Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Employés communaux
Lors de la réunion d’octobre en préfecture
19 septembre 2003

La question des employés communaux date de près de cinquante ans. Depuis, certes, il y a eu des avancées : depuis les années 80/90, les communes de Sainte-Suzanne, Le Port et La Possession ont pris le dossier en main. Ce qui fait que lorsqu’en avril 1999, les mairies ont signé avec l’intersyndicale de la fonction publique territoriale un protocole d’accord relatif à l’intégration de ces communaux, l’effort à consentir, bien que très important, avait été planifié de longue date, un échéancier avait été élaboré. Aujourd’hui, en 2003, ces trois communes, parmi d’autres, ont intégré tout leur personnel. Et veulent passer à la deuxième phase, autrement dit la titularisation. Opération qui ne sera pas sans poser de problèmes, essentiellement financiers.
Comme le soulignait hier matin devant la presse Michel Séraphine, adjoint au maire du Port, « le statut du personnel communal est un problème de droit et d’égalité ». Et donc inscrit « dans la Constitution ». Puisqu’au Port, cette intégration est maintenant faite, il convient « de passer à la deuxième phase de la décentralisation » qui va voir des transferts de personnel et de compétences. Et si l’objectif est d’arriver à une fonction publique territoriale moderne et efficace, il est indispensable d’avoir, avant toute chose, une base statutaire saine et claire.
« Et la seule alternative, c’est la titularisation ». Pour atteindre cet objectif, la phase de l’intégration est indispensable. « Même si elle est critiquée par certains maires ». Lesquels avancent des arguments fallacieux, alors qu’il suffirait de comparer les bulletins de salaires pour comprendre que les agents n’y perdent rien, bien au contraire.
Car, en étant intégrés dans la fonction publique territoriale, ces agents communaux du Port, de La Possession et de Sainte-Suzanne ont, au fil des ans, ont vu leur salaire être aligné sur la fonction publique territoriale métropolitaine, ont vu leur qualification et leur ancienneté prises en compte, ont bénéficié de la nouvelle bonification indiciaire, ont reçu le supplément familial de traitement (SFT), bénéficient de chèques déjeuner. Sans oublier la création de structures destinées à favoriser les conditions de travail (commission technique paritaire, comité hygiène et sécurité, par exemple). Ou la possibilité de suivre un plan de carrière. De "monter d’échelon" et parfois de grade. Ou de « profiter de promotions internes », expliquait Roland Robert.
Une évolution qui, au Port, par exemple, s’est faite en près de 20 ans. Qui a permis à certains agents, comme à Sainte-Suzanne, expliquait Maurice Gironcel, « de voir leur salaire augmenter de 1.500 à 2.000 francs avec le SFT ». Et Roland Robert de préciser : « Nous avons procédé à une véritable avancée, puisque nous avons réduit la précarité chez les ex journaliers communaux ».
Les communaux ont donc été intégrés, les communes ont fait des efforts financiers très importants (voir encadré). Des efforts qui devront encore être faits, si l’on veut passer à la deuxième phase, autrement dit la titularisation. C’est bien l’objectif de la réunion de la commission ad hoc créée, réunissant les maires (et leur association), l’État (via le préfet), et les salariés (avec l’intersyndicale). Michel Séraphine expliquait que la tâche de cette commission allait aborder deux autres questions : juridique d’abord, financière ensuite. La première, le cadre dans lequel inscrire le personnel communal, peut être aisément définie. La seconde sera plus problématique, puisque touchant les finances.
À titre d’exemple, une étude de l’Association des maires, datant de 1997, a fait ressortir qu’il en coûterait plus de 500 millions de francs pour régler la question de la retraite (et le rattrapage). Aucun chiffre n’est encore avancé pour estimer ce que cela coûterait pour les communes de procéder à la titularisation de leur personnel, avec prise en compte de la sur rémunération.
L’idée serait donc, expliquait Michel Séraphine de trouver « un équilibre entre 0% et 53% », autrement dit entre le salaire de la fonction publique métropolitaine et la fonction publique à La Réunion. « Cette question de la sur-rémunération n’est plus un sujet tabou », renchérit Roland Robert. Et Maurice Gironcel de préciser qu’il fallait aussi prendre en compte le fait que l’on ne puisse arriver à une « fonction publique à deux vitesses », crainte formulée légitimement par les syndicats. L’adjoint portois concluait : « Les trois communes - Le Port, La Possession, Sainte-Suzanne - sont prêtes à apporter leur contribution à cette réunion, afin que l’on parvienne enfin à la reconnaissance du personnel communal comme partie intégrante de la fonction publique ».
| Évolution de la masse salariale |
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| • Au Port : la masse salariale a augmenté de plus de 7 millions de francs, lorsque les élus ont décidé, via une délibération du Conseil municipal, de procéder au rattrapage des salaires sur ceux de la fonction publique territoriale métropolitaine.
