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Les Réunionnais enfin entendus ?

Forte abstention, première place de Jean-Luc Mélenchon soutenu par le PCR, Marine Le Pen en seconde position

Manuel Marchal / 25 avril 2017

Près de 42 % des électeurs ont refusé d’aller voter au premier tour de l’élection présidentielle. Les suffrages exprimés ont vu Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen arriver en tête. Ce sont deux candidats qui disent vouloir remettre en cause le système. Ce scrutin confirme que les Réunionnais ne veulent plus de ce système. La percée de Jean-Luc Mélenchon est encourageante car il a fait campagne sur des thèmes du Parti communiste réunionnais. C’est un encouragement pour tous ceux qui œuvrent pour une alternative sociale au cadre actuel. C’est ce que fait le PCR en mettant en avant la responsabilité, pilier du nouveau cadre qui succèdera à celui que la population à une nouvelle fois rejeté.

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Quand ils se sont déplacés, les électeurs réunionnais ont voté en priorité pour des candidats qui remettent en cause le cadre actuel.

Comme lors des départementales et des régionales en 2015, l’abstention est le premier enseignement du premier tour de l’élection présidentielle. Près de 42 % des électeurs ont refusé de participer au scrutin. C’est une manifestation d’une crise de confiance, car si ces abstentionnistes étaient persuadés que cette élection pouvait améliorer leur situation, nul doute qu’ils se seraient rendus aux urnes. Une étude de l’INSEE parue quelques jours avant le scrutin a voulu savoir qui sont ces personnes en étudiant les abstentionnistes de la présidentielle et des législatives de 2012. Cette étude constate que les personnes qui refusent d’aller voter sont plutôt des jeunes d’une part, et que d’autre part ce sont majoritairement des pauvres. Force est de constater que ce sont deux catégories qui sont particulièrement victimes du système actuel. Plus de la moitié des jeunes sont au chômage alors que près de la moitié de la population est rejetée dans la pauvreté depuis des décennies. La succession des élections n’a pas permis de voir des progrès pour eux, il n’est donc pas étonnant qu’ils considèrent que cela ne sert à rien d’aller voter.

Rejet du système plutôt que racisme

La principale nouvelle mise en évidence dans les médias est le score de Marine Le Pen à La Réunion. La candidate de l’extrême droite est en seconde position avec 23 % des suffrages. Plus de 82.000 Réunionnais ont voté pour elle, sont-ils pour autant 82.000 militants d’extrême droite, racistes et xénophobes ?

Tout d’abord, il faut noter que la plus grande partie de son score vient de communes dirigées par des maires de la plate-forme de la droite, en campagne officiellement pour François Fillon. De nombreux électeurs ont donc refusé de voter pour le candidat soutenu par le maire. Comme la plupart des Réunionnais, ils sont victimes de la crise du système. Ils ont décidé de montrer leur rejet en glissant dans l’urne un bulletin Le Pen.

Succès des thèses du PCR

Le fait concret le plus notable est la percée de Jean-Luc Mélenchon. Elle procède elle aussi d’un rejet du système mais le soutien du Parti communiste réunionnais à cette candidature lui donne un contenu. Jean-Luc Mélenchon ne cache pas que Paul Vergès l’a beaucoup inspiré, en particulier dans ces propositions dans les domaines de l’énergie et de l’environnement. Sur le terrain, les communistes n’ont pas ménagé leur peine pour que leur candidat puisse avoir le meilleur score possible à La Réunion. Ce scrutin a donc rappelé l’implantation des thèses du PCR dans la population. Et contrairement aux dires de certains commentateurs, l’influence du PCR ne se limite pas à une seule commune mais se diffuse dans toute La Réunion. Le PCR est en effet le seul parti ayant des responsabilités électives à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon quand d’autres avaient fait un choix différent ou refusé d’en faire un.

Les résultats obtenus dans les communes qu’il a dirigées comme Saint-Paul, Le Port et La Possession sont révélateurs, le PCR a apporté une importante contribution au succès de Jean-Luc Mélenchon dans ces villes. La poussée de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis souligne qu’il existe un électorat favorable à une alternative aux partis qui se succèdent à la tête de cette commune depuis que les communistes en ont été chassés par la dissolution de la municipalité en 1946.

Impact de l’anti-communisme

Jean-Luc Mélenchon a obtenu près de 25 % des voix à La Réunion, mais il aurait pu sans doute atteindre 40 % dans d’autres circonstances. La responsabilité de ceux qui ont œuvré pour affaiblir le Parti communiste réunionnais ces dernières années ne doit pas être passée sous silence. En 2002, quand Jean-Marie Le Pen était qualifié pour le second tour de la présidentielle, il n’avait obtenu que 4 % à La Réunion alors que le candidat soutenu par le PCR avait atteint presque 40 %, bien au-delà des 16 % glanés par Lionel Jospin sur l’ensemble de la République. À cette époque, le PCR était un rempart qui empêchait une partie de l’électorat de glisser vers l’extrême droite. En 2017, ce rempart est beaucoup moins efficace compte-tenu des coups qui lui ont été portés d’où l’explication d’une partie du résultat du FN à La Réunion. Car les électeurs de Marine Le Pen ne sont pas des militants de l’extrême droite.

Pour la responsabilité

Le premier tour de l’élection présidentielle à La Réunion souligne l’importance du rejet du système actuel dans la population, manifesté par l’abstention et les votes pour Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. La première place de Jean-Luc Mélenchon est un encouragement pour tous ceux qui œuvrent pour une alternative sociale au cadre actuel. Il importe donc de renforcer la bataille pour donner un contenu progressiste à un autre système. C’est ce que fait le PCR en mettant en avant la responsabilité, pilier du nouveau cadre qui succèdera à celui que la population à une nouvelle fois rejeté.

M.M.