Edito

Au lendemain de l’attentat de Nice, tentative de coup d’État en Turquie

J.B. / 16 juillet 2016

Vendredi soir en Turquie, des militaires ont annoncé avoir pris le pouvoir pour restaurer la démocratie et la laïcité, ont-ils affirmé. Ils ont mis la main sur le siège de la télévision publique turque, y ont fait lire un message avant que les émissions soient coupées. Selon des journalistes présents à Ankara, la capitale, le Parlement a été bombardé par des avions, et des affrontements ont eu lieu entre des militaires rebelles et les loyalistes. Près de 50 personnes seraient mortes pendant la nuit. En réponse à cette tentative de coup d’État, le président Erdogan s’est exprimé par video depuis un téléphone. La loi martiale a été décrétée. Son appel a été diffusé par une télévision. Internet a été mis à contribution pour organiser la riposte du pouvoir. Il a demandé à ses partisans de descendre dans la rue pour bloquer les militaires qui ont cessé d’obéir au gouvernement. Certains se sont couchés devant des chars pour les empêcher d’avancer. Ce samedi matin, le pouvoir semblait reprendre la situation en main. Des rebelles ont commencé à se rendre à Istanbul devant des caméras de télévision. Le président turc a annoncé que ces affrontements allaient permettre de « nettoyer l’armée ».

Au lendemain de l’attaque de Nice qui a fait plus de 80 morts, un autre pays de l’OTAN subit un événement dramatique. Rappelons que la Turquie est frontalière avec deux pays en guerre civile : l’Irak et la Syrie. Ces dernières années, le gouvernement turc avait en effet été accusé de combattre mollement le groupe État islamique. Au lieu de concentrer ses efforts sur les bandes de terroristes qui agissaient près de sa frontière, il avait donné l’ordre à l’armée de viser les Kurdes. Or ces derniers sont en première ligne face à l’offensive des groupes terroristes en Syrie. Ceci avait provoqué une forte montée de la tension avec la Russie, un des alliés du gouvernement syrien. Un avion russe avait même été abattu par l’aviation turque dans le ciel syrien. Mais ces derniers mois, la Turquie a été la cible de plusieurs attentats qui ont fait des dizaines de victimes, revendiqués par le groupe État islamique. C’est sans doute une des raisons qui explique une reprise de contact du gouvernement turc avec la Russie. En juin dernier, le président Erdogan avait d’ailleurs présenté ses excuses officielles à son homologue russe, suite à la mort du pilote abattu au-dessus de la Syrie.

La Turquie est un pays de 80 millions d’habitants, membre de l’OTAN et candidat à l’adhésion à l’Union européenne. Cela faisait des décennies que l’armée n’était pas intervenue pour remettre en cause le pouvoir, et le régime de la démocratie semblait alors solidement installé. Mais la déstabilisation du Moyen-Orient, provoquée par l’invasion de l’Irak par des armées de l’OTAN en 2003, a créé un terreau favorable au développement d’initiatives désespérées. Des militaires ont en effet choisi de se retourner contre un gouvernement élu démocratiquement. Au lendemain de la tragédie de Nice, ce nouvel événement dramatique en Turquie interroge. Aurait-elle eu lieu si cette région du monde n’était pas en guerre ?

J.B.


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