L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Culture et identité
Commémoration de la fin de l’engagisme aux Lazarets
12 novembre 2003

Si tous les officiels étaient présents aux cérémonies commémorant l’armistice de la Première guerre mondiale, il n’y en avait aucun hier pour la commémoration de la fin de l’engagisme à La Réunion le 11 novembre 1882. Seul le représentant du maire de La Possession était présent aux Lazarets de La Grande Chaloupe, mais personne pour représenter l’État, ni les collectivités, et peu de journalistes. Plusieurs dizaines de personnes, elles, sont venues solennellement devant la stèle commémorative et devant les tombes, pour se souvenir des ancêtres asservis, chanter des prières, déposer des offrandes : banane, coco, encens, marlé…
Pour la Fédération des associations et groupements religieux hindous et culturels tamouls de La Réunion (FAGRHCTR), qui regroupe plus d’une cinquantaine d’associations, cette manifestation s’inscrit dans le projet global réunionnais de réhabilitation et de conservation de ce site historique. Elle demande qu’il soit classé dans le patrimoine mondial.
Son président, Marc Cadivel, soulignait : « aujourd’hui, 11 novembre, a débuté le premier acte d’une célébration de la fin de l’engagisme qui eut lieu juridiquement le 11 novembre 1882. Cent vingt et un an après, à travers cet acte solennel, nous, fils, petit-fils et arrière-petit-fils d’engagés indiens, désirons tirer de l’ombre, du fénoir colonial, cette page de l’Histoire de nos ancêtres remplie de souffrances, mais aussi de luttes farouches, empreintes d’unité et de solidarité indo-réunionnaise ».
Dans son discours, il a tenu à remercier « la population de La Grande Chaloupe pour avoir habité cet espace et avoir ainsi, d’une manière directe ou indirecte, contribué à la préservation de ce site, chargé de symbole pour La Réunion entière. Son classement en tant que patrimoine historique garantira sa pérennisation ».
Prenant la parole après la cérémonie d’hommage, il fit plusieurs rappels historiques : « la présence indienne sur le sol réunionnais remonte aux origines du peuplement de 1667 à 1678 ; sur les 35 femmes introduites à Bourbon, figurent 8 Françaises, 13 Malgaches et 14 Indo-portugaises originaires de Goa ». Dans les premiers temps, « l’institution esclavagiste a débuté avec l’esclave indien dénommé "Fidèle" au 17ème siècle ; près de 10.000 esclaves indiens sont recensés sur la période 1674-1830 » et avec « l’arrivée des artisans libres indiens au 18ème siècle, qui a permis de redynamiser le secteur de l’habitat et de la construction ».
« La population indienne engagée, estimée entre 10 et 20% au 17ème et 18ème siècle, va prendre un essor considérable avec la mise en place de l’économie sucrière, consommatrice de main-d’œuvre et l’abolition de l’esclavage en 1848. Le pourvoi à ce besoin de main-d’œuvre trouve sa concrétisation dans l’institution de l’engagisme. Dès 1829, un arrêté du 3 juillet réglemente l’engagisme, et l’immigration indienne débute à partir de 1827 », poursuit-il.
« Les premières difficultés apparaissent et de nombreuses réclamations sont établies par les Indiens. En effet, l’Indien a quitté son Inde natale avec un contrat de travail et a embarqué pour un long voyage. Mais au bout de ce voyage, la réalité a eu parfois un goût amer au quotidien », regrette-t-il.
« Le Gouvernement a créé un "Syndic des Indiens" pour garantir leurs droits mais dans les faits, les propriétaires terriens ont assimilé esclaves et engagés. Aussi l’arrêté du 16 mars 1839 a interdit l’immigration indienne. Celle-ci a repris après de nouvelles négociations le 28 juillet 1848 et constitua le courant migratoire le plus important de l’océan Indien : plus de 120.000 pour La Réunion, concernant la période de 1829 à 1832 et plus de 400.000 pour Maurice », ajoute-t-il en concluant : « la population de Bourbon se voit ainsi renouvelée entièrement et les Indiens représentent alors plus de la moitié de la population réunionnaise jusqu’à la fin du 19ème siècle ».
Marc Cadivel, s’exprimant au nom de la fédération ajoute : « le contrat de l’engagé indien précisait dès 1826 la mise en place d’un jour férié et, jusqu’à ce jour, cette option est restée vaine.
