Emplois-verts

Bethléem en sursis

L’association des chômeurs de l’Est se mobilise

27 septembre 2003

Pour les promeneurs du dimanche ou les habitants de l’Est, qui ne connaît pas la beauté du site touristique de Bethléem à Saint-Benoît ?
Outre le nom prophétique du lieu par la sérénité qu’il dégage, les familles réunionnaises ont le loisir de l’apprécier pour y avoir au moins pique-niqué. Le président de la Commission du développement local de la Région, Hilaire Maillot, invité à visiter le site jeudi a pu y constater la qualité du travail des emplois-verts de l’association des chômeurs de l’Est.
La forêt de Bambous qui délimite désormais le chemin permet même aujourd’hui aux personnes handicapées d’y accéder avec leurs fauteuils, tout en bas du site par une rampe bétonnée. Que serait cet endroit inédit s’il n’était pas protégé, aménagé, nettoyé, refleuri, élagué ? Un dépotoir d’ordures et d’amoncellement de broussailles, de galets, de terre comme c’était cas en 1999. Cette date correspond justement au premier coup de pioche des emplois-verts de l’association des chômeurs de l’Est, présidée par une « femme téméraire », Diélette Cléverie. C’est grâce à elle et à toute son équipe que ce site mérite clameurs. Actuellement au chômage pour cause de licenciement de la Mairie de Saint-Benoît, Diélette Cléverie ne reçoit plus aucune subvention pour son association depuis la nouvelle municipalité de 2001. C’est avec l’aide de la Région (principal financeur à 80%) et de l’État (à 20%) que la présidente de l’association des chômeurs de l’Est peut faire vivre ces emplois-verts, revus à la baisse au fil des deux dernières années (passant de 14 à 7 CES) sur ces trois chantiers (deux autres ont déjà fermés).
Près de 959 chômeurs sont inscrits chez elle. Ne pouvant répondre à toutes les demandes, les emplois-verts doivent tourner en moyenne six mois sur un site avant de se réinscrire aux ASSEDIC. Faire venir la presse et le président de la Commission du développement local de la Région, Hilaire Maillot est le moyen de « pousser un cri d’alarme envers toutes ses familles vivant d’un travail précaire et s’y consacrant avec plein d’amour ».
Anciens prisonniers, alcooliques, personnes handicapées, Diélette Cléverie lutte pour intégrer professionnellement des personnes dont rarement d’autres s’en chargeraient. Du temps prospère de l’association, les emplois-verts pouvaient même se former auprès de sociétés d’élagage ou obtenir un brevet de secourisme par des entreprises d’ambulanciers. Certains d’entre eux ont pu également se trouver du travail en France par le biais de l’association. Aujourd’hui, sa présidente démunie, affirme que « d’ici janvier, je serai obligée de mettre les clés sous la porte alors que l’association existe depuis 1998. Ce sera le vide total ! ». La faute à qui ? « Au gouvernement et ses nouvelles mesures restrictives des quotas de CES, notamment pour les associations », proteste-t-elle. Ce que ne manquera d’appuyer Hilaire Maillot en tapant du poing sur la table : « nous avons deux bombes à La Réunion, le piton de la Fournaise et une bombe humaine sur laquelle sont assis certains élus qui ne veulent rien entendre. Ce que font les associations, aucune commune ne dispose les moyens pour s’en occuper aussi bien ! », lance le président de la CODELO. Malgré le travail colossal de défrichage, de bétonnage (escalier en murs moellons ou murs en rocaille), les Mairies peuvent assurer une aide par l’achat d’outillages, de terre, de pioches ou de brouettes. Ces fournitures sont actuellement livrées par la Région.
D’ici septembre, les cinq emplois-verts de Bethléem seront forcés de s’inscrire aux ASSEDIC. Les autres chantiers de Beaufonds et de VTT Marine (devenu piste cyclable) sont également menacés de clôture. Habituée à aider une centaine de personnes par an réduites à une soixantaine, Diélette Cléverie part défaitiste pour les prochains mois. Hilaire Maillot lui a donc fait la promesse de « mettre tous les moyens en œuvre pour renouveler des postes de CES malgré les risques de pertes ». En effet, le président la commission du développement local rappelle qu’il est contraint de « s’occuper des 763 associations de l’île, de faire face à 700 postes en moins, soit 150 jours sur l’ensemble ». Aussi conseille-t-il à la présidente de recourir à la population en signant une pétition et qu’il la fera ensuite remonter au président de la Région pour adresser un courrier aux dirigeants de l’État : Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, Brigitte Girardin et François Fillion. Pour sa part, Diélette Cléverie continue de s’investir toujours autant en allant déposer un projet d’insertion professionnelle auprès du sous-préfet de Saint-Benoît et du Tribunal de Grande Instance de Saint-Denis concernant le travail d’intérêt général des prisonniers.


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Témoignages - 82e année


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