Culture et identité

« La Réunion ne pouvait pas se développer en excluant une partie de son Histoire... »

Gran kabar maloya à Saint-Louis

Témoignages.re / 20 novembre 2009

La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) organise demain, de 16 heures à minuit, à la Balance Coco (Saint-Louis) un Gran kabar maloya pour fêter la reconnaissance internationale du maloya. Au-delà du fait culturel fort, cette reconnaissance doit aussi être l’occasion d’enrichir la réflexion sur le développement car, comme le souligne Eric Alendroit, c’est « un atout ». Comment développer La Réunion, s’interroge de son côté Claude Hoarau, maire de Saint-Louis, « en excluant une partie de son Histoire ».

« Nous venons de connaître un moment important avec l’inscription du maloya, le 1er octobre 2009, au Patrimoine culturel mondial de l’UNESCO. Après la lutte, vient la victoire, et la victoire, cela se célèbre », affirme Eric Alendroit de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), en annonçant le Gran kabar maloya qui se déroulera demain samedi, de 16 heures à minuit, sur le site de la Balance Coco à Saint-Louis.
Cette reconnaissance du maloya, nous la devons, comme le souligne Eric Alendroit, aux combattants, aux militants, aux intellectuels, mais surtout aux maloyèr qui ont transmis cet élément de fond du patrimoine culturel réunionnais. Et à ceux qui continuent à le faire vivre, à le porter jusque sur les scènes internationales. Cette inscription du maloya au Patrimoine culturel mondial de l’UNESCO, c’est une reconnaissance internationale et c’est une première dans l’Outre-mer.
Elle « met les Réunionnaises et les Réunionnais en situation de responsabilité ». Il s’interroge, « comment utiliser cela comme atout pour le développement et élargir le champ de réflexion à l’IRT, à l’Éducation nationale... Cela ouvre un chantier au niveau de la recherche, des ouvrages pédagogiques... ».
« La reconnaissance du maloya par les Réunionnais et par les autorités a donné lieu à des luttes. La Réunion ne pouvait pas se développer en excluant une partie de son Histoire. Nous nous sommes battus pour sauver cette partie de notre patrimoine culturel. Nous devons avoir le triomphe modeste », note Claude Hoarau, maire de Saint-Louis.
Et pour lui, il est légitime que ce kabar ait lieu à Saint-Louis. La ville a beaucoup contribué à la bataille contre l’oppression, notamment à travers la résistance du Père Lafosse et de ses compagnons à l’esclavage ; aux luttes sociales et à la résistance culturelle, à travers des figures du maloya comme Gramoun Baba, Gramoun Bébé et leurs familles. Il est légitime qu’il se positionne à la Balance Coco, « lieu de luttes, de rencontres des forces authentiques, à l’occasion de la Fête de la canne et de bien d’autres manifestations ».
A travers deux anecdotes, Claude Hoarau montre l’intensité de la lutte pour la reconnaissance du maloya qui a été interdit, proscrit, pourchassé, même si aucun texte ne fondait cette répression. « Ils voulaient le faire disparaître, de la même manière qu’ils voulaient faire disparaître le créole en le plongeant dans un bain de français ».

 YVDE  


Au programme
Autour du maloya

Stéphane Boquet de la MCUR a présenté le programme en deux parties : de 16 à 18 heures, seront ouverts différents ateliers qui tournent autour du maloya. Et de 18 à 24 heures, un plateau musical de qualité, pour lequel les groupes se produiront bénévolement.
La première partie ouvrira sur une conférence en deux parties : un exposé de Carpanin Marimoutou sur l’écriture du maloya et un travail de Stéphane Grondin sur les différentes pratiques du maloya.
Kozman ti dalon animera un atelier de danse et de découverte des instruments traditionnels ; un espace conte sera ouvert ; Tikouti, Lansinyman la lang kréol èk la kiltir réyoné ; Lantant des certisfiés créoles de La Réunion et Lofis la lang kréol animeront un atelier sur la langue créole dans le maloya où l’on pourra s’initier à l’écriture ; le Pôle régional des musiques actuelles (PRMA) présentera les cédés de son label “Takamba”.
D’autre part, les savoir-faire réunionnais seront présents : fabrication des toupies lontan avec l’association Ti Kana ; tissage des feuilles coco avec une association mahoraise ; ferrage des bœufs avec M. Rousseau... La cuisine bien sûr ne sera pas absente et des espaces de restauration seront à la disposition du public que les organisateurs attendent nombreux — les services municipaux se sont activés pour aménager des parkings.
Il ne faudra pas manquer le début du kabar. Il ouvrira sur la prestation d’une jeune troupe de théâtre de Bois de Nèfles Coco dont on nous a dit le plus grand bien. Elle présentera une évocation historique du site. À l’affiche ensuite, une vingtaine de groupes de maloya.


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