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Pourquoi la CIA s’intéresse-t-elle tant à La Réunion ?

La CIA et La Réunion -3-

Ary Yée Chong Tchi Kan / 2 mars 2017

La Réunion se trouvait au cœur des préoccupation des grandes puissances occidentales, à cause des perspectives politique initiées par le PCR et par son dirigeant Paul Vergès. Le fond reposait résolument sur la solidarité anti-colonialiste et anti-impérialiste. Après la vague d’indépendance que notre zone a connu : Madagascar, des Seychelles, de Maurice et des Comores, il ne restait plus que La Réunion. En pleine guerre froide, il était inimaginable, pour ceux qui se sont partagés le monde depuis 5 siècles, de laisser le PCR prendre le pouvoir, même si à aucun moment le PCR n’avait prôné l’indépendance.

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Extrait de Témoignages du 8 octobre 1977.

De la fraude électorale, à l’oppression médiatique, en passant par des procès iniques, tout l’arsenal du parfait dictateur a été mobilisé pour empêcher Paul Vergès, le PCR et le peuple Réunionnais d’avoir des responsabilités dans son pays. Sur ce minuscule territoire de 2500 kilomètres carrés, la France a trouvé nécessaire de dépêcher un Premier ministre pour se présenter à la députation contre Paul Vergès. A 10 000 kilomètres de sa résidence ! Dès lors, tous les moyens institutionnels et illicites étaient mobilisés au service de la cause. Il squattait la seule radio et télé mais l’interdisait aux communistes. Pour se faire idée du scandale : il faut considérer les dénonciations médiatiques actuelles sur l’utilisation de moyens illicites pour se faire élire président, comme le niveau 1 sur une échelle de 100. De plus, ce candidat officiel envoyé de Paris parlait de Liberté, plus il soutenait le contraire.

Organisation contre-révolutionnaire à La Réunion

Dans le dossier du JIR, le rapport du 7 août 1980, déclassifié le 8 février 2007, la CIA souligne l’existence d’une organisation contre-révolutionnaire d’obédience Sud-Africaine, de type « OAS en Algérie », prête à entrer en action si jamais le pouvoir politique changeait de camps. Le journaliste relève : « or, à l’époque, le PCR, la CGTR et le FJAR sont considérés comme très influents dans les classes laborieuses et possiblement majoritaires lors des élections à venir ». Pour les ennemis de la démocratie, les fossoyeurs de la Liberté, après l’échec de leur tentative d’assassinat de dirigeants politiques, ils avaient aussi envisagé l’action terroriste armée ! Cette fois-ci, directement sur le sol Réunionnais.

Filière des complicités

En se replaçant dans le contexte de l’époque, il est très facile de remonter la filière des complicités. Qui hébergeait les Sud-Africains, à Saint Denis, sous couverture du Consulat d’Afrique du Sud ? Y avait-il un lien avec le parti politique qui a fait battre le PCR, en 1981, empêchant Paul Vergès d’être élu député ? Car, sitôt, le forfait accompli, le nouveau Député réunionnais, est allé s’inscrire directement au Front National, probablement pour faciliter la connexion avec les racistes Sud-Africains. L’enjeu de la lutte en Afrique du Sud se jouait aussi à La Réunion. La France soutenait officiellement le pouvoir raciste tandis que le PCR luttait aux côtés des Noirs et de Mandela. Le JIR note que « ce mouvement souterrain sud-africain reçoit alors le soutien de la CIA qui protège les intérêts américains à La Réunion. C’est à dire principalement l’antenne Omega, indispensable au fonctionnement des sous-marins nucléaires ».

Dans le rapport du 16 février 1982, déclassifié le 16 novembre 2011, la CIA considère que « le gouvernement Mitterand maintient un bon équilibre diplomatique dans la zone », selon le journaliste qui poursuit « l’agence détaille notamment une stratégie : La Réunion apporte son aide aux îles voisines pour les dissuader d’encourager les mouvements indépendantistes naissants sur son sol ».

Cheval de Troie des intérêts des Occidentaux

De cette paranoïa, il faut noter que La Réunion était devenue le cheval de Troie des intérêts des Occidentaux. Nos voisins, dirigeants anti-colonialistes à l’époque, craignaient cette situation et ne souhaitaient pas la présence d’un colonisateur, situé à 10 000 kilomètres de la zone. Pour La Réunion, ils avaient accepté une représentation hybride au sein de la COI, intitulée : France (Réunion). La situation s’est aujourd’hui aggravée. La France a fini par rejeter La Réunion de la COI et prendre sa place. Dans le communiqué final du Sommet de Moroni, en 2014, le nom de La Réunion a totalement disparu. Les dirigeants des pays voisins ont accepté le deal en prétextant que la France est devenue le premier bailleur, avec 40 % du budget de l’organisation régionale.

Illusion d’un pays libre et démocratique

Ainsi, le néo-colonialisme français poursuit le sale travail de la CIA d’entraver la représentation démocratique de La Réunion. De même, rien n’est fait en solidarité des Chagossiens dont une délégation a été reçu au Congrès du PCR. Un génocide, un véritable crime contre l’humanité se vit au cœur de la COI. La France, soit disant pays de la Liberté, se tait. A une question orale posée par la Sénatrice Gélita Hoarau sur ce sujet, la réponse du gouvernement, par la voix de Harlem Désir, fut lamentable. Ainsi va l’illusion que nous vivons dans un pays libre et démocratique.

La lutte pour la Liberté du peuple Réunionnais est incompatible avec les intérêts colonialistes et impérialistes.

Ary Yée Chong Tchi Kan