Edito

Une route de 12 kilomètres ou le développement pour un million d’habitants : il faut choisir

J.B. / 9 octobre 2013

La Réunion fait face à une sécheresse exceptionnelle. Mai, juin et juillet ont été les mois les plus secs depuis 50 ans, alors que le plus fort de la saison sèche est devant nous. Des restrictions ont donc été ordonnées par le préfet.

Et pourtant, deux cyclones sont passés pas loin d’ici en début d’année. Les pluies avaient été si intense que le radier de la rivière Saint-Etienne a été emporté à chaque fois. Mais cela n’a pas rechargé les nappes phréatiques, largement entamées par plusieurs années de déficit.

Si l’Ouest connaît la pénurie, c’est surtout dans le Nord et l’Est que la situation est la plus inquiétante. Déjà dans plusieurs quartiers de l’Est, ce sont des citernes qui alimentent les habitants. Or, c’est précisément dans le Nord et l’Est que les pluies sont plus abondantes qu’ailleurs.

Quelques jours après la publication du rapport du GIEC, les Réunionnais ont donc sous leurs yeux une illustration concrète du changement climatique : la sécheresse commence à devenir la norme à La Réunion. Les conséquences seront nombreuses, car le changement est rapide. Il faudra donc en quelques années s’adapter à une situation nouvelle.

Le bouleversement climatique actuel, il a pour origine des actions datant de plusieurs dizaines d’années. Il est le résultat du rejet de gaz à effet de serre par l’utilisation massive du charbon et du pétrole en Europe occidentale et aux Etats-Unis d’abord, avant que ce modèle s’étende aux pays anciennement colonisés. Cela veut dire que la sécheresse actuelle est peut être le résultat d’une pollution d’il y a 50 ans, à une époque où les Réunionnais rejetaient très peu de gaz à effet de serre.

À La Réunion, tous les jours les Réunionnais subissent d’autres effets d’une décision prise voici plus de 50 ans. La route du littoral est encore en travaux, il est nécessaire de poser d’immenses blocs de béton pour empêcher la houle de miner la route. Coulés au Port, ces blocs sont transportés par camions jusqu’à Saint-Denis, puis le convoi fait demi-tour et se positionne près de la zone à traiter côté mer. Une grue immense prend le bloc en charge, et le dépose le long de la route. Ces rotations durent toute la nuit, pendant plusieurs jours, c’est une dépense d’énergie considérable. Elle a un coût financier et environnemental énorme et continu.

Tous les Réunionnais sont condamnés à payer, y compris les pauvres qui n’ont pas les moyens d’emprunter cette route, faute d’argent pour se déplacer. Car chaque fois qu’ils vont acheter un produit dans un magasin, ils paient l’octroi de mer qui part dans les caisses de la Région. Ils paient aussi les impôts locaux qui alimentent le budget de la Région.

C’est ce modèle d’injustice que veut imposer Didier Robert à La Réunion. Et il s’est trouvé des socialistes pour le soutenir dans cette démarche, en choisissant de faire gagner l’UMP aux régionales plutôt que l’Alliance.

Il est clair que le projet de route en mer est de nature à obliger les Réunionnais à payer des coûts d’entretien pharaoniques, car la mer sera toujours là, et son niveau va monter. Tous les fonds destinés au développement devront-ils ainsi être sacrifiés sur une route de 12 kilomètres ?

J.B.


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