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Le préfet rappelle l’essentiel : la responsabilité de la France dans l’esclavage

Commémoration officielle du 20 décembre par la Mairie de Saint-Denis

Manuel Marchal / 22 décembre 2017

Lors de la cérémonie institutionnelle organisée mardi 20 décembre par la mairie de Saint-Denis à l’occasion de la commémoration du 179e anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, le préfet a été le seul intervenant à rappeler l’essentiel : si les Réunionnais fêtent l’abolition de l’esclavage, c’est parce qu’au départ la France a instauré l’esclavage dans ses anciennes colonies.

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Amaury de Saint-Quentin, préfet de La Réunion.

Une cérémonie institutionnelle pour le 20 décembre avait lieu à Saint-Denis mardi. Elle était organisée par la Mairie. À cette occasion, le maire a fait part de sa reconnaissance envers François Mitterrand qui a officialisé la date du 20 décembre comme jour férié. À la suite, une ex-ministre a salué le combat des marons qui ont contribué à l’abolition de l’esclavage. Dernier à prendre la parole, le préfet a rappelé à l’auditoire l’essentiel : « Nous sommes saisis d’effroi face à la complicité des institutions qui ont mis en place la base de la prospérité de l’esclavage. Les États européens dont la France ont organisé la déportation de millions de personnes vers les Caraïbes », indique le « JIR » d’hier.

C’était en effet cela l’essentiel. Car si la France n’avait pas instauré le régime de l’esclavage dans ses colonies, il n’y aurait pas eu de maronnage à La Réunion. Or, dès le début du peuplement a commencé l’affrontement entre des êtres humains qui échappaient à l’esclavage en s’organisant à l’intérieur de l’île, et les colons soutenus par le pouvoir dans leur entreprise d’asservissement d’une partie de l’espèce humaine par une autre.

Sans Code Noir, il n’y aurait pas eu Schoelcher et l’abolition tardive du 20 décembre 1848, car Sarda Garriga avait laissé se terminer la campagne sucrière avant d’appliquer enfin la loi.

La France a décidé de regarder son histoire. Cela se traduit notamment par l’adoption du 10 mai comme Journée de mémoire de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, conséquence d’une loi reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Les initiateurs de cette loi étaient notamment les députés communistes de La Réunion qui posaient le problème de la réparation.

Lors de la cérémonie institutionnelle organisée par la mairie de Saint-Denis, aucun élu de La Réunion n’a mis en cause la responsabilité de la France dans ce crime. Il a fallu attendre l’intervention du préfet pour entendre ce rappel historique qui est à la base de toute cette tragédie. Comment expliquer cet oubli de la part de responsables politiques réunionnais ?

M.M.