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Témoignages.re / 6 janvier 2007

Télé "Péi", Télé de proximité

On en parle un peu partout dans notre île, mais connaît-on vraiment "Télé Kréol" ?
Née en 2004, cette télévision associative a reçu l’autorisation d’émettre de manière temporaire tout d’abord pour 2 puis 9 mois et ainsi de suite jusqu’en juillet 2006, date à laquelle l’association a reçu une autorisation pour 5 ans. Depuis, "Télé Kréol" émet gratuitement sur le canal 59 dans la région Ouest uniquement, dans le triangle La Possession, Saint-Paul, Le Port, ce qui représente un bassin d’environ 130.000 habitants. Le but de l’association est de pouvoir émettre d’ici fin 2007 en direction de Saint-Denis et peut-être même jusqu’à Sainte-Suzanne, et pourquoi pas plus ? Couvrir à terme l’ensemble de notre département, cela, bien évidemment, l’association y pense. Ce sera peut-être pour 2008 en se positionnant, si possible, sur la TNT (Télévision Numérique Terrestre). Car c’est bien là le grand rêve de cette sympathique bande de copains. Thierry, Daniel, Fred et Jean-Claude ont mis en commun leur passion de l’audio-visuel et leurs qualités propres pour tenter, ensemble, la grande aventure télévisuelle, tout comme jadis, bon nombre de jeunes se sont lancés dans les radios associatives.
Après tout, quelle différence sinon qu’il y a l’image en plus ? La différence est énorme et c’est bien ce que comptent mettre en avant les dalons de cette aventure.

Bien souvent, on associe cette télévision à un média qui ne retransmet que les cérémonies familiales y compris les mariages. C’est véritablement réducteur. Bien que la proximité soit le credo de cette chaîne, les programmes sont également vecteurs de la culture de l’océan Indien. En effet, de nombreux clips tournent 24 heures sur 24, qu’il s’agisse aussi bien d’artistes réunionnais que d’artistes des pays de la zone, comme les Malgaches, Mauriciens et Seychellois.
Quant aux mariages, s’il est vrai que "Télé Kréol" diffuse de telles images, ce n’est ni plus ni moins ce qu’attend la population en matière de proximité. L’équipe de bénévoles qui fait tourner cette Télé ne manque pas de monter les images qui lui sont proposées pour en faire des reportages où chacun, dans son quartier, pourra se reconnaître et ainsi avoir l’impression de participer à la vie de la région.


"15 minutes of fame"

En 1968, Andy Warhol disait : « À l’avenir, chacun aura droit à son quart d’heure de célébrité ». Et il avait vu juste ! Désormais, l’Internet, les fanzines (Petit magazine amateur), la radio permettent à chacun de pouvoir vivre l’expérience de la médiatisation ! "Télé Kréol" est entrée dans cette logique sans pour autant abandonner son espoir de grandir. Nos responsables de chaîne en herbe investissent non seulement leur temps, mais aussi leurs économies (sans aucune aide autre que celle de leurs amis) dans du matériel pour tenter de réaliser des programmes qui sont visibles gratuitement, excusez du peu, par 130.000 téléspectateurs potentiels. Ils sont devenus un lien culturel mais aussi social avec cette grande partie de l’Ouest de notre île, social en diffusant tous les spots que les institutions et les associations veulent bien leur confier.

Ainsi, jours et nuits, régulièrement, leurs programmes sont interrompus pour permettre aux associations de lutte contre le SIDA de passer leurs messages gratuitement. Sans aucunement devenir concurrentielle vis-à-vis des chaînes généralistes, "Télé Kréol" est devenue, au fil des années, un vecteur de sociabilité. Aucun des programmes que vous verrez sur cette chaîne ne peut être présent de manière aussi naturelle sur les médias à but lucratif.
Voilà le secret de leur petit succès auprès de la population qui connaît le canal 59. Leur problème réside dans le fait qu’ils ne sont pas assez médiatisés. Vous trouverez sans doute cela paradoxal, eh bien non ! Car nombreux sont les habitants de cette région de Saint-Paul, La Possession, Le Port qui ignorent qu’ils peuvent recevoir gratuitement une chaîne supplémentaire et qu’ils peuvent participer à cette aventure. Les programmes concoctés, s’ils tournent le plus souvent autour de clips de musique, comportent également des reportages qui peuvent être tout aussi bien consacrés à des cérémonies tamoules qu’au baptême de votre petit voisin.

Mais vous trouverez aussi la vie des associations, les clubs de danses ou de sports. Pas question de diffuser des séries à l’eau de rose si éloignées des gens. Il s’agit de diffuser la vie, la vraie, celle qui nous ressemble, et de permettre à la jeunesse des quartiers d’exister. Quel meilleur vecteur que la télévision pour rassembler la population, l’agglomérer à une vision de l’existence, mais surtout tenter de faire prendre conscience à la jeunesse de notre pays que tout n’est pas irrémédiablement foutu ! Que vaut-il mieux ? voir les jeunes désœuvrés, sans buts, ni raisons ou bien les voir se disputer, le temps d’un quart d’heure, la possibilité d’être Gilles Mallet !

Bien entendu, la question n’est pas de devenir du jour au lendemain une vedette internationale, mais ne serait-ce que, l’espace d’un instant, avoir l’impression d’exister, ça c’est extrêmement important ! C’était le sens de la phrase d’Andy Warhol et c’est tout le sens qu’il faut donner à l’aventure de "Télé Kréol". Le Pape de la culture underground parlait en visionnaire et avait compris qu’un nouveau monde médiatique était en marche, un monde où les hommes se parleraient par-dessus les frontières. Les murs sont tombés, les messages peuvent circuler.


