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La Réunion reste un pays d’émigration

Conséquence de politiques qui refusent le droit au peuple réunionnais de développer son pays

Manuel Marchal / 29 décembre 2018

La tendance amorcée par le lancement du BUMIDOM dans les années 1960 est toujours bien présente à La Réunion. Entre 2011 et 2016, la population a augmenté de 0,6 % par an alors que la différence entre les naissances et les décès aurait dû provoquer une hausse de 1,2 % par an. Cet écart s’explique par des départs bien plus nombreux que les arrivées dans notre île, qui reste donc un pays d’émigration.

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L’INSEE a publié jeudi le numéro 146 de sa revue INSEE-Flash. Il porte sur l’étude des chiffres du recensement à la date du 1er janvier 2016. L’INSEE annonce qu’à l’époque, La Réunion avait 852.900 habitants, soit 24.000 de plus qu’en 2011.
L’INSEE indique que c’est l’accroissement naturel, différence entre les naissances et les décès, qui est le moteur de cette hausse, avec une moyenne de 9.800 par an. Mais cet accroissement naturel correspond à 1,2 % de la population, alors que la croissance annuelle moyenne du nombre d’habitants est de moitié, 0,6 %.

La différence s’explique par un solde migratoire négatif. Les émigrants sont plus nombreux que les immigrés. La différence entre nombre de départs et celui des arrivées est donc chaque année en moyenne de 4.900.

Effets du BUMIDOM

Cette tendance a été fortement amorcée sous l’impulsion de l’État. Dans les années 1960, les effets de l’abolition du statut colonial dans le domaine sanitaire ont commencé à agir pleinement. La Réunion n’était plus un des pays les plus pauvres du monde, ravagé par la malnutrition et le paludisme comme dans les années précédants la création du PCR en 1959. En conséquence, la population a commencé à augmenter fortement. C’est une situation que l’Europe a vécu au cours du 19e siècle, et qu’elle a géré en créant notamment des colonies de peuplement en Amérique, en Afrique et en Australie.

Cette hausse de la population devait être un atout pour le développement de La Réunion. Mais au lieu de l’accompagner en structurant l’économie pour que cette nouvelle main d’œuvre puisse produire des richesses, les gouvernements français ont préféré organisé l’exil de la jeunesse pour qu’elle travaille à créer de la richesse en France. Cette émigration était planifiée par le BUMIDOM. La fin du BUMIDOM n’a pas marqué celle de l’émigration de masse. D’autres organisations accompagnent aujourd’hui le départ de milliers de Réunionnais chaque année.

En Martinique et en Guadeloupe, les effets de cette politique ont pour effet un vieillissement accéléré de la population. L’émigration vers la France existait déjà avant le BUMIDOM, qui a donc amplifié ce phénomène. Les chiffres du recensement publiés jeudi par l’INSEE montrent que ces deux pays ont perdu des habitants entre 2011 et 2016. La population de la Guadeloupe est désormais en dessous de 400.000, tandis que la Martinique accueillait 376.000 habitants en 2016. La somme de la population de ces deux pays est donc inférieure à celle de La Réunion. Les politiques migratoires des gouvernements français ont donc transformé radicalement ces pays qui avaient une dynamique comparable à celle de La Réunion, en des pays vieillissants.

Générations gâchées

L’importante vague de départs que connaît La Réunion est bien évidemment liée au chômage. Faute d’une politique de développement, l’économie réunionnaise offre peu d’alternatives aux jeunes. Le statut de fonctionnaire est devenu une référence, alors que le secteur privé est marqué par des salaires majoritairement proches ou égaux au SMIC, avec peu de perspectives d’évolution. À cela s’ajoutent des emplois en nombre insuffisant, ce qui place souvent les jeunes dans l’obligation de partir s’ils ne veulent pas rester des précaires toute leur vie.

C’est sans doute là que se situe une des conséquences les plus importantes de l’intégration de La Réunion à la France. Car les politiques mises en place sont décidées à Paris, or les intérêts parisiens ne sont pas ceux du peuple réunionnais. Ce dernier n’a jamais eu la responsabilité de gérer lui-même des questions aussi fondamentales que l’emploi et plus largement celle du choix d’un modèle de développement.

Ceci a conduit à l’impasse actuelle, qui traduit un gâchis considérable. La Réunion est un pays doté de richesses humaines et naturelles considérables, et c’est pourtant un pays d’émigration.

M.M.