Coopération régionale

Des semailles prometteuses

Visite du secrétaire général du COMESA dans le Sud

18 septembre 2003

« Nous avons été extrêmement surpris par les différentes industries que nous avons visitées ce matin. En particulier, dans le domaine de l’énergie, sur ce que nous avons vu à l’usine du Gol ». À l’issue de sa visite dans le Sud, le docteur Erastus Mwencha, secrétaire du COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe), ne cachait pas, derrière une apparente placidité, sa satisfaction d’avoir pu toucher du doigt une réalité réunionnaise que parfois des Réunionnais eux-mêmes ne soupçonnent pas. Nous sommes en effet des dizaines de milliers à emprunter la quatre-voies devant l’usine du Gol. Mais qui se douterait que dans ce lieu, la production d’énergie à partir de la bagasse est une technologie de pointe ? Combien d’entre nous savent que dans l’énergie électrique qui nous éclaire, qui fournit l’alimentation de l’ordinateur servant à rédiger cet article, la canne prend une place certaine ?

Transferts de technologie

Après un passage sur le campus universitaire du Tampon et une rencontre avc des étudiants et des enseignants, le secrétaire général du COMESA ne cachait pas son étonnement devant autant de moyens mis à la disposition de la formation. Après ce qui pourrait paraître comme de la théorie, le passage par l’usine sucrière du Gol et la centrale thermique bagasse-charbon fut plus qu’une manière de toucher du doigt la pratique. L’énergie, on le sait, est la base même du développement industriel d’un pays. Et l’utilisation d’une ressource telle que la bagasse a intéressé au plus haut point le secrétaire général du COMESA. Sur ce point, d’éventuels transferts de technologie pourraient constituer un axe fort de coopération.

« Un savoir-faire réel à La Réunion »

Après le Gol, cap sur la zone d’activités de l’Étang-Salé. Première unité visitée sur ce site, l’abattoir de volailles Crête d’Or, où chaque semaine, quelque 120.000 volailles (poulets, canards, dindes, pintades…) sont abattues. Des volailles qui viennent de 120 unités de production réparties sur toute l’île pour alimenter un marché réunionnais absorbant 125.000 tonnes chaque année.
« Il faut souligner que 1.000 tonnes de volailles, cela représente d’un bout à l’autre de la filière 70 emplois », faisait remarquer Maurice Cerisola, dirigeant de Crête d’Or et président de l’ADIR, l’Association pour le développement industriel de La Réunion.
En matière de coopération régionale, Crête d’Or est déjà de la partie, avec des implantations à Mayotte et Madagascar. « Un moyen de donner du travail, c’est de répondre sur place, autant que faire se peut, aux besoins que nous avons, même si cela est parfois contradictoire avec notre appartenance à l’Europe », expliquait Maurice Cerisola qui concluait son intervention en ces termes : « Nous avons un savoir-faire réel à La Réunion qui n’a rien à envier à ce qui se fait dans l’hémisphère Nord ».

Maîtrise technologique

Et c’est justement ce savoir-faire qui intéresse le secrétaire général du COMESA, qui déclare avoir vu, au cours de sa visite, des standards de fabrication répondant aux normes européennes les plus strictes. Ce fut le cas lors de la visite de Crête d’Or, avec la constatation de visu à la fois d’un savoir-faire, mais aussi de normes de production et de maîtrise de la filière.
Ce fut également le cas pour la visite de la boulangerie industrielle Yong. Une affaire familiale lancée en 1979 qui a connu une transformation radicale avec l’implantation d’une unité industrielle de 6.000 mètres carrés dans la zone d’activités il y a deux ans. Un investissement de 90 millions de francs pour une production dont les chiffres donnent le tournis : 16.000 baguettes de pain produites par heure, 22.000 viennoiseries (pain au chocolat, pain au raisin…) par heure, avec à la clé une centaine d’emplois créés.
Au-delà des chiffres qui restent malgré tout dimensionnés au marché réunionnais, c’est l’importance des investissements et la maîtrise technologique, le fameux savoir-faire qui ont fait forte impression sur le secrétaire général du COMESA. Comme il le dit lui-même, ces standards de production à l’européenne constituent un atout important pour l’industrie réunionnaise.

Semailles

Reste maintenant à concrétiser ces premières impressions qui, aux dires des différents membres de la délégation présente hier, furent prometteuses. Il faudra être à la fois modeste et patient. Comme l’expliquait Jean-Paul Monchau, ambassadeur de France au Malawi et en Zambie, ces futurs échanges et les contacts engagés se placent dans le cadre d’une coopération naissante, puisque les relations formelles entre le COMESA et la France ont véritablement débuté en janvier 2003. Il se trouve également que parmi les 20 pays membres du COMESA, quatre sont géographiquement voisins de La Réunion : les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles. Autant de pays avec lesquels nous entretenons depuis longtemps des liens forts.
Hier, on a assisté en quelque sorte à des semailles. Il faudra laisser le temps pour que germent les bonnes intentions affichées et qu’au moment de la récolte, chacun y trouve son compte.

COMESA, ko sa sa ?
Le COMESA est la traduction anglaise du Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe (hors l’Afrique du Sud). Ce marché commun, créé en 1994, compte 20 pays adhérents pour 400 millions d’habitants et a pour but de promouvoir l’intégration régionale par le développement du commerce et de mettre en valeur leurs ressources naturelles et humaines dans l’intérêt mutuel de leurs populations. Le siège du COMESA est à Lusaka, en Zambie.
Les 20 pays membres du COMESA ont décidé de devenir une union douanière en 2004 avec des taux de tarif extérieur communs de 0% sur les biens capitaux, 5% sur les matières premières, 15% pour les produits intermédiaires ou semi-finis et de 30% sur les produits finis et biens de consommation. À plus long terme, le COMESA envisage la création d’une monnaie unique en 2025. D’ici là, les différents membres ont convenu d’harmoniser leur politique monétaire et fiscale.
D’une île au monde…
En janvier dernier, c’est une délégation de haut rang de la République populaire de Chine, emmenée par un vice-Premier ministre chinois, qui a fait escale dans notre île pour envisager différents axes de coopération économique entre nos deux pays. La Chine, rappelons-le, est peuplée de 1,3 milliards d’habitants. Cette fois, c’est le secrétaire général d’une organisation regroupant 20 pays et forte de 400 millions d’habitants qui vient nous rendre visite et qui se dit impressionné par ce qu’il a vu, constaté et qui estime que des échanges sont possibles entre notre île et cet ensemble de pays de la région. Rarement l’expression "d’une île au monde" aura pris tout son sens. Aux acteurs économiques de jouer, et aux élus de leur faciliter, autant que faire se peut, la tâche.

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