Témoignages - Journal fondé le 5 mai 1944
par le Dr Raymond Vergès

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Une population en hausse et vieillissante, malgré des naissances nombreuses

Communiqué de l’INSEE Réunion

vendredi 25 novembre 2022


En 2050, 1,022 million de personnes habiteraient à La Réunion si les tendances démographiques récentes se prolongeaient. La population de La Réunion dépasserait le million d’habitants au cours de l’année 2044. La croissance démographique diminuerait au fil des années du fait d’un solde naturel de moins en moins excédentaire.


Le vieillissement de la population serait prononcé, en lien avec l’allongement de la durée de vie des Réunionnais. Un habitant sur quatre aurait 60 ans ou plus en 2050, et un sur huit serait âgé de 75 ans ou plus. Le nombre de personnes âgées de 75 ans ou plus serait multiplié par trois entre 2018 et 2050. Cette forte hausse du quatrième âge soulève de nombreux défis pour répondre aux besoins liés notamment à la perte d’autonomie.

Dans l’hypothèse où les comportements migratoires internes observés actuellement se prolongeaient jusqu’en 2050, la population du Nord de l’île augmenterait plus rapidement que celle des autres microrégions. À l’Ouest, la population augmenterait faiblement.

En 2050, 1,022 million de personnes habiteraient à La Réunion, si les tendances démographiques récentes se prolongeaient (figure 1). La population de La Réunion augmenterait de 166 000 personnes par rapport à 2018, soit une hausse de 0,6 % par an en moyenne. La croissance de la population réunionnaise serait ainsi bien plus élevée que celle de la France métropolitaine (+ 0,1 % en moyenne par an entre 2018 et 2050).

Ces résultats pour La Réunion sont issus du scénario de projection démographique dit « de référence » qui repose sur les hypothèses d’une fécondité stable, d’une espérance de vie qui continue de croître et d’un solde migratoire légèrement déficitaire de 1 800 personnes par an.

Le seuil symbolique du million d’habitants serait alors franchi au cours de l’année 2044, soit 8 ans plus tard qu’envisagé dans la précédente projection de référence [Merceron, 2017]. En effet, l’hypothèse de hausse de l’espérance de vie serait un peu moins optimiste, ce qui ralentirait légèrement la croissance de la population. L’hypothèse de départs plus importants vers l’Hexagone que dans la précédente projection contribue également à ce ralentissement : le solde migratoire avec l’Hexagone mesuré par le recensement est passé de - 1 200 personnes entre 2010 et 2014 à - 1 800 personnes entre 2015 et 2019.

Pouvoir anticiper l’évolution de la population est d’une importance majeure pour les acteurs publics, afin notamment d’adapter au mieux les équipements et l’offre de services aux besoins à venir de la population. Il s’agit en particulier d’orienter les décisions majeures qu’ils auront à prendre en termes d’aménagement du territoire et d’accompagnement sanitaire et social, notamment en termes d’investissements tant matériels (logements, infrastructures, etc.) qu’immatériels (formation, santé, etc.). Cet exercice de projections a donc été réalisé par l’Insee en concertation avec des représentants de la Région, de l’Agence régionale de Santé (ARS) et de la Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Deal).

La croissance de la population s’infléchirait au cours du temps

La croissance de la population réunionnaise diminuerait au fil des années. Le nombre d’habitants augmenterait de 0,7 % en moyenne par an entre 2020 et 2030, puis de 0,4 % entre 2040 et 2050. En effet, le début de la décennie 2020 coïncide avec l’arrivée dans la vingtaine des jeunes femmes nées au début des années 2000, durant lesquelles s’est produit un surcroît de naissances (14 600 naissances par an entre 2000 et 2008 contre 13 600 dans les années 1990 et 13 900 dans les années 2010).

Les jeunes femmes nées au début des années 2000 pourraient donc être à l’origine d’un nouveau pic de naissances durant les prochaines années car la fécondité avant 25 ans est particulièrement élevée à La Réunion, 2,6 fois supérieure à celle des femmes de ces âges dans l’Hexagone. D’ailleurs, ce nouveau surcroît de naissances semble bien s’amorcer en 2021 et 2022, avec une hausse de 2,5 % du nombre de naissances entre 2020 et 2021.

Ce surcroît de naissances s’étalerait dans le temps : les femmes réunionnaises nées au début des années 2000 sont susceptibles d’avoir des enfants jusqu’en 2045. De plus, le surcroît de naissances observé fin 2021 et début 2022 pourrait lui aussi se reproduire 20 ans plus tard.

Dans l’Hexagone, le rythme de croissance de la population s’infléchirait également et s’annulerait même à l’horizon 2050. En Martinique et en Guadeloupe, la population baisserait fortement, tandis qu’en Guyane et encore plus à Mayotte, la croissance resterait encore dynamique.

Ces résultats dépendent des hypothèses sur l’évolution de la fécondité, de la mortalité et des migrations résidentielles. Ce scénario de référence est complété par deux scénarios alternatifs (Pour comprendre). Dans le scénario haut, basé sur une plus forte progression de l’espérance de vie et une arrivée plus importante de populations de la zone océan Indien que dans le scénario de référence (pouvant notamment s’expliquer par les conséquences du changement climatique), la population atteindrait 1,076 million de personnes en 2050.