• Toujours au Port, une nouvelle étape a été franchie lorsque les élus ont décidé de prendre en compte l’ancienneté des agents, telle que prévue par les statuts : la masse salariale a été augmentée de plus d’un million de francs. • Aujourd’hui, la masse salariale 2003 des journaliers de la commune du Port se répartit ainsi : plus de 8 millions d’euros pour le traitement de base, plus de 48.000 euros pour les primes, 21 millions d’euros pour la nouvelle bonification indiciaire, 308.000 euros pour le supplément familial de traitement, 211.000 euros pour les heures supplémentaires et plus de 3 millions d’euros pour les charges de l’employeur. Soit un total de plus de 12 millions d’euros. • À Sainte-Suzanne, la masse salariale, sur quatre ans, a augmenté de plus de 40% : elle était de plus de 57 millions de francs en 1999, atteignait plus de 68 millions en 2000, puis plus de 71 millions en 2001, 78 millions en 2002, avec un prévisionnel pour 2003 de plus de 83 millions de francs. • À Sainte-Suzanne toujours, la simulation du coût de l’intégration du personnel journalier, pour la période 1999/2003 est impressionnante, comme le montre le tableau ci-dessous. |
| Quel financement ? |
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| Le Port, La Possession, Sainte-Suzanne - comme d’autres communes, d’ailleurs - ont fait de lourds efforts budgétaires pour financer l’intégration de leur personnel journalier. Mais aujourd’hui, quel financement pour la titularisation de ce personnel ? |
| En face de la masse salariale dépensée pour l’intégration de son personnel journalier, la mairie du Port a donné quelques chiffres sur la fiscalité. En 2003, la taxe d’habitation a rapporté plus de 2 millions d’euros, la taxe sur le foncier bâti en a rapportés plus de 5, et la taxe sur le foncier non bâti s’élevait à 41.000 euros. Soit un total de 7 millions 680.000 euros. À mettre en parallèle avec les 12 millions d’euros représentant la masse salariale pour 2003. Par ailleurs, la question du rachat des cotisations de retraite posera un problème économique, dans le sens où les sommes ne resteront pas à La Réunion mais partiront dans des caisses situées en France. La Réunion se retrouvera alors privée d’une masse financière importante. Quelles solutions seraient envisageables ? L’augmentation de la dotation globale de fonctionnement ? L’octroi d’une dotation spécifique ? Mais les trois maires de poser cette question : « qui doit supporter cet effort financier qu’il convient de faire ? ». Et c’est là où la question se heurte à des prises de position divergentes. Du côté du Ministère de l’Outre-mer, après avoir dit que l’État allait accompagner le mouvement, on s’est réfugié derrière le fait que cela concernait les communes. Or, comme le soulignaient les maires, ce ne sont pas les communes qui ont décidé de l’octroi d’une sur rémunération pour la fonction publique. C’est bien l’État. Comment celui-ci va-t-il se positionner ? C’est là l’un des enjeux essentiels de la réunion d’octobre, en préfecture. Et les maires communistes d’espérer que cette question soit réellement abordée, que l’on ne s’en tienne pas uniquement à un constat de la situation. |
| Question d’effectifs |
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| Maurice Gironcel était clair : la fonction publique territoriale, et plus particulièrement la fonction publique communale, n’est pas - loin de là - en sur-effectif. La preuve : l’embauche de personnes en contrats précaires - comme CES, CEC, CIA, CEJ - est indispensable, pour que les communes répondent aux missions de service public qu’elles ont à assumer. Exemple à Sainte-Suzanne : sur un total de 996 personnes, 64 sont titulaires, 16 sont contractuels, 274 sont intégrés, 164 ont un contrat emploi consolidé, 78 un contrat emploi-jeune, 5 sont apprentis, et 395 ont un contrat emploi solidarité. Au Port, sur un total de 675 agents au 31 août dernier, 527 étaient des agents non titulaires intégrés, 78 étaient des agents titulaires, 23 étaient des contractuels, 47 des contractuels occasionnels. Personnel auquel il faut rajouter 486 personnes en CES, 12 en CEC (gérés directement par la commune) et 86 en CEC (gérés par le CCAS). Rappelons quelques chiffres que nous publiions en août dernier : il n’y a pas eu d’évolution dans les effectifs de la fonction publique territoriale (communes, conseil général, conseil régional) puisqu’ils ont diminué entre 1989 et 1998. Si en 1989, on comptait 21.318 agents, en 1998, on comptait au total 20.429 (sources : TER 2002/2003). Or, entre temps, la population a augmenté : elle est passée de 596.800 personnes en 1990 à 692.200 en 1998. Soit en 8 ans, une augmentation de 95.200 personnes. Théoriquement, on aurait dû, au cours de la même période, créer un nombre de postes équivalent au nombre d’agents travaillant... dans une commune de 95.000 habitants. Cela n’a pas été le cas. |
| Égalité ? |
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| Peut-on aller réellement vers l’égalité entre les deux fonctions publiques, fonction publique d’État et fonction publique territoriale ? Il est bien évident que, même si l’on arrivait à appliquer le principe d’une sur rémunération de 53% pour la totalité de la fonction publique territoriale de La Réunion, il n’en resterait pas moins vrai que la fonction publique d’État bénéficie de certains autres avantages. Comme par exemple l’indexation de 35% sur les retraites. Ou sur les congés bonifiés. Il y a toujours eu des différences entre les deux fonctions publiques - sans parler de la fonction publique hospitalière -, même pour les titulaires. |
Courrier des lecteurs
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