Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Vie scolaire
Les salariés de la SOGECCIR pris dans un étau politique
12 septembre 2003

Les salariés de la Société générale de gestion des cuisines centrales de La Réunion (SOGECCIR) ne décolèrent pas, suite à l’article paru dans l’édition du 10 septembre du "Quotidien". Le secrétaire du comité d’entreprise, Patrick Lauret, a invité la presse hier matin pour rétablir certaines vérités et dénoncer la mauvaise presse dont sont victimes les salariés de l’entreprise depuis mars 2001.
Cette date correspond au début de la mandature de l’actuel député-maire Bertho Audifax. Et la polémique ne date pas d’hier, selon Patrick Lauret.
Retour sur l’historique de l’entreprise. Dans les années 1998, l’ancien maire de Saint-Benoît, Jean-Claude Fruteau, décide de transférer 62 employés communaux - dans le cadre de la loi L 122-12 du code du travail - vers la SOGECCIR, dont le type de contrat est une concession de service public d’une durée de 15 ans. "La société est liée par un cahier des charges où c’est la Mairie de Saint-Benoît qui est propriétaire", insiste Patrick Lauret.
Ce sont surtout les propos suivants tenus par l’adjointe aux affaires scolaires de la mairie bénédictine, Rolande Chane-Kaye-Bon, qui a mis le feu aux poudres : "La SOGECCIR est une belle connerie (…) les enfants préféraient la cantine avant… quand tout était préparé dans chaque école par des mamans (…) nous n’avons pas accès à la cuisine centrale (…) les brochures de publicité, c’est alléchant mais dans la réalité… (…)"
En guise de réponses, Patrick Lauret réplique : "qui croyez-vous travaille dans ces usines ? Des chiens ? En fait, ce sont les mêmes mères de famille qui sont dans la restauration depuis près de 30 ans ! Nous faisons un métier d’art, nous voulons qu’on prenne en compte nos compétences professionnelles et que nous soyons reconnus. Sous prétexte que le marché a été passé sous une ancienne municipalité, nous sommes victimes de batailles politiques".
Les preuves sont accablantes et se retournent au fur et à mesure de la démonstration contre la nouvelle municipalité bénédictine. Tout d’abord dans la composition des menus, leur calibrage et leur qualité.
Alors que l’élue de Saint-Benoît met en cause la qualité des repas, Patrick Lauret rappelle fermement que c’est la commission des menus où siège Rolande Chane-Kaye-Bon qui détermine la carte des repas pour une durée réévaluée tous les six mois. Composée d’élus, de parents d’élèves, de directeurs d’écoles, d’élèves des écoles primaires et de diététiciens, les salariés de la SOGECCIR ne sont que les exécutants de cette carte.
Par ailleurs, la SOGECCIR, première sur le plan européen en matière de qualité de cuisson, dépassant même le quota national avec ses 5.300 repas (contre 3.500 repas quotidien dans l’Hexagone), est équipée de liaison chaude. Cela signifie que les produits arrivent à l’état brut, qu’ils sont cuisinés et consommés le même jour dans les cantines scolaires. Rien n’est fait la veille. La méthode de cuisson est celle de nos cuisines créoles adaptées pour une quantité plus grande : "nout grin lé roussi, nout kari lé fé o gaz…", se défend Patrick Lauret en nous expliquant qu’évidemment un carri cuisiné pour 4 personnes aura une légère différence de goût que celui cuisiné pour 5.000 personnes. Les salariés de la SOGECCIR veulent arrêter "cette campagne de désinformation vis-à-vis des Bénédictins et des parents d’élèves" et considèrent qu’il est tout à fait malhonnête de la part de l’élue de dire que la SOGECCIR est une prison.
Pour étayer tous ces propos, une visite guidée inopinée nous a été proposée pour nous convaincre de la qualité des normes européennes et de l’utilisation à 90 voire à 100% des produits frais. Effectivement, le bâtiment impressionne par son hygiène, ses appareils performants et le professionnalisme des salariés. Arrivés dès 6 heures du matin, ils repartent vers 1h de l’après-midi, une fois toutes les livraisons effectuées.
La visite se sera prolongée même dans les vestiaires et les sanitaires - seule la porte de la direction y a échappé - pour nous démontrer la garantie d’un service de produits frais. La salle de stockage nous a été aussi dévoilée sans qu’on puisse distinguer des cargaisons de conserves à l’appel.
Pour Éliane Voisin, qui travaille depuis 30 ans dans la restauration scolaire, il est injuste qu’on attaque si facilement par voie de presse les salariés de la SOGECCIR sans qu’aucun élu de la mairie ne se déplace. "Nous avons nos convictions politiques pour nous, nous sommes avant tout des salariés, ce n’est pas une raison pour nous dénigrer", renchérit Patrick Lauret.
Les antécédents sont parlants : la restauration administrative de la mairie a été retirée aux personnels de la SOGECCIR au profit du CENTHOR (Centre technique du tourisme de l’hôtellerie et de la restauration). Pourquoi le CENTHOR ? Car à l’époque, selon certaines sources, c’est la femme du député-maire qui tenait cette administration.
Autre fait marquant : des mesures discriminatoires vis-à-vis du personnel. Une lettre de la Mairie nous a été montrée, prévoyant d’ici la fin décembre 2003 la suppression de la prime d’ancienneté, soit une amputation de 55 euros par personne. "Le salarié le plus ancien touche 990 euros (6.500 francs) nets par mois, avec certes un 13ème mois… Imaginez pour les autres… !", proteste Patrick Lauret.
Il y aurait d’ailleurs matière à créations d’emplois, si l’on considère la capacité du volume de l’immense bâtiment prévu pour réaliser 10.000 repas et ne remplissant que la moitié du quota. Selon le Comité d’entreprise, une vingtaine de personnes supplémentaires seraient nécessaires. Si les marchés communaux de Sainte-Rose ou de Bras-Panon s’alliaient à ce contrat, cela permettrait une meilleure rentabilité des structures, comme l’avait pensé au début de son projet l’ancien maire de Saint-Benoît.
Les salariés de la SOGECCIR ne demandent qu’une chose : "Donn pa kout’ pyé dann nout gamèl manzé". Et que leur métier soit respecté, qu’il n’y ait pas de confusion entre bataille politique et respect des salariés, et que ces derniers puissent continuer à nourrir tranquillement les quelque 5.300 enfants de la commune qui fréquentent les cantines scolaires.
"Madame Chane-Kaye-Bon doit prendre ses responsabilités comme le cahier des charges le stipule. Le propriétaire étant la Mairie de Saint-Benoît, elle ne doit pas dire que c’est une belle connerie, alors que nous nourrissons près de 5.300 enfants", conclut amèrement Patrick Lauret.
Courrier des lecteurs
Mézami , néna par-la dë somenn in sèrtin prézidan zétazini la di dann in konféranss de press li lé dakor pou ashté bannzil chagos mé sa sé in (…)
In kozman pou la rout
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