Psychanalyse et anthropologie

« Du Président Daniel Paul Schreber à Antonin Artaud : Pour en finir avec le jugement de Dieu...! »

Séminaire du Docteur Jean-François Reverzy demain à Saint-Pierre

15 septembre 2003

Dans le cadre de sa série de séminaires consacrés à la schizophrénie au 20ème siècle, le Docteur Jean-François Reverzy présentera demain soir à 17 heures
une conférence dans la salle polyvalente du Groupe Hospitalier Sud Réunion à Saint-Pierre sur le thème ’Du Président Daniel Paul Schreber à Antonin Artaud : Pour en finir avec le jugement de Dieu...!’. Voici la présentation de cette conférence par son auteur.

Ce séminaire est l’occasion de se plonger dans l’histoire de Daniel Paul Schreber, ancien président de la cour d’appel de Dresde, telle qu’elle a pu être relue par Freud et par l’ensemble des écoles psychanalytiques, dont Jacques Lacan en dernier lieu. Le parcours clinique et auto-thérapeutique de ce personnage historique a permis d’élaborer une théorie psycho-dynamique des psychoses, qu’elles soient schizophréniques et paranoïdes ou paranoïaques.
L’intérêt du cas du Président Daniel Paul Schreber, tel qu’il a été abordé par les diverses écoles psychanalytiques, es de nous montrer que le processus délirant n’est pas tant un processus pathologique qu’une tentative de solution et de guérison aux conflits intérieurs originels (expérience psychotique primaire, forclusion du nom du père, etc...).

Le travail du délire comme celui du rêve est analogue au travail de la création poétique, littéraire ou plastique. De ce fait, le Président Daniel Paul Schreber a pu organiser un délire qui lui a permis de trouver une première solution à sa psychose mais son originalité aura été ensuite d’écrire et de transcrire dans un texte littéraire cette expérience délirante, soit de faire passer le processus de guérison sur un second plan, dans un autre espace, celui de l’élaboration littéraire. L’histoire du 20ème siècle va être marquée par le mouvement surréaliste. Ce mouvement, qui va rassembler poètes, philosophes et peintres, va marquer notre époque à partir de 1920.
Il n’est pas anodin de pointer que parmi les deux fondateurs du surréalisme - André Breton, qu’on a surnommé "le pape du surréalisme", et Louis Aragon, dont on connaît la destinée nationale - étaient attirés par une carrière neuropsychiatrique et ont effectué des stages dans des hôpitaux. Le mouvement surréaliste mettra en valeur la pathologie (souffrance) mentale. André Breton correspondra même avec Freud sans recevoir d’ailleurs de réponse et publiera dans le numéro 2 de "La Révolution surréaliste", organe du mouvement, un texte de Freud : "L’analyse profane".
Les surréalistes mirent en valeur et en exergue - comme modèle exemplaire de la destinée humaine - la folie, par sa fécondité créatrice. Ils reprendront souvent la clinique psychiatrique de leur temps à contresens. C’est ainsi que Salvador Dali, l’une des figures picturales les plus célèbres du mouvement, créera même la méthode paranoïa critique.

Les poètes surréalistes connaîtront eux-mêmes l’usage et l’abus des toxiques et la maladie mentale. La figure emblématique en demeure Antonin Artaud, qui sera interné à plusieurs reprises à Sainte-Anne, à l’hôpital psychiatrique de Rodez et dans des cliniques privées. Antonin Artaud présentera à l’époque de l’ORTF, en 1948, une émission, "Pour en finir avec le jugement de Dieu", dans laquelle il exprime sa vision du monde. Il est frappant de constater l’analogie le texte d’Antonin Artaud et les propos de Daniel Paul Schreber. Le séminaire sera donc consacré à l’audition de l’émission d’Antonin Artaud, qui assure lui-même la lecture de son texte, sa mise en onde et sa mise en scène. Le Docteur Bertrand Thébaud commentera cette émission.


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Témoignages - 82e année


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