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Propositions réunionnaises pour le plein emploi entendues ?

Visite officielle du président de la République du 23 au 25 octobre à La Réunion

Manuel Marchal / 18 octobre 2019

D’après les premiers éléments du programme d’Emmanuel Macron ayant fuité dans la presse, la question de l’emploi aura une place importante dans la visite officielle du président de la République. Le chômage est le problème numéro un à La Réunion, et aucune des mesures décidées depuis Paris n’ont permis aux Réunionnais de vivre dans une société de plein emploi. D’où la proposition du PCR de donner la responsabilité aux Réunionnais de gérer cette question au sein d’une collectivité ayant de plus larges compétences.

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L’exclusion des jeunes du droit au travail est un phénomène mondial, mais il est amplifié à La Réunion, avec un taux de chômage plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale (plus de 50%)

Le droit à un travail est un droit garanti par la Constitution. Ceci signifie clairement que cette question relève de la responsabilité de l’État. C’est donc à lui de créer les conditions pour que tous les citoyens de la République puissent donc avoir accès à un emploi. Il est bien entendu que la dimension sociale de la République suppose que cet emploi doit garantir un revenu suffisant pour vivre.

Mais 73 ans après avoir été intégrés à la République en tant que citoyens vivant dans le département français de La Réunion, les Réunionnais constatent que leur droit à un travail n’est pas respecté, et la situation ne cesse de s’aggraver. Plus de 180.000 personnes sont inscrites à Pôle emploi, jamais La Réunion n’a connu un nombre aussi important de chômeurs, c’est le résultat de 73 ans de départementalisation.

Plus de la moitié des jeunes au chômage

Au sein de la population, des groupes sont plus touchés que d’autres. C’est notamment le cas des jeunes de moins de 25 ans sortis de l’école. Ils sont plus de la moitié à être privés d’un emploi. Cette proportion augmente si le jeune ne possède pas de diplôme. Or, ceci concerne près d’un jeune Réunionnais sur trois.

Cette dramatique statistique souligne que dès le départ, la France, responsable du système éducatif, ne met pas les bons moyens pour que les jeunes Réunionnais puissent posséder un diplôme, une protection relative mais protection tout de même contre le chômage. En conséquence, des entreprises et des administrations ne se privent pas de faire venir de la main d’œuvre de France avec un emploi assuré, au prétexte que les compétences ne seraient pas présentes à La Réunion.

Dans cette crise, les Réunionnais et plus particulièrement les jeunes, peuvent légitimement se sentir abandonné par ce système qui ne leur fait aucun cadeau et les condamne à choisir entre le chômage et l’exil, et estiment que des immigrés venus d’Europe viennent prendre des postes qui leur reviennent. Ceci menace la cohésion de la société réunionnaise.

Faillite d’une politique d’intégration

Le taux de chômage proche de 30 % a pour conséquence un fort taux de pauvreté. Au moins 40 % des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté. Ainsi, au 31 décembre dernier, 352.000 Réunionnais étaient couverts par la CMU-C ou bénéficiaires de l’Aide à la complémentaire santé, soit 41 % de la population. Cela veut dire que cette partie des habitants de La Réunion a des revenus tellement faible qu’elle a besoin d’être aidée afin d’avoir droit à la Sécurité sociale, un des fondements de la République.

Cette moitié de la population doit survivre dans un pays où le coût de la vie est intolérable. C’est ce que rappellent les études qui se succèdent. L’État reconnaît ce fait en donnant à ces agents titulaires une surrémunération de 53 %, mais n’a pas mis en œuvre les moyens de réformer ce système.

Pourtant, La Réunion produit des bénéfices. Une étude de l’INSEE publiée la semaine dernière rappelle qu’en 2017, les entreprises réunionnaises ont créé un chiffre d’affaires de 25 milliards d’euros, et une valeur ajoutée de plus de 7 milliards en employant à peine 90.000 salariés, soit un nombre correspondant à la moitié de celui des demandeurs d’emploi. À cela s’ajoute les bénéfices de la lutte pour l’égalité qui rapportent chaque année des milliards à La Réunion, le soutien de l’Europe pour plus de 2 milliards d’euros sur 6 ans, ainsi que l’aide de l’État au titre du traitement social du chômage, pour plus de 200 millions d’euros par an, et les mesures de défiscalisation offertes par l’État aux entreprises qui sont censés soutenir la création d’emplois.

Toute cette politique découlent de lois s’appliquant dans toute la République, auxquels s’ajoutent des dispositions spécifiques aux anciennes colonies françaises devenues département. Depuis 1960, date de la première Loi-Programme, les textes se sont succédé : LOOM, LOPOM, EGOM, LODEOM, Égalité réelle… rien n’a permis d’enrayer la progression du chômage et d’aller vers le plein emploi.

Propositions du PCR

Devant la faillite de ce système, des voix se font entendre pour proposer une alternative. C’est notamment celle du PCR. Sa création en 1959 répondait à une analyse : 13 ans après le vote de la loi abolissant le statut colonial, la politique de la France à La Réunion avait montré que la départementalisation était impossible. D’où la proposition de création d’une assemblée chargée de gérer les affaires concernant les Réunionnais. Le PCR était alors l’outil au service de cette lutte « pour briser le joug colonial ».

Le PCR milite aussi pour que cette politique de l’emploi garantisse le droit des Réunionnais de travailler à La Réunion. Il préconise la mise en place de deux grands services dans l’environnement et l’aide à la personne afin de transformer les contrats aidés en emplois durables répondant à des besoins permanents. L’autre volet de cette politique de l’emploi adaptée aux Réunionnais porte sur la transparence.

Transparence dans les recrutements de ces deux grands services par le biais d’une commission paritaire composée de représentants des demandeurs d’emploi, de syndicats, d’employeurs potentiels et de financeurs. Transparence également dans la diffusion des offres d’emploi afin qu’elles soient obligatoirement publiées par Pôle emploi. Ceci permettra de mettre fin aux abus des entreprises qui vont directement recruter en France plutôt que de s’impliquer dans la lutte contre le chômage touchant la population qui achète leurs marchandises ou leurs services.

Enfin, l’application d’un projet de développement conçu et mis en œuvre par les Réunionnais à La Réunion vise à la création de gisements d’emploi dans des secteurs aussi stratégiques que l’emploi, la formation, l’économie bleue.

M.M.



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  • Il n’y a pas de travail pour les jeunes ? Même diplômés ? C’est scandaleux. Il ne leur reste plus qu’à partir, d’autant s’ils ont de la famille en métropôle ou ailleurs, je pense au québec qui en acceuille beaucoup, jamais autant qu’aujourd’hui. Voir le site "reunionnais du monde" pour comprendre, réaliser. Ainsi, cela leur permettra de voir la France, y vivre, puis, acquérir de l’expérience, si recherchée par les patrons, ou bien se former dans un métier dont la Réunion a besoin mais qui n’est hélas pas dans la liste des formations disponibles, comme poissonnier, tailleur de pierre, maroquinier, taxidermiste, oenologue, réparateur de robots, scaphandrier...
    Aux élus, présents et futurs, de faire en sorte que les jeunes soient demandés, appréciés, fiers de participer au développement de l’île en lieu et place de les voir tourner en rond, se tourner vers les addictions, simples consommateurs aidés, près à suivre la mode qui se démonde et qui détruit la planète sans souci de l’avenir, passifs lieu d’agir, c’est trop triste, non ? Il y a pourtant tant à faire sur leur île adorée, nettoyer, aider, étudier, partager,cultiver, se cultiver...Arthur qui tousse.

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