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Outre-mer / État : des relations brouillées

Congrès des maires

Témoignages.re / 24 novembre 2005

Le 88ème Congrès des maires de France se tient depuis mardi à la porte de Versailles, ainsi que le Salon des collectivités locales. Il est centré sur le thème des relations entre les maires et l’État : "Sont-elles adaptées aux exigences nouvelles d’une république décentralisée...?" Question à laquelle bon nombre des maires d’Outre-mer cherchent des réponses... adaptées.

Le Congrès des maires accueille chaque année les représentants des "36.000 communes de France". Les élus d’Outre-mer ont dû faire beaucoup d’efforts, par le passé, pour voir leurs problématiques prises en compte, avec ce qu’ils ont de traits communs mais aussi de particularismes. Au vu des difficultés qu’ils rencontrent encore aujourd’hui, il faut admettre que rien n’est acquis ou que les acquis sont à consolider en permanence.
Les maires ne sont pas non plus les seuls interlocuteurs d’Outre-mer à avoir du mal à se faire entendre. Le directeur chargé de l’Outre-mer à l’Union sociale pour l’habitat, Mahieddine Hedli, l’un parmi les nombreux participants "techniques" aux débats, n’ignore rien du traitement particulier réservé au logement social d’Outre-mer et des freins mis aux demandes convergentes et répétées de "sanctuariser la LBU".
Dans le programme du 88ème Congrès, la seule mention explicite à l’Outre-mer est le débat qui s’est tenu mardi matin sur “l’urbanisme outre-mer” - entre les “services publics en milieu rural” et les “gens du voyage” - auquel ont participé notamment le président de l’AMDR, Jean-Louis Lagourgue, maire de Sainte-Marie depuis la tribune officielle et Jean-Yves Langenier, maire du Port, qui est intervenu sur quelques acquis de l’urbanisation dans la cité maritime, en termes d’aménagement urbain et d’énergies, notamment. L’ouverture solennelle du Congrès aura lieu mardi en fin d’après-midi, après un “Bilan de l’intercommunalité” et deux assemblées générales statutaires.
Le logement - notamment le logement social - il en était aussi question la veille, lors de la "Journée de l’Outre-mer" pour laquelle les élus ultramarins étaient invités à la mairie de Paris. La direction de l’ACDOM a principalement cherché à renouer avec le ministère de l’Outre-mer les relations qu’elle juge "normal" d’avoir avec les pouvoirs publics (voir encadré ACDOM) . Son président, Jean-Claude Christophe et le secrétaire général, Lilian Malet, ont remis au président de l’AMF, Jacques Pélissard, les motions votées par le Congrès de Guadeloupe. Ils ont eu aussi un échange informel avec le ministre de l’Outre-mer, François Baroin, auquel ils ont remis les propositions de leur association.
Mais les thèmes inscrits à la rencontre de lundi avec l’Outre-mer indiquent davantage un souci de communication du gouvernement sur sa politique et sur des compétences qui sont les siennes, plutôt qu’une volonté de donner la parole à l’Outre-mer sur ses difficultés spécifiques.
De sorte qu’au-delà des discours officiels et de la houle humaine que forme, d’année en année, ce rendez-vous politique des élus locaux et le Salon qui l’accompagne, il faudra guetter dans les prochaines semaines les éventuels signes d’une traduction concrète de ces échanges.

P. David


L’ACDOM guette un signe de normalisation

À en juger par la première matinée - ce qui ne saurait être un jugement définitif -, le rendez-vous du Congrès des maires semble laisser assez distants les élus d’Outre-mer. Même la journée de l’Outre-mer n’a pas attiré un si grand nombre d’élus. Ceux de l’ACDOM, sans excès d’illusion, espèrent renouer avec le ministère de l’Outre-mer des fils qu’ils disent rompus "depuis le ministère de Brigitte Girardin". "Nous souhaitons voir où nous en sommes dans la concertation et obtenir 1) une écoute ; 2) une défense de nos motions, par un accompagnement dans le dédale des ministères", a déclaré à “Témoignages” le président de l’ACDOM, Jean-Claude Christophe, élu de Guadeloupe dont l’élection à la direction de l’ACDOM a marqué l’issue des conflits internes qui agitait cette association à la suite d’une procédure inhabituelle dont avait bénéficié avant lui une élue de l’UMP Guadeloupe. Cette élue n’ayant plus la confiance d’une majorité d’élus d’Outre-mer, un rétablissement est apparu incontournable et l’association paie encore aujourd’hui le fruit de la zizanie semée par quelques élus plus proches du gouvernement que de leurs mandants. "Nous voulons arriver à une vision globale de nos problématiques, dans le respect des spécificités, ce qui n’empêche pas de les regarder de façon plus transversale", a ajouté le président de l’ACDOM.
Pour Lilian Malet, secrétaire général de l’association, il ne fait aucun doute que le retour au respect et à la situation antérieurs doit découler d’une réalité politique marquée par une progression constante de l’ACDOM, qui a enregistré "quinze à vingt adhésions" depuis ces dernières années. Les 95 collectivités locales d’Outre-mer qui ont ressenti le besoin de s’unir ont aussi besoin d’éprouver une prise en compte par le gouvernement de leur situation collective et particulière, mais aussi une meilleure concertation.
"Nous avons tenu un Congrès de l’ACDOM sur des thématiques qui touchaient majoritairement à l’urbanisme. Le thème de ce matin (mardi - Ndlr) fait un peu double emploi. On souhaiterait plutôt un vrai partenariat entre l’AMF et nous, sur des thèmes choisis", a déclaré le secrétaire général de l’association. Lilian Malet, adjoint au maire de La Possession (La Réunion), a également noté que les thèmes de la Journée de l’Outre-mer "ne relevaient pas de la compétence des maires". "La santé, l’exclusion, le logement sont des compétences d’État, même si ce sont vers les maires que se tournent d’abord les citoyens. On a voulu nous faire débattre de thèmes qui ne relèvent pas de notre compétence", a-t-il ajouté.

P. David