Le million d’habitants serait atteint au cours de l’année 2037. Dans le scénario bas, qui simule une baisse de la fécondité, une progression plus faible des espérances de vie et des départs plus importants vers l’Hexagone, la population se stabiliserait en 2047 aux alentours de 916 000 habitants. En prolongeant la projection, la population redescendrait même en dessous de 900 000 habitants à la fin de la décennie 2060.

Le solde naturel resterait largement positif

À La Réunion, le solde naturel resterait le moteur de la croissance démographique, sous l’hypothèse du maintien d’une fécondité élevée, cette fécondité étant stable depuis 30 ans à La Réunion. Mais sous l’effet du vieillissement, ce solde naturel baisserait de manière tendancielle : l’excédent des naissances sur les décès se réduirait à 5 600 personnes en 2050, contre 8 400 personnes en 2018. En effet, le nombre annuel de décès passerait de 5 000 à 8 900 entre 2018 et 2050. Dans le même temps, le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants augmenterait, et par suite le nombre de naissances, jusqu’à atteindre 14 400 naissances en 2035, avant de diminuer à 14 100 en 2050, soit 5 % de plus qu’en 2018.

Quant au solde migratoire, il réduirait la croissance démographique de 0,2 % par an entre 2019 et 2050 du fait de sorties du territoire un peu plus nombreuses que les entrées, comme depuis le milieu des années 2000. Les entrées comme les sorties du territoire varient en fonction de nombreux facteurs sociaux et économiques et des politiques publiques mises en œuvre. L’hypothèse de stabilité du solde migratoire est donc plus fragile que l’hypothèse de stabilité de la fécondité des femmes réunionnaises et que celle d’une hausse de l’espérance de vie. Ainsi, dans le scénario de référence, le solde migratoire avec la France métropolitaine conserverait sur l’horizon de projection le niveau observé entre 2015 et 2019 (- 1 800 personnes par an en moyenne), inférieur à celui de la période 2010-2014 (- 1 200 personnes par an en moyenne).

En parallèle, d’après l’hypothèse retenue, les échanges migratoires entre La Réunion et l’ensemble constitué de Mayotte, des autres Outre-mer et de l’étranger s’équilibreraient jusqu’en 2050, avec autant de départs que d’arrivées. L’hypothèse de projection se base en effet sur les migrations intervenues entre 2015 et 2019, avec, en particulier 550 personnes arrivant de Mayotte chaque année et autant faisant le trajet inverse.

Un vieillissement marqué : trois fois plus de Réunionnais de 75 ans ou plus en 2050

Depuis la fin des années 1950, la population réunionnaise vieillit en raison notamment de l’augmentation spectaculaire de l’espérance de vie. Sur l’horizon de projections, le vieillissement se poursuivrait pour deux raisons : l’espérance de vie continuerait d’augmenter et les baby-boomers gonfleraient les effectifs des seniors.

De fait, en 2050, les seniors seraient presque aussi nombreux que les jeunes. Le nombre de Réunionnais âgés de 60 ans ou plus augmenterait en effet fortement, de 145 000 en 2018 à 264 000 en 2050. Parallèlement, le nombre de jeunes de moins de 20 ans continuerait de croître, mais faiblement, de 264 000 à 283 000. La part de seniors dans la population passerait ainsi de 17 % en 2018 à 26 % en 2050, tandis que la part de jeunes décroîtrait légèrement (de 31 % à 28 %).

Le vieillissement serait encore plus accentué aux Antilles où la fécondité est proche de celle de l’Hexagone. La part de la population de 60 ans ou plus y doublerait, passant de 28 % en 2018 à 49 % en 2050 en Martinique et de 25 % à 45 % en Guadeloupe. Les seniors seraient alors trois fois plus nombreux que les jeunes en Martinique, et 2,5 fois plus nombreux en Guadeloupe.

Reflet de cet important vieillissement, la pyramide des âges de La Réunion évoluerait vers une forme en cylindre, caractéristique des populations de pays occidentaux où la répartition de la population par âge est très équilibrée. L’île présenterait, comme aujourd’hui, un déficit de personnes de 20 à 30 ans, en raison des migrations vers l’Hexagone pour suivre des études ou obtenir un premier emploi.

Forte progression du quatrième âge

En 2050, 124 000 personnes de 75 ans ou plus résideraient à La Réunion, contre 40 000 en 2018. La part des personnes de 75 ans ou plus dans la population réunionnaise serait 2,4 fois plus élevée qu’en 2018, passant de 5 % à 12 % en 2050. L’arrivée aux âges élevés des générations nombreuses des années 1960 et 1970 serait à l’origine de cette forte hausse. Dans l’Hexagone également, la progression du « quatrième âge », déjà engagée depuis plusieurs années, se poursuivrait : en 2050, 17 % de la population serait âgée de 75 ans ou plus, contre 9 % en 2018. À La Réunion la progression du quatrième âge serait cependant moindre que celle envisagée dans la précédente projection, en raison d’hypothèses d’évolution de l’espérance de vie un petit peu moins optimistes.

