L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Société
"Église à La Réunion" lance un {« cri d’alarme »}
5 janvier 2004

C’est là « un phénomène inquiétant, qui en dit long sur l’état de notre société... », écrit notre confrère, pour qui la répression de ces jeunes ne résout rien.
Sous le titre ’Cri d’alarme !’, le dernier numéro de la revue ’Église à La Réunion’ (décembre 2003) attire l’attention sur un problème inquiétant de notre société :
l’augmentation de nombre de jeunes mineurs réunionnais emprisonnés pour des faits délictueux voire criminels.
C’est là « un phénomène inquiétant, qui en dit long sur l’état de notre société... », écrit notre confrère, pour qui la répression de ces jeunes ne résout rien.
En effet, ces jeunes sont souvent des personnes complètement ’paumées’, victimes d’exclusions diverses et de facteurs économiques, sociaux et culturels complexes qui demandent à être analysés de près et traitées globalement si l’on veut s’attaquer aux causes profondes de ces drames. On lira ci-après le texte intégral de cet article.
Quarante-six mineurs étaient en prison le jeudi 9 octobre. Lorsque le Quartier des Mineurs a été construit, il y a environ cinq ans, il était prévu pour quinze ! Depuis, le nombre des incarcérations de mineurs n’a cessé d’augmenter. Cela laisse entrevoir des sommets, car il n’y a aucune raison pour que la croissance s’arrête tout d’un coup. Il est temps de réfléchir à ce phénomène inquiétant.
Pour certains cela représente une bonne nouvelle. Cela montre que la police veille et que les méchants sont punis. La sécurité revient ! Ces jeunes ont volé, avec ou sans violence, ils ont tué, ils ont violé. Leur arrestation soulage les habitants et les réjouit. L’ordre, indispensable pour la vie en société, est rétabli.
Oui, mais d’autres ne sont pas encore arrêtés et ceux qui le sont sortiront un jour et, parmi eux, certains recommenceront. Si bien que l’augmentation du nombre des détenus signifie une augmentation proportionnelle du nombre des actes délictueux passés et à venir.
Le surpeuplement du Quartier des Mineurs ne fait qu’illustrer le cercle vicieux dans lequel nous nous débattons.
Quels que soient les efforts de la police, la répression seule ne résoudra jamais le problème. La répression, en effet, ne présente d’intérêt que si elle s’accompagne d’un grand effort de prévention et d’éducation. Nous en sommes loin et ce n’est certainement pas la prison qui servira de stage éducatif !
Il faut le savoir, la prison ne fait plus peur aujourd’hui. Elle n’inspire aucune crainte à un bon nombre de mineurs. La plupart, ayant déjà commis plusieurs délits avant d’arriver ici, savaient très bien à quoi ils s’exposaient en recommençant. À part quelques rares exceptions, ils étaient déjà connus de la police et des services sociaux. La prison ne fait plus peur.
Pour certains la prison présente même des avantages car elle élimine un certain nombre de problèmes (nourriture, lit, hygiène) et elle met une sourdine au besoin de drogue et d’alcool. Lorsqu’un jeune fait ce genre de raisonnement, on peut se dire que la récidive n’est pas loin. La prison s’intégrera au rythme de la vie. Lorsqu’ils passeront du côtés de majeurs, une prise de conscience pourra s’opérer, mais il est déjà bien tard ! Revenir en arrière n’est pas chose aisée. Les bases manquent et les causes de la délinquance demeurent.
L’afflux des mineurs dans nos prisons signifie que quelque chose va mal dans notre tissu social. Un tel phénomène n’est pas sans sans causes. Nous en connaissons certaines : la démission de familles où les parents sont dépassés par leurs problèmes personnels. S’ils ne parviennent pas à s’en sortir, comment les enfants peuvent-ils avancer ?
Mais bien souvent il n’y a pas de vraie famille : père inconnu ou absent d’une façon ou d’une autre, mère à la recherche de son équilibre, enfant ballotté entre les familles d’accueil et les foyers, témoin de l’alcoolisme ou de la violence de l’un des parents ou des deux. Trop souvent c’est la grand-mère qui sauve la situation et fait ce qu’elle peut.
Le chômage, l’alcool, le zamal, la pornographie, la société de consommation, la violence qui affleure partout, à commencer par la télévision... tout cela contribue à détruire les familles, à ébranler l’équilibre et des parents et des enfants.
Il faut ajouter trop souvent l’absence de base scolaires. Combien arrivent, sachant à peine lire et écrire... ou pas du tout. Ils n’ont jamais appris à réfléchir. Ils se contentent de réagir. Leur culture religieuse est, la plupart du temps, inexistante. Pourtant ils ont presque tous été au catéchisme.
Quel catéchisme ? Fait dans quelles conditions ? La question mérite d’être posée. Tout reste superficiel.
Des jeunes chrétiens se convertissent à l’islam parce qu’ils rencontrent de jeunes musulmans convaincus quand eux sont incapables de rendre compte de leur foi. Cette situation devrait nous alerter !
La prison n’est pas une solution. Les conditions dans lesquelles se passe la détention des mineurs ne favorise aucune prise en charge éducative. Ils sont trois par cellule.
Le personnel pénitentiaire, trié sur la volet, est insuffisant en nombre et il est débordé par l’afflux des jeunes.
Les activités permettent un peu d’école (mais là aussi le personnel est débordé), le loisir du sport, quelques activités pour quelques-uns.
Mais soyons clairs : rien de sérieux ne peut être entrepris dans un tel contexte. On ne peut que craindre que cet entassement ne favorise la délinquance à venir. Car demain les mineurs seront devenus majeurs.
Que faire ? Le problème dépasse les possibilités de chacun d’entre nous.
Il est cependant important que chacun prenne conscience que ces jeunes ne sont pas nés délinquants. Ils le sont devenus.
Les parents ne sont pas seuls responsables. Eux-mêmes ont été mal préparés à leur métier de parents.
Prenons conscience que notre société de consommation a sa part de responsabilité. Prenons conscience que les délinquants naissent dans des familles pauvres et que la plupart des familles pauvres le sont de génération en génération, sans pouvoir s’en sortir. C’est ça aussi le libéralisme !
Prenons conscience qu’il n’y a pas de travail, pas de projet d’avenir à proposer aux jeunes qui, comme ceux-ci, n’ont aucune formation et donc pas de but à atteindre.
À ce stade, la délinquance n’est pas seulement un problème qui concerne nos autorités. C’est un problème politique.
La prison est un bon critère pour dire l’état d’une société. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la nôtre se porte mal.
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Mi koné pa kossa zot i panss kan zot lé an parmi. Mi oi bien zot i rogard lé z ‘inn épi lé zot. Mi oi bien tazantan sa i di azot kékshoz. Tète-la (…)
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