Ce contrat de travail devait lui garantir des droits mais ces droits furent bafoués dans les faits au niveau de la société de plantation. Cette institution fut en réalité une tromperie voire un abus de langage, néanmoins l’Indien mit en œuvre toutes ses ressources pour résister à cette œuvre d’annihilation ».
Il citait en exemple une pétition des habitants de l’Inde, immigrants résidant dans la colonie française, signée le 14 septembre 1884 qui affirme : « s’ils avaient su, quand ils étaient dans leur pays qu’ils seraient assujettis à de semblables souffrances et à une pareille misère, aucun n’eut consenti à entreprendre le périlleux voyage pour venir comme coolie faire le travail d’esclave dans cette colonie ».
Il faisait aussi référence au rapport Mackenzie, document d’archives de l’administration anglaise qui confirme « toutes les souffrances, punitions, coups, mauvais traitements, non-paiement des gages et suicides ».
La Fédération a rendu un dernier hommage à l’esprit de résistance qui a aimé nos ancêtres. « Les engagés indiens initièrent des formes de luttes, en particulier les premières luttes syndicales, et furent progressistes avant l’heure. Au moment opportun, il conviendra de faire connaître ces grands hommes qui ont marqué leur temps mais n’avaient pas la couleur de peau adéquate pour figurer dans les livres d’Histoire. La société dans laquelle nous vivons aujourd’hui devra leur rendre justice et faire œuvre de reconnaissance.
Nos ancêtres, les engagés indiens, ont été les précurseurs d’une mobilité que l’on peut dire aujourd’hui "réussie", tradition héritée de culture indienne et dravidienne du voyage, mais cette migration s’est inscrite également dans la perspective d’améliorer leurs conditions sociales et de saisir le rêve bourbonnais. Ils ont su se comporter dignement et faire perdurer l’héritage indien sur le sol réunionnais et français voire européen depuis la création des RUP », disait Marc Cadivel.
Le président de la Fédération a conclu ainsi : « nous rendons aussi hommage à tous nos frères africains, malgaches, chinois et autres qui ont traversé cette période difficile de notre Histoire commune. Suivons l’exemple de nos ancêtres engagés, unissons-nous et soyons à la hauteur de leurs espérances ».
| Paroles de Swami |
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| Daniel Saingaïny, prêtre de "Shapèl la misère" à Saint-Paul, a officié hier matin, procédant à la commémoration. Il se félicitait de voir « toute la communauté ensemble, malgré les différences ».
Au-delà de sa fonction, en tant qu’homme et Réunionnais, il confiait que « nout l’âme i dovré koulé dann Lazaré. Kombien mizèr, soufranss, maltrétanss, atèrla ! » Se souvenir, c’est entrer dans la réalité Le Swami de l’Ashram du Port a aussi pris la parole, se félicitant par ailleurs que l’Inde soit à l’honneur à la Foire des Mascareignes. Il a insisté sur des notions fondamentales de la culture indienne : « il faut toujours adorer son père comme un dieu, il faut toujours adorer sa mère comme un dieu, son enseignant comme un dieu, le visiteur comme un dieu ». Il ajoute : « nous ne pouvons plus rien faire pour les morts, mais le devoir de souvenir est important. Nous avons un héritage à transmettre, que la nouvelle génération prenne le flambeau ». Dans la conception indienne, la commémoration est capitale car « se souvenir, c’est entrer dans la réalité ». Il citait d’autres fondements : « du non-réel, mène-moi au réel, de la nuit mène-moi à la lumière, de la mort à l’immortalité » par le souvenir. Il ajoutait encore une dimension à son intervention en indiquant à l’assemblée : « quelles que soient nos origines, nous formons un peuple sur cette île qui a su évoluer en harmonie », rejoignant ainsi les vœux de Marc Cadivel et de la Fédération. |
| Un autre grand rendez-vous dimanche prochain |
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| À l’occasion du 121ème anniversaire de l’abolition de l’engagisme à La Réunion, le dimanche 16 novembre prochain, à l’initiative de la Fédération des associations et groupements religieux hindous et culturels tamouls de La Réunion, aura lieu une journée culturelle sur le site de l’usine de Bois Rouge en collaboration avec l’Association Culturelle Tamoule de Bois Rouge et la direction des Sucreries de Bois Rouge.
La manifestation commencera à 9 heures 30 et se poursuivra jusqu’à 17 heures. Le programme complet dans nos prochaines éditions. |
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Mi koné pa kossa zot i panss kan zot lé an parmi. Mi oi bien zot i rogard lé z ‘inn épi lé zot. Mi oi bien tazantan sa i di azot kékshoz. Tète-la (…)
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