Lutte contre la pauvreté

La valeur du patrimoine mesure la pauvreté

Ary Yée Chong Tchi Kan / 3 décembre 2020

La lutte contre la pauvreté à La Réunion nécessite de répéter inlassablement des évidences pour qu’elles finissent par nourrir une conscience de classe et couvrir de honte une élite insouciante des risques sociaux. Nous connaissions la pauvreté monétaire. Prenons l’explication de la pauvreté sous l’angle du patrimoine.

Près de la moitié des Réunionnais est sous le seuil de pauvreté. (Photo Toniox)

En février 2019, l’Insee a publié une étude sur les inégalités des patrimoines à partir des données de 2015. Le titre est spectaculaire : « la moitié du patrimoine est détenue par 10% des Réunionnais ». L’écart entre les plus bas et les plus hauts patrimoines est très important. « Les 10% les plus pauvres possèdent 1200 euros de patrimoine en moyenne contre 1 million pour les 10% les plus riches ». Encore, « les 40% des Réunionnais les plus modestes ne détiennent que 2% du patrimoine ».

Que dire de plus sur ce chapitre ? Toujours selon l’institut, le principal facteur des inégalités, c’est le patrimoine immobilier. « Le patrimoine immobilier des cadres et des indépendants est ainsi trois à sept fois plus élevé que celui des ouvriers, des employés et des personnes n’ayant jamais travaillé, un écart qui s’est creusé depuis 2010 ». Trois ans après, l’Insee écrit que La Réunion est un « Département socialement hors norme ».

Nous en sommes en 2020. La situation ne s’est pas améliorée durant la décennie écoulée. De plus, la gestion catastrophique du Covid-19 a jeté les travailleurs précaires dans la pauvreté. Le gouvernement a versé "une prime exceptionnelle" le 27 novembre alors que la situation n’est pas exceptionnelle. Deux jours avant, la Région a voté des orientations budgétaires pour 2021 sans un mot de solidarité avec nos compatriotes qui vivent en permanence une réalité sociale hors norme. Ainsi, va le décalage entre ces décideurs politiques et la société réelle.

Ary Yée Chong Tchi Kan