Luttes sociales

La grève du BTP gagne en importance

Riposte syndicale à la contre-offensive médiatique du patronat

Manuel Marchal / 8 avril 2016

La tension est montée d’un cran hier dans le secteur du BTP à La Réunion. Les grévistes ont accentué la mobilisation et ont répondu par une lettre ouverte à la conférence de presse tenue dans la matinée par la FRBTP.

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Le deuxième jour de grève dans le BTP a débuté par une action symbolique. Des grévistes se sont regroupés à l’entrée Ouest de Saint-Denis à l’heure de pointe le matin. Ils ont distribué des tracts à proximité d’une piste d’accès au projet de route en mer, dite NRL. Pour justifier l’arrêt de tous les grands chantiers au profit de ce projet peu réaliste, la Région avait en 2011 promis que la NRL créera 8.000 à 12.000 emplois. On est bien loin de cette promesse et la réalité montre un chiffre 10 fois moins important en prenant en compte les emplois directs et indirects.

La NRL à l’arrêt

Censée apporter la solution miracle aux problèmes du BTP provoqués par l’arrêt des grands chantiers et la révision des politiques de l’État en matière de logement, la NRL est un des symboles de la crise traversée par un secteur stratégique. D’ailleurs, tout y est à l’arrêt en ce moment, plus un seul galet n’est jeté à la mer.

Posté devant ce point d’accès, les grévistes ont distribué des tracts. Puis ils sont partis dans l’Ouest faire la tournée de nouveaux chantiers pour informer avec succès les travailleurs de la situation.

Les négociations salariales sont actuellement bloquées. Les syndicats proposent une augmentation de 3 % pour 2016. La FRBTP a tenu ce jeudi matin une conférence de presse pour justifier son refus d’accéder à cette demande. La position du patronat est la suivante : 0 % d’augmentation.

La FRBTP se retranche derrière la crise du secteur, les nombreuses liquidations d’entreprise et un carnet de commandes qui peine à se remplir. Elle déplore notamment que le Plan logement outre-mer signé en grandes pompes par Manuel Valls en juin dernier à Saint-Denis ne se concrétise pas.

Où est passé l’argent du CICE ?

Ces arguments sont loin de convaincre les syndicats. Ils ont répondu aux patrons par une lettre ouverte.

« Le patronat affirme qu’il n’y a pas d’activités, mais nous pensons qu’ils ne connaissent pas la réalité du terrain au vue du nombre de chantier BTP que nous sommes allés visiter », écrit l’Intersyndicale du BTP qui poursuit : « les patrons affirment que ce ne sont pas eux de faire l’activité. Nous demandons fermement à l’Etat de cesser de verser le CICE si cela ne débouche pas sur de l’activité et de l’emploi. C’est de l’argent donné aux actionnaires ! Pour rappel, en 2016 le CICE représentera une subvention de 9 % de la masse salariale accordée aux entreprises pour développer l’activité et l’emploi. Les impossibilités annoncées par les organisations patronales au titre des augmentations de salaire sont contrées par certaines entreprises qui ont d’ores et déjà accordé des augmentations de plus de 3 % cette année ».

Nouvel appel à la négociation

Les syndicats dénoncent également « le comportement inadmissible de certaines entreprises en activité », qui « fonctionnent quasi exclusivement avec des intérimaires » pour qui l’exercice du droit de grève est quasi-impossible.

L’Intersyndicale appelle le patronat à la raison : « Patron vous ne souhaitez pas négocier ? Vous nous provoquez, nous sommes patients mais cette patience va atteindre sa limite et les prochaines actions seront plus musclées et vous en serez les responsables ».

Et de conclure : « si vous souhaitez arrêter le conflit avant que cela ne dégénère il est temps de se réunir et de trouver une solution car nous n’avons jamais fermé la porte des négociations ».

M.M.


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