L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
À 22 heures 20 sur Tempo : ’Diégo l’interdite’
20 mars 2006

Réalisation, scénario, et montage : David Constantin. Interviews et enquêtes : Shenaz Patel.
En 1966 la Grande-Bretagne décida d’exciser l’archipel des Chagos, au Nord de l’océan Indien, du territoire de l’Ile Maurice en échange de l’indépendance de cette colonie. La population de l’archipel, les Chagossiens, fut déportée de sa terre natale vers l’Ile Maurice. La Grande-Bretagne loua ensuite l’archipel des Chagos à bail aux États-Unis qui installèrent une base militaire sur la plus grande île : Diego Garcia. Cette base sert depuis le 11 septembre 2001 de point de départ aux attaques des B52 sur l’Afghanistan. L’Ile Maurice, pour sa part, réclame toujours le retour de l’archipel sous sa souveraineté, mais, en dépit des lois internationales interdisant le démembrement des anciennes colonies, ces revendications sont restées sans écho. Mais les Chagossiens ont continué le combat. En novembre 2001, trente-cinq ans après leur exil forcé, la Haute Cour de Justice de Londres déclara illégale la déportation des Chagossiens et leur donna le droit de retour sur leur terre. Une première tentative de retour fut reportée en raison des évènements du 11 septembre. Derrière cet épisode sombre de la décolonisation se cache la tragédie longtemps ignorée d’hommes, de femmes et d’enfants déportés du jour au lendemain, privés d’une vie en phase avec la nature pour être jetés dans les bidonvilles de Port-Louis. Vivant dans une extrême pauvreté et dans un pays qui ne voulait pas d’eux, certains d’entre eux moururent de chagrin, d’autres se suicidèrent et la plupart dépouillés de leurs maigres économies par des individus peu scrupuleux.
Ce film parle de déportation, d’exploitation, de mémoire et d’espoir. Ce film parle de gens "kidnappés" de leur propre pays et dont le sort n’est même pas connu de ceux dont ce rapt est supposé assurer la paix et la sécurité.
Ce soir, Tempo va nous faire découvrir la vie pas très reluisante de ces déracinés au nom de la raison d’État.
À part dans l’océan Indien, très peu de monde connaît l’histoire des Chagossiens et pourtant ce crime a été perpétré au nom de deux grands pays démocratiques, la Grande-Bretagne et les États-Unis d’Amérique. Bien entendu, aucun de ces deux pays ne fait de publicité autour de cette affaire et les Chagossiens continuent de pleurer leur pays volé en traînant leur malheur dans les bidonvilles de Port-Louis. Le documentaire que nous verrons ce soir nous raconte leurs vies et pointe du doigt cet acte innommable perpétré par les Anglais, le déracinement d’un peuple tout entier pour faire don de ce petit paradis aux Américains afin qu’ils puissent exporter leur hégémonie dans notre région du monde.
Le film de David Constantin que nous verrons a reçu le grand prix européen de premier film et il n’est pas inconnu du public réunionnais. Il a été projeté en octobre 2004 dans la rétrospective “Afrique, îles et diasporas”, au Village Titan et si vous fouillez un peu sur le net, vous retrouverez l’excellent article de P. David paru le 4 octobre 2004 qui avait pour titre "L’idéal blessé du peuple chagossien", qui résume bien le drame du peuple des Chagos.
Des frères de misère
Alors c’est une chance pour nous que Tempo ait décidé de programmer ce documentaire. Les Chagossiens sont nos voisins, mais plus que des voisins, ils sont des frères de misère de tous les peuples de notre région, c’est pourquoi je vous recommande de réserver cet instant. Nous verrons comment on peut spolier des humains fiers et droits et comment depuis des décennies, il sont abandonnés à leurs sorts. Personne en Europe ne sait qui ils sont, osez la question à un Européen : "qui sont les Chagossiens ?", aucune réponse ne vous sera donnée.
Je me souviens avoir essayé de faire signer une pétition à un congrès politique en métropole pour le retour des Chagossiens dans leurs pays et lorsque je l’ai tendu à Dominique Voynet, ministre de l’environnement de l’époque, je me suis entendu répondre : "Chagossien c’est quoi ?" !
Sur Internet, vous trouverez un seul site vraiment consacré à cet archipel et à sa population, ce site est suisse, je vous le recommande vivement car il est très bien fait (http://www.chagos.org/).
Tout laissé sur place
Pour en terminer avec les Chagossiens et l’informatique, je me suis aperçu d’une chose, c’est que ce peuple est tellement ignoré du reste du monde, que même Bill Gates ne reconnaît pas ce mot dans son correcteur d’orthographe. Je terminerai en vous parlant du dernier voyage des Chagossiens vers l’exil, ce fut sur le "Nordvaer" (Le temple du Nord), un vieux rafiot qui expirera après sa dernière traversée, ce bateau était à l’origine, conçu pour recevoir pas plus de 10 passagers, et pourtant, selon certaines sources, à ce dernier voyage, il n’y avait pas loin de 300 passagers, ce qui explique que les habitants des Îles Chagos abandonnèrent tout sur place, débarquant à Port-Louis dans le dénuement le plus total.
Philippe Tesseron
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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