À 20 heures 20 sur Télé Réunion : ’Urgences’

“Je suis comme je suis”

27 février 2006

Réalisé par Richard Thorpe. Scénario de Lydia Woodward.

Jake et Dubenko prennent en charge une jeune femme qui présente une vingtaine de blessures dans le dos, infligées avec un tournevis. Weaver rencontre une patiente, Helen Kingsley, qui lui confie qu’elle est sa mère biologique. Enceinte à 15 ans, elle a laissé son bébé à l’adoption. Helen est une fervente catholique et lorsque Weaver lui révèle qu’elle est homosexuelle, la situation devient très tendue. Carter et Neela reçoivent une femme, accompagnée par son mari. Elle souffre de douleurs au niveau du cou à la suite du déménagement qu’elle vient d’effectuer. Le couple semble sous l’emprise du Démérol.

Depuis quelques mois, la série "Urgences" a déferlé sur Télé Réunion après avoir envahi les écrans métropolitains et bien avant, ceux d’outre-atlantique. Votre serviteur ne voyait pas l’urgence de vous en parler, bien d’autres avant moi prirent le soin de décortiquer cette série en long, en large et en travers. Je devrais dire "disséquer" compte tenu des décharges d’hémoglobines et de la teneur des dialogues, tout ce qu’il y a de plus médical ! Certains pensent que cette série rend hommage peu ou prou aux urgentistes qui, avec un sens incroyable du courage, chaque jour, nous prouvent qu’ils sont malgré le manque de moyens, d’un professionnalisme irréprochable.
Je me permets de ne pas être d’accord avec ceux-là, je sais que ça va pleurer et crier dans les cases vu le succès de cette série tant il est vrai que toute vérité n’est pas forcément bonne à dire. Pour ce qui me concerne, "Urgences" est une série qui se veut plus importante que ce qu’elle mérite. La teneur des dialogues a de quoi faire se retourner dans sa tombe le très regretté Michel Audiard (Paix à son âme). On imagine aisément une discussion politique ou bien scientifique lors d’un dîner en ville entre la poire et le fromage, mais de là à imaginer le docteur Patrick Pelloux, célèbre urgentiste, s’adressant ainsi à ses assistants entre 2 giclées de sang : "Alors, tu as fait quoi ce week-end ? Passes moi le cathéter, ta fille va bien, donne moi un baiser, mince je suis en train de le perdre, préparez moi 3CC de digitaline, alors ça vient ce baiser, non je veux dire cette piqûre ! Vite préparez la salle d’opération, on va à la cafète après ?...", le tout dans un brouhaha indescriptible et une musique de fou, avec en prime, entrechoquements de chariots et blouses pleines de sang.
La production audiovisuelle de nos jours ne peut se passer des hôpitaux, ni des tribunaux. Je conseille aux directeurs de nos établissements de santé de vendre les droits de l’épidémie de chikungunya aux Américains, je suis sûr que les royalties seraient beaucoup plus importantes que le modeste budget de la santé de notre département. Je sais, ce serait risible si ce n’était pas aussi dramatique, alors pourquoi nous montrer de telles fictions qui dévalorisent la profession médicale au moment où elle a le plus grand besoin de soutien ?
Décidément, l’Amérique transforme tout ce qu’elle touche en billet vert. Est-ce bien raisonnable d’envahir nos petits écrans de telles séries ? Sommes-nous obligés de regarder cette soupe à la mode "yankees" ? D’autant plus que l’Amérique est capable de faire mieux que cela.

 Ph. T. 


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Témoignages - 82e année


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