Arts plastiques

Des nœuds, des liens et une fusion totémique

"Woman on peacock" de Mrinalini Mukherjee à la Foire internationale des Mascareignes

15 novembre 2003

À l’occasion de l’édition 2003 de la Foire internationale des Mascareignes, qui se déroule jusqu’à demain à la Halle des Manifestations du Port, consacrée cette année à l’Inde, le Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC) présente en exclusivité une sculpture indienne. Cette œuvre, due à l’artiste indienne Mrinalini Mukherjee, est intitulée "Woman on peacock" ("Femme assise sur un paon"). Elle est le premier élément d’un ensemble d’acquisitions du FRAC Réunion.
En effet, l’idée des responsables du FRAC est de constituer un fonds unique en adoptant opportunément une position "inter-culturelle" au sein du comité technique d’acquisition, en tirant bénéfice d’une position politico-géographique unique pour un FRAC (celle d’être au carrefour de cultures ayant été à l’origine du peuplement de La Réunion).

Mrinalini Mukherjee

Fille unique du couple d’artistes indiens Benode Behari et Leela Mukherjee, Mrinalini Mukherjee est née à Bombay en 1949. De 1965 à 1970, elle étudie la peinture à l’université de Baroda. Après 1972, un diplôme d’art mural en poche, elle démarre ses premiers travaux sous la direction du fameux professeur d’art plastique KG Subramanyan. Cette période marque l’entrée des fibres naturelles comme "médium" essentiel dans son œuvre. Dès lors, elle enchaînera les expositions à travers tout le continent indien, que ce soit seule ou en exposition collective.
Elle se verra plusieurs fois distinguée par des prix aussi prestigieux que celui du British Council Scholarship pour ses sculptures. Après avoir été exposés dans plusieurs grandes villes de Grande Bretagne, ses travaux traversent la Manche et sont montrés en 1996 en Hollande.
De plus en plus d’observateurs découvrent en Mrinalini Mukherjee une des expressions les plus "éclairantes" de l’art contemporain indien de ces dernières années. Ses sculptures - faites d’entrelacs et de cordes trempées dans les couleurs les plus vives - évoquent le plus souvent la fécondité, le jaillissement de la vie, le bouillonnement des énergies subtiles, le foisonnement végétal des contrées mystérieuses de son enfance…
Présente dans presque toute son œuvre, une note d’érotisme - avec parfois une dose de sensualité - se manifeste à travers d’incidentes failles, dans les courbes et dans les drapés.
Mrinalini Mukherjee vit et travaille à Delhi.

"Woman on Peacock"

Selon Deepak Ananth, professeur en Histoire de l’Art à l’Ecole des Beaux Art de Caen (France), membre du Comité technique d’acquisition du FRAC Réunion, "L’imaginaire du nœud" pourrait être une façon de résumer l’œuvre de Mrinalini Mukherjee, car c’est à travers cette pratique "artisanale" qu’elle élabore ses sculptures anthropomorphiques.
Le nœud est avant tout un lien : ce sont les tresses de jute, teintées dans les couleurs à la fois sourdes et profondes, qu’elle noue afin de faire proliférer, telles les lianes, des formes végétales ou organiques. C’est la répétition des nœuds qui lui permet d’ériger des totems imposants, à partir d’une armature en métal rudimentaire.
Les nœuds tissent, pour ainsi dire, une texture, un réseau, une pléthore de plis qui dessinent des formes à la fois tendues et molles, graves et voluptueuses.
Depuis toujours, le nœud a une résonance symbolique. Dans la pratique de Mrinalini Mukherjee, les références archaïques et classiques de la sculpture indienne se mêlent aux allusions contemporaines.
"Femme assise sur un paon" - telle une déesse (archaïque ou profane) qui prend son aise sur celui qui a l’habitude de se pavaner - est l’emblème d’un élan fusionnel. « Les nœuds sont légions, mais le lien est singulier », conclut le critique d’art.


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