Culture et loisirs

Des petits bénédictins de Bras-Fusil réalisent leur dessin animé

Visite d’un atelier d’animation du court-métrage

6 août 2003

Une dizaine de gamins du quartier de Bras-Fusil à Saint-Benoît auront eu la chance durant leurs vacances de s’initier à la création d’images d’un court-métrage et d’éveiller peut-être en eux une future vocation de réalisateur.
À l’initiative d’Armand Dauphin - président du Ciné(F)estival et de son équipe d’animatrices -, c’est Frédéric Hainaut, réalisateur belge de courts-métrages, qui a été invité à dévoiler ses secrets du monde de l’animation aux enfants réunionnais.
Comme Olivier Fallaix (voir "Témoignages" du lundi 4 août), autre intervenant de ce festival, Frédéric Hainaut est venu découvrir pour la première fois dans notre île le potentiel imaginaire de notre nouvelle génération.
Voilà déjà deux semaines que l’équipe de Ciné(F)estival et ses divers intervenants s’activent pour mener à bien les vacances des enfants n’ayant pas les moyens de voyager loin de leur lieu d’habitation pendant les congés scolaires.
À l’école élémentaire de Bras-Fusil ce lundi, la classe prend l’allure d’un atelier créatif, où les enfants laissent libre court à leur imagination fructueuse face à Frédéric Hainaut. Mais il faudra faire vite car en l’espace de cinq jours, un petit film de 4 minutes sera monté avec la même équipe. Pour leur premier jour d’atelier, la diversité des âges (de 8 ans à 13 ans) aura permis de rendre la concertation des idées plus enrichissante.
"L’écriture du film s’est faite dès cette matinée, alors que nous pensions arriver à ce stade que dans l’après-midi", s’est étonné Frédéric Hainaut avant d’ajouter : "Chaque enfant a donné ses envies, sa façon de voir les choses. Il est sûr qu’ils puisent davantage leurs sources dans la télé ou la play-station qu’au cinéma pour inventer leur synopsis. Ils ont eu envie de faire une histoire drôle, parlant de gorilles, de pêche et finalement nous avons abouti à la main verte".
En effet, c’est le monde du fantastique qui a été retenu unanimement par les enfants. Filles comme garçons, peut-être influencés par la vague "Pottermania", se sont retrouvés à écrire "Le mystère de la maison hantée". Sur le tableau d’école, défilent la chronologie et l’intrigue du scénario.
En résumé, ce serait l’histoire d’un homme qui sera condamné pour vol et dont la main "verte" (influence de "La famille Adams", selon les animateurs) aura été amputée comme punition en 1860. Cent-vingt ans plus tard, cette main verte se retrouve exposée dans un musée. Mais voilà, celle-ci décide se faire la belle et part à la recherche de son trésor enfoui…
Parallèlement, un groupe d’enfants part visiter une maison hantée et découvre l’existence d’un trésor. Lors d’une nouvelle expédition, trois enfants disparaissent après avoir réussi à tuer "la main verte". Que leur arrive-t-il ? Mystère, on découvrira le dénouement d’ici le 10 août, lorsque le produit final sera présenté aux spectateurs. Pour mettre l’eau à la bouche, ce sera l’élan de générosité des marmailles qui clôturera le dessin animé.
Après l’écriture de cette histoire, c’est l’étape du "storyboard" qui a été expliquée par le cinéaste. Cette étape consiste à découper l’histoire en plusieurs chapitres et de la traduire en images. Trois équipes d’enfants, répartis en fonction du nombre de parties du film, se sont lancées dans les prémices du dessin. "Rien de très compliqué au début, pas de dessin élaboré. Vous pouvez simplement schématiser, c’est juste pour établir des séquences…", souligne avec patience le réalisateur à Lionel (8 ans et demi), Jonathan (13 ans) et à Samuel (11 ans). Ces derniers, tout emballés, sont excités d’avance : "ce qui est intéressant, c’est que tout le monde participe. Nous pouvons tous donner nos idées et les rassembler…", déclare le petit groupe d’études.
De table en table, les petits doigts agiles s’exercent aux crayons et mettent en ébullition, sans aucune difficulté, leur monde imaginaire.
"Nous sommes dans la classe depuis 8 heures ce matin. Et jusqu’à midi, aucun d’entre eux n’a fait une pause, n’en a réclamée ou s’est dispersé", s’enthousiasme Frédéric Hainaut. Midi tapante, les responsables du centre aéré sont obligés de revenir à plusieurs reprises pour que les enfants se détachent de leurs œuvres et pensent au ravitaillement de leur estomac.
Après une pause bien méritée, les prochains jours laisseront place à la création des accessoires, du décor, des personnages, à l’enregistrement des voix off, aux prises de vue et aux montages. Des journées bien remplies que les petits bénédictins de Bras-Fusil n’oublieront sûrement pas de si tôt.

Anne KidouG

Pour en savoir un peu plus sur Frédéric Hainaut
C’est au mois d’avril de cette année, lors du festival du court-métrage de Saint-Benoît, que les animateurs de Ciné(F)estival ont découvert ce réalisateur belge. Frédéric Hainaut a débuté ses films d’animation en 1994 avec "Zist". Il réalise par la suite "Jeanne et Pablo", "Around the ring" (projeté et remarqué à Saint-Benoît lors du festival) et parcourt de nombreux festivals d’animation à travers le monde (Tchéquie, Angleterre, Brésil, Chili, Turquie, Australie, France, Russie, Hongrie etc.).
Frédéric Hainaut a aussi travaillé sur le long métrage de Jean-Jacques Pruner "Eugénio". Dans le domaine théâtral, il est plus connu sous les traits de décorateur et d’assistant de mise en scène. Illustrateur d’un livre pour enfants ("39 doigts et 4 oreilles") aux éditions Les Éperonniers (1998), il dessine également pour les journaux et crée des affiches.

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