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La Réunion touchée par la crise de l’Union européenne

9 mai : Journée de l’Europe

Manuel Marchal / 9 mai 2018

La Réunion et l’Europe, c’est une relation établie de longue date avec des répercussions dans de nombreux domaines pour notre île. Mais avec le départ de la Grande-Bretagne, un des principaux contributeurs au financement de l’Union européenne, les conséquences immédiates sont la proposition de la Commission de baisser deux budgets clés : l’agriculture et l’aide aux Régions, ou fonds européens. Cela voudrait dire une perte d’au moins 100 millions d’euros tandis que continueront à se conclure des accords faits dans le dos des Réunionnais et qui menacent son économie. D’où la nécessité d’une autre politique dans laquelle les Réunionnais sont parties prenantes dans les discussions qui engagent leur avenir.

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Un des effets de l’intégration de La Réunion à une Europe ultra-libérale, ce sont des mesures qui favorisent le chômage.

Ce 9 mai marque la Journée de l’Europe. C’est, comme le rappelle l’Union européenne, la date anniversaire de la « Déclaration Schumann » : « Ce jour-là, en 1950, Robert Schuman, alors ministre français des affaires étrangères, propose dans un discours historique prononcé à Paris une nouvelle forme de coopération politique pour l’Europe, qui rendrait impensable toute guerre entre les nations du continent. Son ambition était de créer une institution européenne qui rassemblerait et gérerait la production de charbon et d’acier. Un traité établissant un tel organisme est signé moins d’un an plus tard. La proposition de Robert Schuman est considérée comme l’acte de naissance de ce qui est aujourd’hui l’Union européenne ».

Limites de l’adaptation

En tant que département depuis 1946, La Réunion a suivi la politique de la France dans ce domaine. Elle est donc intégrée dans l’Union européenne. Les réglements, directives et normes européennes s’appliquent donc à La Réunion comme en France. Néanmoins, du fait de sa situation géographique, La Réunion a un statut spécifique. Cela s’applique aussi aux départements créés par la loi du 19 mars 1946, ainsi qu’aux régions autonomes des Canaries, de Madère et des Açores. Ces dispositions sont inscrites dans l’article 349 du traité de l’Union européenne. Cela peut permettre une adaptation des politiques européennes. L’application à La Réunion en même temps qu’en Europe de la suppression des quotas sucriers a montré les limites de cette adaptation, surtout dans un domaine aussi sensible.
L’Union européenne discute en ce moment de son prochain budget pour la période 2021-2027. Ces négociations se font dans un contexte particulier. En effet, la Grande-Bretagne ne fera plus partie de l’UE en 2021, alors que cet État est un des principaux contributeurs au budget. Le 2 mai, la Commission européenne a présenté ses propositions. Elles sont inquiétantes pour La Réunion.

Baisse de 5 % des aides à l’agriculture

La politique agricole commune est le cadre dans lequel sont mises en place les politiques agricoles des États. Comme les quotas sucriers ont été supprimés depuis l’année dernière, il reste malgré tout un point important : les subventions. Comme la plupart des secteurs économiques de La Réunion, l’agriculture dépend en effet étroitement du soutien des pouvoirs publics. Ce que la Commission européenne propose, c’est une baisse de 5 % du budget de la PAC. Pour les agriculteurs, cette proposition se traduirait par une diminution de 4 % du montant des aides versées par l’Union européenne. Cela signifierait une baisse directe du revenu des agriculteurs pour cette part. À coût de production constant et pour compenser, ils devraient être alors obligés d’augmenter leurs prix. Au final, ce serait la population qui devrait encore passer à la caisse.

Quel avenir pour le sucre à La Réunion dans l’Europe ?

La fin du quota sucrier l’an passé a mis en concurrence directe la moitié de la production réunionnaise avec le sucre de betterave. L’autre moitié est composée de sucres roux de canne.. Or l’Union européenne négocie des accords commerciaux avec des pays qui produisent des sucres roux de canne. L’UE a comme perspective des accords avec notamment la Thaïlande, un des principaux exportateurs de sucre au monde. L’ouverture du marché européen à cette concurrence menace encore plus l’avenir du sucre à La Réunion dans l’Europe.

Baisse de 5 % des fonds européens

La Réunion est une ancienne colonie intégrée dans l’Union européenne, un groupe d’États parmi les plus industrialisés au monde. Ceci explique notamment pourquoi le PIB par habitant à La Réunion est inférieur à 75 % du PIB moyen de l’Union européenne. Ceci fait de La Réunion une région à statut particulier, elle est classée dans « l’Objectif convergence ». Cela lui donne droit à d’importants fonds européens.
Or, ce que propose la Commission européenne, c’est une baisse de 5 % de ces fonds européens. Les députés communistes réunionnais du Parlement européen se sont battu pour que notre île puisse avoir le droit à une solidarité à la hauteur des conséquences de la colonisation. Cela permet à La Réunion de bénéficier de 2 milliards d’euros pour la période 2015-2021. Cet argent doit servir à financer des investissements et donc des emplois. Appliquée à La Réunion la baisse des fonds européens ferait 100 millions d’euros en moins en six ans.

Accords signés sans écouter les Réunionnais

L’Union européenne signe au nom des États des accords commerciaux avec d’autres pays. Le mois dernier, c’était le cas avec le Mexique. Pour ce qui concerne La Réunion, l’UE discute avec les pays voisins d’un Accord de partenariat économique (APE). Un des objectifs est l’ouverture de la totalité du marché de l’UE aux marchandises de ces pays en échange d’une ouverture à au moins 80 % du marché des partenaires de l’UE. Ces derniers peuvent exclure de l’accord des secteurs qu’ils jugent essentiel de protéger.
La Réunion est une région de l’Union européenne, ce qui signifie l’ouverture de la totalité de sa production à la concurrence des pays voisins avec la signature de l’APE.
En effet, comme le rappelle le précédent de la suppression des quotas sucriers à La Réunion en même temps qu’en Europe, l’article 349 devant permettre l’adaptation des politiques offre une protection bien fragile pour ces décisions essentielles.

L’alternative : la responsabilité

C’est pour que les Réunionnais puissent avoir leur mot à dire dans ces discussions qui engagent leur avenir qu’il est nécessaire de sortir de l’intégration. C’est ce que propose notamment le PCR avec son mot d’ordre de responsabilité. Sa traduction sur le plan institutionnel est une assemblée dotée de compétences élargies pour négocier les accords commerciaux avec les pays voisins.

M.M.