Société

Des services publics à l’écoute
des larmes et des souffrances des femmes

Un appel de l’U.F.R. à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes

24 novembre 2003

La Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes sera célébrée demain, mardi 25 novembre. À La Réunion, où la violence frappe massivement les femmes, les associations se mobilisent et appellent à des dépôts de fleurs blanches à Saint-Denis et à Saint-Pierre. (voir encadré)
Dès hier, l’Union des femmes de La Réunion (U.F.R), qui s’associe à ces manifestations, a tenu à marquer le coup en tirant une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur les multiples - et souvent terribles - violences sociales et domestiques dont les femmes sont victimes partout dans le monde et dans notre pays. Mais également sur leurs causes et leurs remèdes.

Violences et résistances

Entourée de plusieurs dirigeantes de l’U.F.R., la présidente Huguette Bello a d’abord rappelé que les violences faites aux femmes à La Réunion - mais aussi les résistances des femmes à ces violences - ne datent pas de la création de ce type de Journée officielle. Les violences comme les résistances des victimes ont commencé dès le début du peuplement de notre pays et elles ont marqué toute notre Histoire.
Dès les premières heures qui ont suivi l’arrivée de Charles Payen à La Réunion avec un groupe de Malgaches en 1663, les femmes se sont révoltées contre l’oppression et contre l’esclavage. Ces luttes ont continué jusqu’à aujourd’hui et elles ont souvent permis d’étendre les droits des femmes.
On se souvient par exemple des luttes menées par les femmes au cours des dernières décennies pour leurs droits sociaux mais aussi pour le droit à l’I.V.G. et à la contraception, pour faire reconnaître le viol comme un crime, pour faire sanctionner le harcèlement sexuel etc… L’U.F.R. a pris toute sa part dans ces luttes.

« Une réalité terrible »

Malheureusement, comme on peut le voir tous les jours, l’oppression des femmes, les discriminations à l’égard des femmes, le manque de respect - et d’amour vrai - pour les femmes continuent. Ce mépris des femmes se manifeste dans la vie économique, sociale, politique, judiciaire et culturelle, dans les médias, à l’école etc… mais hélas également à la maison car « partout dans le monde, la violence contre les femmes commence souvent dans la famille, qui devrait être un havre de paix ».
Huguette Bello devait donner de nombreux chiffres illustrant cette triste réalité, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir. « Une réalité terrible », dit-elle, qui est souvent cachée par les femmes elles-mêmes et par leurs proches.
En effet, les victimes ont souvent tendance à se sentir quelque part coupables ou responsables de ce qui leur arrive. Elles ont honte pour elles-mêmes et/ou pour leur famille. Elles n’osent pas s’opposer à l’engrenage qui commence avec la première gifle acceptée. Elles n’ont pas d’autre solution que de se résigner.
Certaines trouvent la force de résister. Surtout quand elles ont le soutien de proches, comme cette femme du Sud de l’île qui a témoigné hier qu’elle est menacée de mort par son mari. (voir encadré)

Tous solidaires

En tout cas, il y a trop de femmes humiliées, battues, violées, sur-exploitées, prostituées. Il y a « trop de larmes, trop de souffrances », dit Huguette Bello, pour qui cette Journée de demain « nous concerne tous », car nous devons être solidaires - entre femmes, entre femmes et hommes - pour lutter ensemble contre ce fléau.
D’autant plus que « l’émancipation des femmes dans le monde marque le pas, l’élan dans la marche pour l’égalité entre les femmes et les hommes est souvent brisé », estime la présidente de l’UFR. Et de citer des tragédies comme celle de la pandémie du SIDA, avec plus de 40 millions de personnes infectées dans le monde, dont plus de la moitié sont des femmes.
Sur les centaines d’appels que l’UFR reçoit à sa permanence chaque année, un tiers sont des demandes de soutien face à des violences, dont plus de la moitié sont des violences conjugales. C’est pourquoi, affirme Huguette Bello, il est nécessaire d’agir toute l’année, pas seulement pendant une journée. « Il faut mettre en œuvre une vraie politique de sensibilisation, de prévention et d’aide aux femmes et aux enfants victimes de violences, comme pour la sécurité routière ».
Pour cela, les femmes ont besoin de services publics adaptés, performants, compétents et disponibles. Car le dispositif actuel pour venir en aide aux femmes victimes de violences n’est pas suffisant. « Il faut en finir avec ce droit de vie et de mort qu’ont certains hommes sur leur femme et leurs enfants ».
Et la situation des femmes ne s’arrange pas lorsque leurs acquis sociaux sont remis en cause par le gouvernement…

