Prospective

Des défis et des enjeux mais aussi des ’leviers’ à actionner

L’étude du Conseil économique et social régional sur La Réunion à l’horizon 2020

27 mars 2003

’Témoignages’ a annoncé hier la parution d’une étude fort intéressante réalisée par la commission ’prospective’ du Conseil économique et social régional (C.E.S.R.) sur les ’enjeux et défis de La Réunion à l’horizon 2020’. Comme nous l’avons signalé, cette brochure expose d’abord les études des données actuelles et les extrapolations envisagées pour l’avenir. Celles-ci sont illustrées par les « fables » (ces « fables ne sont-elles que des fables ? » interroge le CESR). Ensuite, la section ’Prospective’ propose une liste de « leviers prioritaires » à actionner pour permettre à La Réunion de se développer.

Le problème de fond soulevé par la commission "prospective" du C.E.S.R. sur les "enjeux et défis de La Réunion à l’horizon 2020" est simple à poser : « Pouvons-nous influer quelque peu sur notre avenir ? Avons-nous les moyens d’action ? ».
Et la commission de lancer le bouchon plus loin : « Les hommes politiques ont-ils des moyens à leur disposition pour orienter l’avenir dans le sens désiré ? Quelles sont les commandes dont ils disposent ? ».
Sans tabou, les membres du C.E.S.R. évoquent des solutions connues ou moins connues, visibles ou invisibles, utilisées ou non car dites « politiquement incorrectes »… voire très discutables ou franchement choquantes.

Contrôler l’immigration

Pour « maintenir une action structurante sur la démographie », les auteurs proposent des leviers pour la natalité : « action de vigilance (information, sensibilisation, contraception), sur l’âge des premières naissances, élément de fécondité élevé, sur des groupes de populations migrantes, à haut niveau de fécondité ».
Et des actions sur le thème "migration", à mi-chemin entre cette question démographique et cet objectif d’« amplifier la mobilité des hommes et des idées ».
Les auteurs parlent d’un « contrôle de l’immigration : importer les compétences dont a besoin La Réunion, lutter contre les filières d’immigration clandestine », et « une dynamisation de l’émigration : faire acquérir des compétences et créer des réseaux ». Ce qui s’accompagne d’une autre mesure : « positionnement fort de l’État français pour mieux soutenir les efforts de développement des pays de la zone, y compris Mayotte ».

Mobiliser la diaspora réunionnaise

Autre "levier", cette fois sur la continuité territoriale : « réduction - maîtrise des coûts des transports aériens », et une idée rarement émise : « la création et la mobilisation d’une diaspora réunionnaise pour la promotion des actions pour l’accueil et le soutien des Réunionnais ».
Quant aux mesures d’accompagnement, elles pourraient concerner « une action psychologique : valorisation de la mobilité et des réussite », et la mise en place de « dispositifs incitatifs et facilitateurs : guichet unique et portail mobilité, facilités au retour, création d’une association pour l’emploi des cadres, d’une association pour faciliter l’insertion des jeunes diplômés) », ainsi qu’un dispositif de « suivi de la mobilité ».
Et de suggérer une « meilleure maîtrise de l’anglais et autres langues étrangères ».

Organiser l’espace

Dans l’objectif de « refonder les politiques éducatives de formation et de recherche », la section "Prospective" évoque « les filières d’excellence », la nécessité d’une « cohésion sociale » basée sur la « performance du système éducatif pour la réussite des hommes, la lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme ».
Puisque l’aménagement du territoire est un axe fort, le groupe propose des pistes pour « organiser l’espace en mettant en œuvre des politiques foncières et des politiques de déplacement et de transport ».
Ces politiques foncières pourraient avoir des "fonctions" « habitat, urbaine, production agricole et pastorale, production industrielle, espace de respiration et de loisirs, espace naturel ».
Quant au transport, la section voudrait voir « améliorer les infrastructures (routières, portuaires, aéroportuaires), et promouvoir les transports publics de personnes et de marchandises ».

Baisser le coût du travail

Bien évidemment, puisque la section "Prospective" a évoqué la question de l’emploi, elle devait s’attacher au secteur économique. L’un des leviers pour « forger la compétitivité de l’économie réunionnaise » passe par la diminution du « coût des facteurs de production : coût du travail, coût du capital, coûts logistiques ». Et de suggérer une action « sur la fiscalité ».
Et pour « accroître la productivité (et les compétences) » le groupe d’étude propose « d’encourager l’entreprenariat », ou faire du « lobbying auprès des groupement de la zone (SADC, IOR, COMESA) » et « faire rimer coopération régionale avec business ». On est loin des préoccupations uniquement culturelles et sportives définies par certains...

Décentraliser

Ce document, rappelons-le, a été écrit en septembre 2002. Donc en plein débats sur la décentralisation. Et rappelons également que les conclusions avaient été diffusées, à ce moment-là, à tous les élus. Y compris un certain sénateur. Lequel n’a pas dû lire ce qu’avait écrit le CESR : « Oser une véritable décentralisation et une réelle déconcentration des services de l’État (pouvoirs et moyens) et supprimer les lourdeurs administratives ». Il proposait également un « lobbying extérieur auprès de l’Europe » avec la « création d’un Maison de l’Europe », et l’installation d’un « comité de pilotage de l’économie, avec des "ambassadeurs" de l’économie réunionnaise ».
Un dernier rappel : la section "Prospective" du CESR a voulu explorer toutes les pistes, proposer tous les leviers. Y compris ceux qui sont jugés comme « politiquement incorrects ». Cette option « poil à gratter » du CESR a, sans nul doute, dû en démanger plus d’un à La Réunion.

Et avant de tout renvoyer au mieux aux calendes grecques, au pire, à la poubelle, si l’on mettait tout cela en débat, pas seulement dans une salle calfeutrée, climatisée, avec des "invités" triés sur le volet, mais dans les établissements scolaires comme sur la voie publique ?

Pourquoi 2020 ?
Pourquoi avoir choisi l’échéance de 2020 ? La réponse du CESR est claire : « Le choix de l’horizon est important : souvent, dans l’image perçue de l’avenir, se mêlent des tendances valables avant et après cet horizon : cet horizon est choisi en fonction de la volonté réelle des acteurs de porter le changement souhaité, de l’inertie du système, de l’échéancier des décisions à prendre, du pouvoir de décision et des moyens d’action.

2020 a été choisi dans un souci de cohérence avec le niveau national compte tenu des réflexions de la DATAR, des schémas des services collectifs... qui portent sur cet horizon temporel.

2020 a également été choisi pour une meilleure connaissance de certains paramètres liées à la démographie. Comme l’indique l’INSEE (dans "Économie de La Réunion" - dossier projection 2020 à la page 20), "les générations qui auront plus de vingt ans en 2020 sont déjà nées". Cette donnée induit une assez bonne connaissance (hors effets migratoires qu’il est difficile de maîtriser) de certains paramètres, notamment la population active (toutes choses égales par ailleurs), les personnes âgées... ».


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