communication... L’Europe n’est pas la seule à être présente dans les pays de la zone. La Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud sont des partenaires commerciaux de premier plan. Il est essentiel de mettre en place un programme de co-développement entre les pays de la COI si l’on ne veut pas rester isolé dans un environnement ACP. Il faudra nous intégrer dans ce nouveau jeu des APE et tenir compte de cet élément dans le débat sur la formation des prix, les circuits de distribution et le pouvoir d’achat.
I- Constat
• Les prix sont plus élevés à La Réunion de 35 % à 62 % selon les études et les produits comparés à la France.
• Prix augmentent plus vite : taux d’inflation plus élevé. De ce fait, l’écart avec la France continue de se creuser.
En effet, sur l’année 2008 l’indice des prix à la consommation a évolué de 2.8 % sur notre île.

• De plus l’inflation ne touche pas toutes les catégories de la population de la même manière. L’étude de l’INSSE fait ressortir que les ménages modestes ont subi une inflation plus importante en 2008 que les ménages plus aisés. Ces écarts s’expliquent principalement par une structure de consommation où le poids de l’alimentaire est plus important pour les ménages modestes. La part de l’alimentaire dans les dépenses totales de consommation s’établit à 22% pour le quart des ménages les plus modestes, alors qu’elle n’atteint que 14% pour le quart le plus aisé. Or le taux d’inflation est beaucoup plus important sur le poste alimentation comparé aux autres postes (alimentation hors produits frais + 8% en 2008).
• Autre résultat de l’étude : depuis 2003, l’évolution des prix des biens de consommation courante a été supérieure dans le grande distribution par rappport à l’ensemble (pour les biens de consommation courante tels que l’alimentation, les produits domestiques, …). Sur la périopde 2004-2008, la grande distribution connaît des évolutions de prix plus fortes sur tous les postes.

Circuit de distribution :
– Centrale d’achat
– Transport
– Intermédiaire
– Transitaire, assurance
– Banque : frais financiers
– Petite surface/grande surface

1) Propositions
• Diversifier notre source d’approvisionnement. Nous nous approvisionnons là où les coûts de production sont les plus élevés et très éloigné de notre île. De ce fait les coûts transport sont plus importants.
• Finir avec l’exclusif. Près de 70% de nos échanges se font avec l’Europe et en, particulier la France. La situation n’a pas changé depuis plus de 50 ans.
• Prospection dans le monde entier surtout dans la zone océan Indien (Afrique du Sud, Inde, Chine…).
• Produire moins cher en achetant les matières premières avec les pays au coût de production plus faible. Facilité les échanges avec ces pays.
• Cesser les monopoles des centrales d’achat (ex SRPP).
• Casser les ententes illicites.
Traçabilité des prix du producteur au consommateur. Aujourd’hui toute la transparence doit être faite. Quelles sont les marges réalisées ? Quels sont les bénéfices ? Le débat démocratique impose que l’on puisse disposer de l’ensemble des informations. Le consommateur est dans le droit de connaître la composition du prix du produit acquis de la même manière que les différents ingrédients du produit indiqués sur son emballage.

• Créer une compagnie maritime régionale.
• Accréditation des réunionnais pour négocier avec les pays voisins. Délégation de compétences à obtenir du pouvoir en matière de coopération régionale.
• Rationaliser les transports de marchandises : création de ports sec (Saint-Pierre et Saint-André)

Pouvoir d’achat : deux aspects
• Baisser les coûts des marchandises
• Augmenter les bas revenus

– Disparité de revenus énormes : poser le problème d’élaborer une politique de revenus à La Réunion. Revenu dans le secteur privé et la fonction publique mais aussi au niveau des minima sociaux.
Deux catégories :
• L’une : rémunérée comme en France (SMIC, minima sociaux, prestationssociales diverses…). Rappelons que 52% de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté c’est-à-dire avec moins de 790 euros par mois. La dernière étude de l’INSSE montre que les inégalités se sont creusées entre les hauts revenus et les bas revenus sur les dernières années. Les inégalités monétaires ont toujours été plus prononcées à La Réunion qu’en France. Cette plus forte disparité est confirmée par les indicateurs tels que l’indice de Gini ou le rapport inter-décile. En 2006, les 10% des individus les plus aisés de la population ont un niveau de vie cinq fois supérieur au 1 % les plus modestes à La Réunion. Pour la France, ce rapport est de 3,6. Par rapport à 2001, les indicateurs mettent en évidence une accentuation des inégalités monétaires dans l’île. Celle-ci s’explique par une évolution différenciée des niveaux de vie, les hausses ayant essentiellement profité aux plus aisés.
• L’autre : rémunération indexée (fonction publique, para publique, quelques professions libérales…)

Propositions
• Il faut que les États Généraux débouchent sur une réunion de travail avec les parties prenantes : syndicat, libéraux, patrons… afin de mettre à plat les revenus à La Réunion et élaborer une politique équitable des prix et des revenus.
• Redonner à l’Observatoire des Prix et des Revenus (OPR) sa véritable fonction.
Comment réhabiliter cet observatoire : lui donner de véritables moyens d’investigation et la possibilité de faire des propositions.
Droit de regard sur les intermédiaires : encadrer les marges.
La production locale devra bénéficier de la rupture de l’exclusif commercial avec une aide pour les intrants : continuité territoriale comme en Corse et aussi pour l’exportation.
Les études nous montrent que le modèle actuel a atteint ses limites. Il a abouti à un système très inégalitaire, avec un chômage de masse. Nous sommes aujourd’hui au cœur des contradictions.
Les évènements de ses derniers mois à La Réunion et dans les DOM en général montrent la gravité de la situation. À la crise conjoncturelle s’ajoute les limites structurelles des modèles de développement.

Parti Communiste Réunionnais