Une mère de famille en danger de mort
Appelons-la Mélanie et disons qu’elle vient du Sud de l’île, sans plus de précision, afin de préserver sa sécurité autant que faire se peut. Elle était hier au milieu des femmes de l’U.F.R., au siège saint-paulois de la permanence de Huguette Bello, à l’insu de ses proches et surtout de son mari. Elle a raconté le véritable calvaire qu’elle subit de la part de ce dernier depuis plusieurs mois.

Insultes, chantages, menaces, coups, tentatives de viol, menaces de mort… : aucun mauvais coup n’a manqué à Mélanie depuis février dernier. Elle s’est confiée à un couple de collègues, qui lui a apporté soutien et réconfort. Cela a encore augmenté la haine et les violences de son mari à son égard.

Sur les conseils d’un médecin, elle a décidé de porter plainte pour assurer sa sécurité et celle de ses enfants, qui sont également victimes de menaces et de coups. Les gendarmes lui ont dit « qu’ils ne peuvent rien faire, qu’il y a un vide juridique et que c’est la loi du plus fort ». Ils n’ont pas trouvé mieux que de convoquer le mari du couple ami pour lui demander « s’il n’avait pas eu… un flirt avec Mélanie ».

Celle-ci affirme qu’elle « vit un véritable cauchemar ». « Je vis la peur au ventre. J’ai déjà eu envie de me suicider mais je pense à mes enfants. Heureusement que j’ai eu l’aide de mes deux collègues et là je suis venue voir l’U.F.R. pour échapper à la mort ». Sera-t-elle entendue par les responsables concernés ?

Une autre femme a témoigné qu’elle a vécu le même drame avec son mari jusqu’à ce qu’elle parvienne à échapper à cet enfer des coups et des viols conjugaux. Mais elle non plus n’a pas obtenu l’aide qu’elle attendait des services de police après avoir porté plainte avec des certificats médicaux à l’appui : « Ce n’est pas une preuve que c’est votre mari l’auteur de ces violences », lui a-t-on dit.

L’UFR a également apporté son soutien à une jeune Chinoise, qu’un riche commerçant de La Réunion a fait venir de Chine pour l’épouser. En réalité, il en a fait une domestique et un objet de plaisirs, et il lui imposait la présence d’une autre femme au foyer…

Des manifestations à Saint-Denis et à Saint-Pierre
Mères humiliées, compagnes battues, filles violées, salariées bafoués, chaque jour qui passe apporte son lot de violence contre les femmes à La Réunion comme ailleurs. C’est pour dire assez à cette situation intolérable que l’ONU a instauré en 1999 une Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Dans l’île, les associations de défense des droits de la femme sont bien décidées à faire entendre leur voix et elles appellent les hommes à se mobiliser avec elles.

« La violence à l’égard des femmes est encore un sujet tabou. On n’en parle pas dans les salons. Pour beaucoup, c’est quelque chose de banal », notait Céline Lucilly, la présidente de la Fédération régionale de solidarité contre les violences, lors d’une conférence de presse tenue vendredi dernier.

Frédérique Lebon, déléguée régionale aux droits des femmes et de l’égalité des chances, avait ensuite ce commentaire inquiétant : « Les violences contre les femmes sont plus graves à La Réunion que partout ailleurs en France. Dans une société où la violence fait office de langage, c’est forcément dramatique pour les femmes ».

Les associations de défense des femmes invitent tous ceux qui se sentent concernés par cette lutte pour le respect à déposer des fleurs blanches toute la journée du mardi 25 novembre sur la place des Droits de l’Homme à Champ-Fleuri (Saint-Denis) et à partir de 15 heures sur la place de l’Hôtel de ville à Saint-Pierre.


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