"Télé Kréol"

Vous comprendrez que si la plus grande partie de cette page média est consacrée à cette chaîne de télévision, c’est aussi pour donner un coup de pouce à cette association qui fonctionne avec très peu de moyens, prouvant que l’on peut s’investir dans de grands projets si l’on veut s’en donner la peine, mais aussi si quelque part, on a un peu la foi. Ils l’ont, la foi, ces amateurs ! Et croyez- moi, il en faut du courage pour présenter un dossier devant le CSA, assemblée de professionnels de l’audiovisuel, et surtout pour convaincre qu’ils peuvent, tout comme les Télé associatives métropolitaines, tenir la distance.

Comme vous le savez tous, "Témoignages", en plus d’être un journal d’informations, a toujours souligné les projets qui font avancer, même si ce ne sont pas des entreprises lucratives. Le devoir de la presse, c’est d’informer pour que la société avance. Tout comme pour la rubrique blogs, notre journal est un relais pour que l’on communique toujours mieux. L’espoir secret de notre bande de dalons, c’est qu’un jour, leur petite Télé ne devienne pas commerciale, mais utile, encore plus qu’elle ne l’est, à la société réunionnaise. C’est ce qu’ils m’ont dit, mais j’ai ressenti bien plus que cela dans leur démarche. Dans leur petit studio, ils jubilaient de montrer qu’avec trois fois rien, tout comme les pionniers de la télévision le 26 avril 1935 (date de la première émission officielle de télévision française), ils envoient des images qu’ils ont bidouillées eux-mêmes, pratiquement comme des professionnels. Avouez qu’il y a de quoi être fier.

Alors, pour terminer cette longue page de "pub" désintéressée, j’encourage les téléspectateurs de l’Ouest à se connecter sur le canal 59, ils verront le résultat de passionnés qui n’ont pas eu peur de relever le défi de faire de la Télé autrement qu’en postulant à une émission de Télé réalité.

Philippe Tesseron


L’histoire de la télévision française

1848 : Énoncé du principe de transmission d’images, toutefois sans possibilité de réalisations matérielles.
1884 : l’inventeur germano-russe Paul Nipkow fait breveter un dispositif de transmission d’images : le disque analyseur.
27 janvier 1926 : naissance officielle de la télévision.
28 décembre 1927 : le gouvernement Poincaré crée le service de radiodiffusion, rattaché aux PTT.
14 avril 1931 : première transmission d’une image de 30 lignes de Montrouge à Malakoff par René Barthélemy.
6 décembre 1931 : Henri de France fonde la Compagnie générale de télévision (CGT).
Décembre 1932 : réalisation d’un programme expérimental en noir et blanc d’une heure par semaine : "Paris Télévision", par René Bathélemy. Une centaine de postes reçoivent ce programme (la plupart dans les services publics).
26 avril 1935 : première émission officielle de télévision française.
Novembre 1935 : la télévision passe en 180 lignes et un émetteur d’ondes courtes est installé au sommet de la Tour Eiffel.
4 janvier 1937 : premières émissions tous les soirs de 20h à 20h30. Il y a une centaine de postes chez des particuliers.
3 septembre 1939 : les Allemands accaparent la télévision française.
1944 : René Barthélémy met au point la définition de la télévision à 819 lignes.
29 mars 1945 : réémission de la télévision française depuis les studios de Cognacq-Jay abandonnés par les Allemands.
5 juin 1947 : premier direct en dehors des studios depuis le Théâtre des Champs-Élysées à Paris


"Vu du ciel"

Ça y est ! je vous vois venir, vous devez penser, en voyant le chapeau de ce papier, voilà Tesseron reparti en guerre contre le Directeur d’Antenne de Télé Réunion ! Et vous aurez tort ! En effet, après le record d’audience du premier épisode de "Vu du Ciel", tout est vivant, tout est lié, France2 a diffusé le deuxième épisode de la série, consacré à l’eau douce. (Les 2 autres épisodes devraient être consacrés à "Une terre à sauver” et “La mer et les océans"). Yann Arthus Bertrand témoigne des inégalités de répartition de cette ressource vitale et des initiatives humaines pour une meilleure gestion de l’or bleu. L’eau douce est la plus précieuse richesse de notre planète, mais aussi la plus convoitée et la plus menacée par l’Homme. Elle est à l’origine de toute vie sur Terre, elle regorge de plus d’espèces de poissons qu’il n’y en a dans les océans et elle a le pouvoir de former les paysages les plus spectaculaires : gorges, canyons, glaciers, chutes, deltas, fleuves, etc...

Pour cette émission, Yann Arthus Bertrand propose des images sublimes tournées en Haute-Définition à travers le monde : Israël, Jordanie, Palestine, Mali, Algérie, Etats-Unis et La Loire en France... une occasion unique de présenter ce grand enjeu du 21ème siècle qu’est la défense de l’eau douce.
Alors, étant donné que des liens extrêmement forts lient RFO à la maison mère France-Télévision, on peut supposer que cette émission va atterrir chez nous très vite, du moins, c’est que l’on peut souhaiter ! C’est pourquoi il vaut mieux prendre les devants et avertir les responsables de la station du Barachois qu’on aimerait bien que cette fois, l’émission soit diffusée à une heure raisonnable ! Ils savent désormais le très bon score que fait ce type de reportage, et si cette fois, ils recommencent comme pour la diffusion du premier volet de "Vu du ciel", la manœuvre deviendra douteuse et votre serviteur ne pourra se taire.

Ph. T.