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La République salue l’œuvre de Paul Vergès

Eloge funèbre du fondateur du Parti communiste réunionnais hier au Sénat

Manuel Marchal / 14 décembre 2016

Hier au Sénat, la République a rendu hommage à une figure emblématique et charismatique de la vie politique réunionnaise. Gérard Larcher, président du Sénat, et Ericka Bareigts ont salué l’œuvre de Paul Vergès en présence de plusieurs membres de la famille Vergès, d’Elie Hoarau, président du PCR, de Gélita Hoarau, sénatrice de La Réunion, de Younous Omarjee, député au Parlement européen, de camarades de lutte et de sénateurs issus des groupes politiques du Sénat.

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Les sénateurs et ministre debout lors du discours de Gérard Larcher, président du Sénat. (photo Sénat)

Hier après-midi, la République, a honoré la mémoire de Paul Vergès, à travers l’éloge funèbre qui s’est déroulé au Sénat et marqué par l’intervention du président de la Chambre haute et de la ministre des Outre-Mer. Un éloge renouvelant l’hommage national et solennel rendu à l’occasion de l’inhumation au cimetière paysager du Port du co-fondateur du PCR dont la vision à long terme doit guider notre pensée et notre action ainsi que l’a souligné Ericka Bareigts, la ministre des Outre-Mer.

« La Réunion est orpheline »

« (…) Paul Vergès nous a quittés le 12 novembre dernier. Avec sa disparition, une grande voix s’est éteinte : celle de La Réunion dont il a été au service toute sa vie durant » :

Ce sont par ces termes que Serge Larcher, le président du Sénat, a ouvert son allocution à l’occasion de l’éloge funèbre organisé par la haute assemblée en mémoire de Paul Vergès. Une cérémonie à laquelle assistaient l’ensemble des sénateurs dont Gélita Hoarau et également Elie Hoarau, le président du PCR. Une cérémonie à laquelle a également participé Ericka Bareigts, la ministre des Outre-Mer, la représentante du gouvernement et de François Hollande.

Au début de son intervention, Serge Larcher a rappelé que « La Réunion est orpheline, comme l’a titré à sa une Témoignages, journal fondé par Raymond Vergès, et que Paul Vergès a dirigé »

Le président du Sénat a renouvelé, mais cette fois-ci personnellement en son nom et au nom de la haute assemblée, l’hommage qu’avait rendu en leur nom et place, son vice-président lors des funérailles de Paul Vergès au Port : « Paul Vergès fut pendant soixante ans une figure charismatique et emblématique de La Réunion », avant de revenir sur la vie militante et engagée de Paul Vergès, dès sa jeunesse. Il passa en revue toutes les étapes de la vie de ce visionnaire dans tous les domaines du quotidien. Il rappela également ces mots de Jean Jaurès dont Paul Vergès avait fait siens : n’entretenir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent mais une confiance inébranlable en l’avenir.

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Le groupe CRC dont fait partie Gélita Hoarau lors du moment de recueillement suivant le discours du président du Sénat.

Une œuvre impressionnante

Évoquant l’œuvre accomplie par Paul Vergès « au service de son île dont il parlait avec une chaleur et un enthousiasme inébranlables », le président du Sénat a estimé que ce dernier « restera attaché aux grands changements » qu’à connus notre île durant ces soixante dernières années : « Il faut l’homme des grands travaux », celui qui a initié « le chantier de la modernisation de la politique sociale, un grand bâtisseur » de son île « qu’il considérait comme un laboratoire concentrant les contradictions d’une société capitaliste et du tiers-monde ».

Et l’intervenant de souligner le rôle capital et précurseur de Paul Vergès en termes de sensibilisation de la communauté nationale et internationale sur le réchauffement climatique, « Il a été l’un des premiers à donner l’alerte », a-t-il continué en signalant cet enseignement de Paul Vergès : « que rien n’est acquis mais que tout est à faire » dans tous les domaines de la vie humaine. Le président du Sénat a poursuivi en mettant en exergue l’action de celui qui a détenu deux mandats de sénateurs, en faveur d’un développement durable et solidaire des îles sœurs de l’Océan Indien avant de conclure en ces termes en signe de condoléances à la famille de Paul Vergès et de ses compatriotes réunionnais et de tous ceux dont il s’était fait le porte-parole de La Réunion au Monde : « C’est un grand Réunionnais qui nous a quittés. L’œuvre qu’il a accomplie est impressionnante. Toute La Réunion, tous ses collègues portent le deuil de cette personnalité emblématique et charismatique de La Réunion et de la vie politique de notre pays ».

Un moment de recueillement a été observé avant que la ministre des Outre-Mer, Ericka Bareigts, n’intervienne à la tribune pour renouveler au nom de la République l’hommage solennel qu’elle aussi avait rendu le 16 novembre dernier à Paul Vergès lors de ses funérailles au cimetière paysager du Port.

L’hommage du gouvernement

La voix remplie d’émotion mais le ton empreint de conviction et de sincérité évidentes, Ericka Bareigts a, elle aussi, passé en revue « la vie d’audace et d’engagement de Paul Vergès » qui l’a conduit, lui et Elie Hoarau – présent lors de cet éloge funèbre ainsi que la sénatrice Gélita Hoarau - à « démissionner en 1987 de l’Assemblée nationale en signe de protestation à la loi de parité », une vie d’audace et d’engagement qui allait être couronnée d’avancées fondamentales pour la population réunionnaise en matière d’égalité sociale : l’alignement des allocations familiales en 1994, du RMI, de l’API ». Des acquis démontrant que pour chacun de ses combats, Paul Vergès avait « une pense ouverte au monde, son île, il la voit avec un destin nécessairement mondial » a souligné la ministre des Outre-Mer en soulignant « les valeurs de tolérance, de justice, de solidarité » développées par Paul Vergès, celui « qui fascinait par sa capacité d’indignation face aux injustices » et « dont le combat permet aujourd’hui tous les possibles grâce à l’émergence de la fierté d’être Réunionnais ». Et avant, elle aussi de présenter ses condoléances à la famille de Paul Vergès, la ministre des Outre-Mer a lancé un appel afin que chacun s’approprie cette vision, cette pensée comme de nos actions à long terme de l’avenir. Autrement dit, plus que jamais, à chacune et à chacun d’entre nous de développer et de partager cette vision d’une île, d’une Région, d’une France, d’une Europe, « tolérante, solidaire, généreuse et ouverte au Monde ».

Une manière de fructifier l’héritage que nous laisserons à nos enfants et aux générations futures.

Manuel Marchal