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Discuter et négocier pour faire baisser la tension

Grève aux centrales thermiques de Bois Rouge et du Gol

21 octobre 2003

Menaces sur le service public

Pour la CGTR, en refusant le reclassement de membres de son personnel affecté dans les deux centrales du Gol et de Bois-Rouge, EDF se place dans une logique de privatisation, avec l’abandon de la production au profit du secteur privé. C’est dans cette même logique qu’il est demandé à certains membres du personnel de faire le choix entre continuer à travailler sous la tutelle d’EDF ou d’aller dans le privé. Illustration de cette situation : d’abord la construction de nouvelles tranches de production pour les deux centrales thermiques et la fermeture, à l’horizon 2009 de la centrale thermique du Port. Dans ce cas précis, c’est une centaine d’agents EDF qui est concernée. « Nous sommes dans un service public, et c’est bien de l’avenir du service public qu’il s’agit », estime Max Banon. « Pourquoi demander de choisir entre EDF et le privé ? Nous avons été embauchés par EDF, nous aimons notre travail et la société pour laquelle nous travaillons et surtout, nous sommes attachés au service public. Or, les perspectives qui se dessinent vont mettre à mal le service public », ajoute Max Banon.

Les sucreries, victimes "collatérales"

Pour la CGTR-EDF, la demande de reclassement est d’autant plus justifiée qu’à poste égal, les chefs de blocs qui se sont mis en grève exercent davantage de responsabilité. Car les centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge ont ceci de particulier qu’elles fonctionnent au charbon et à la bagasse, sous-produit du traitement de la canne à sucre. Et en campagne sucrière, comme c’est le cas actuellement, ces centrales fournissent aux usines sucrières la vapeur nécessaire à leur fonctionnement. D’où la conséquence "collatérale" de cette grève qui, si elle ne touche pas pour l’instant la production d’électricité à destination du grand public et des industries, contraint les usines sucrières à un arrêt total. Du coup, ce sont les planteurs qui se manifestent. D’autant que la fin de la campagne se profile et que beaucoup de cannes sont encore aux champs.
Cet arrêt vient en fait s’ajouter à l’éternelle point d’achoppement entre usiniers et planteurs sur les quotas de livraison. Il y a quelques semaines, c’est la Chambre d’agriculture qui était montée au créneau dans le Sud, pour demander une augmentation des capacités d’accueil, notamment sur la balance de Casernes. Un problème récurrent donc, qui est aggravé par l’arrêt des deux usines sucrières, faute d’une énergie fournie par les centrales thermiques qu’elles alimentent par ailleurs… en bagasse !
Hier, les cachalots sont restés au garage. Sur les balances et aux abords des usines, quelques chargements de cannes attendaient d’être livrées aux moulins…

Préavis déposé depuis plus de 10 jours

Quand au personnel des centrales, chacun était à son poste excepté les 14 chefs de blocs vapeur. Une situation qui pourrait évoluer si les discussions n’aboutissaient pas. Hier après-midi, une première réunion a échoué. Hier soir, une nouvelle rencontre était prévue aux alentours de 20 heures. Mais elle devait être reculée, la direction d’EDF étant appelée à se rendre à la préfecture. Laquelle préfecture a nommé un médiateur dans ce conflit en la personne d’Alix Séry, directeur départemental du travail.
Cela dit, ce n’est pas la première fois que le personnel EDF des centrales du Gol et de Bois-Rouge mettent en avant ce que la CGTR qualifie de « situation discriminatoire ». Dans un communiqué, la CGTR-EDF rappelle qu’un préavis de grève avait été déposé le 8 octobre dernier avec effet au 20 octobre « afin de sensibiliser la direction et les autorités ». Pour la centrale syndicale, « ce délai, suffisamment long devait permettre d’échanger et de trouver un consensus à tous les niveaux, ce qui ne fut malheureusement pas le choix qui a été retenu par nos dirigeants ». Et la CGTR de conclure ce communiqué en ces termes : « Nous sommes dans l’attente de véritables négociations qui n’ont pas repris. Nous comptons sur la pleine coopération du représentant de l’État pour arriver à dénouer les points de discordance ».