La loi du 31 décembre 2015 sur l’adaptation de la société au vieillissement prend donc tout son sens sur le territoire réunionnais. Des problématiques particulières se posent sur l’île, notamment en termes de prise en charge de la dépendance. La dépendance concerne en effet une part plus élevée de seniors à La Réunion : fin 2018, 13 % des personnes âgées de 60 ans ou plus sont considérées comme dépendantes, au sens où elles bénéficient de l’allocation personnalisée d’autonomie, d’une aide ménagère, d’une aide sociale en établissement ou d’un accueil contre 8 % des seniors de l’Hexagone.

Par ailleurs, l’entrée en dépendance intervient plus tôt à La Réunion, en raison d’un état de santé plus dégradé des habitants. Ainsi, le développement de l’aide à domicile, d’établissements d’accueil pour les personnes âgées ou l’adaptation des logements pourraient constituer des éléments de réponse face à ces nouveaux enjeux.

Une forte croissance de la population au Nord, une croissance atone à l’Ouest

À l’horizon 2050, la population des quatre microrégions de La Réunion augmenterait, sous l’hypothèse supplémentaire de maintien des comportements migratoires des Réunionnais selon leur âge tant en interne que vers l’Hexagone. Cette projection ne peut en revanche pas tenir compte de choix de politiques publiques difficilement anticipables, se traduisant par la mise en place dans le futur de nouvelles infrastructures publiques (transports, écoles, universités, pôles d’activité) ou le développement de « villes nouvelles » comme le projet d’Ecocité du Territoire de la Côte Ouest, et qui pourraient modifier les migrations observées aujourd’hui et projetées sur l’avenir.

La croissance démographique serait la plus dynamique au Nord : le nombre d’habitants y augmenterait en moyenne de 0,9 % par an entre 2018 et 2050, soit davantage que sur l’ensemble de l’île (+ 0,6 %). A contrario, à l’Ouest, la population augmenterait trois fois moins vite que sur l’île (+ 0,2 %). Au Sud et à l’Est, la progression de la population serait proche de la moyenne régionale (respectivement + 0,5 % et + 0,6 %).

Ces différences s’expliquent de deux manières. D’une part, les comportements migratoires sont différents d’une zone à l’autre : sur la période récente, par exemple, le Nord attire massivement des jeunes adultes de toute l’île, tandis que l’Ouest attire de façon plus modérée des populations plus âgées. D’autre part, les populations des microrégions présentent des caractéristiques différentes en termes de fécondité et de mortalité.

Dans le Nord, la croissance soutenue de la population serait liée au dynamisme des naissances, dont le niveau serait élevé tout au long de la période de projection et croissant jusqu’en 2035. Bien que la fécondité y soit moins élevée que dans le reste de l’île, le Nord est la microrégion où la part de femmes en âge d’avoir des enfants est la plus élevée entre 2018 et 2050. Le nombre élevé de naissances serait à peine atténué par une légère croissance des décès et un solde migratoire qui se creuserait au fil des années : les départs de jeunes habitants du Nord de 18 à 25 ans vers l’Hexagone augmenteraient.

À l’Ouest, les nombres de décès et de naissances, proches de ceux du Nord en 2018, divergeraient progressivement à l’horizon 2050. En effet, la population de l’Ouest étant plus âgée que celle du Nord, les décès y augmenteraient plus fortement. Dans le même temps, la hausse des naissances y serait plus mesurée en raison de la moindre présence de femmes en âge d’avoir des enfants. Toutefois, entre 2018 et 2050, l’Ouest perdrait de moins en moins d’habitants au jeu des migrations avec l’Hexagone et le reste de l’île. En effet, du fait du vieillissement plus prononcé à l’Ouest et d’une tendance moindre au départ des générations plus âgées, le solde des migrations de l’Ouest vers l’Hexagone et le reste de l’île serait de moins en moins déficitaire au fil des années, passant de - 1 300 personnes en 2018 à - 300 en 2050.

À l’Est et au Sud, les évolutions de populations seraient proches, croissantes tout au long de la période de projection, essentiellement portées par le solde naturel. Dans le Sud, le vieillissement serait davantage marqué : 28 % de la population serait âgée de 60 ans ou plus contre 18 % en 2018, entraînant une augmentation du nombre annuel de décès de plus de 80 %. Le volume de naissances resterait toutefois 1,3 fois plus important que celui des décès en 2050, soutenant ainsi la croissance de la population de la zone. Les échanges migratoires avec le reste de l’île seraient équilibrés sur l’ensemble de la période 2018-2050.

Dans l’Est, la part de la population âgée de 60 ans ou plus passerait de 15 % à 23 % en 2035 puis se stabiliserait. Les jeunes adultes étant les plus enclins à déménager dans une autre zone, le déficit migratoire avec le reste de l’île diminuerait jusque 2035. Le volume des naissances augmenterait de 11 % entre 2018 et 2050, porté à la fois par la jeunesse et la fécondité des femmes y résidant.


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