Réactions
- La CGTR-EDF : « La direction d’EDF-Réunion est responsable du blocage »

Pour la CGTR-EDF, il faut, dans ce conflit, « dissocier les activités des personnels en grève et les responsabilités dans le déclenchement de cette grève » car, ajoute la CGTR dans un communiqué, « à aucun moment dans le cadre de ce conflit les agents souhaitent prendre en otage les acteurs économiques de notre département ». Dans le même communiqué, la CGTR-EDF demande « aux représentants des différentes fédérations syndicales de planteurs de s’adresser directement au véritable responsable de ce blocage, la direction EDF île de La Réunion ».

- Le MEDEF-Réunion : « Aux partenaires d’engager une négociation sans tarder »

Dans un communiqué signé de son président, Paul Martinel, le MEDEF-Réunion note que ce conflit « qui touche actuellement les centrales à bagasse de Bois-Rouge et du Gol concernent une dizaine de salariés appartenant à EDF et a de graves conséquences sur l’économie de La Réunion ». Pour le MEDEF-Réunion, ce conflit risque de « fragiliser davantage notre économie ». L’organisation patronale « appelle les parties en cause à faire preuve de responsabilité en recherchant des solutions qui ne portent préjudice ni aux usagers ni aux professionnels de la filière sucre. Le MEDEF-Réunion demande donc aux partenaires d’engager une négociation sans tarder ».

- La Sucrière de La Réunion : « Trouver des solutions par la voie du dialogue interne »

Pour la Sucrière de La Réunion, « le conflit ne concerne qu’un nombre très limité de personnel EDF sur des questions strictement internes à cette entreprise ». Pour la Sucrière de La Réunion, « avec les deux sucreries de l’île, c’est toute la filière canne-sucre réunionnaise qui est prise en otage pénalisant gravement l’ensemble de l’économie ». Les industriels du sucre estiment que, « alors que les conditions sont réunies cette année et que tous les professionnels de la filière, planteurs et industriels sont mobilisés, ce sont près de 10.000 emplois qui sont menacés de chômage technique (…) il appartient de trouver par les voies internes à leur entreprise sans mettre aucunement en cause les professionnels de la filière, qui n’ont pas à faire les frais d’un conflit qui ne les concerne pas ».

- La CGPER écrit au préfet : « Trouver une solution le plus rapidement possible »

Dans une lettre adressée au préfet de La Réunion, la CGPER, sous la plume de son président, Jean-Yves Minatchy, estime que « les planteurs risquent d’être lourdement pénalisés par deux semaines de grève aux centrales de Bois-Rouge et du Gol ». Face à ce conflit dont ils n’ont pas été informés, les responsables de la CGPER demandent que « tous les chargements en attente sur les plates-formes soient réceptionnés. Certains planteurs des hauts doivent faire plusieurs kilomètres pour livrer leurs cannes et ils seraient incapables de faire remonter leur chargement ». Pour la CGPER, ce conflit intervient « dans la période la plus propice de la campagne sucrière avant que les conditions climatiques et la chaleur ne deviennent pénibles pour les coupeurs ». La CGPER demande donc au préfet d’intervenir « afin qu’une solution soit trouvée le plus rapidement possible pour permettre aux planteurs de reprendre la livraison des cannes ».

- Les Jeunes agriculteurs : « Aux pouvoirs publics et à EDF de prendre leurs responsabilités »

Pour les Jeunes agriculteurs, par le biais d’un communiqué signé de leur président, Nicolas Alaguirissamy, « cette situation est d’autant plus regrettable qu’elle est fortement préjudiciable à la pleine réussite de cette campagne, les conditions semblaient être réunies cette année pour permettre d’atteindre enfin le quota de 2 millions de tonnes de cannes broyées ». Dans leur communiqué, les Jeunes agriculteurs estiment qu’ils se retrouvent « otages de revendications qui ne les concerne pas et demande instamment aux pouvoirs publics et à la direction d’EDF de prendre leurs responsabilités pour trouver une issue rapide à ce conflit afin d’éviter un enlisement général de la situation (…) ».


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